Bah Oury se fâche : « Le Président de la Commission de la CEDEAO doit avoir une position claire… » | Africa Guinee


CONAKRY- L’opposition guinéenne vient une nouvelle fois d’interpeller la Communauté internationale au lendemain du double scrutin législatif et référendaire du 22 mars dernier. Bah Oury, le leader de l’Union pour la Démocratie et le Développement a notamment lancé des « piques » à l’endroit du Président de la Commission de la CEDEAO. Dans un court entretien accordé à notre rédaction, l’opposant a adressé un message aux autres organisations, notamment l’Union Africaine et l’UE. 

 

AFRICAGUINEE.COM : Le Président de la commission de la CEDEAO, Jean-Claude Kassi Brou s’est refusé de tout commentaire au sujet du double scrutin législatif et référendaire en Guinée. Quelle lecture en faites-vous ? 

J’avoue que lorsque j’ai entendu sa réaction sur RFI à ce sujet, j’étais estomaqué parce que la CEDEAO n’a pas besoin d’avoir des observateurs pour suivre les élections guinéennes pour se prononcer. Déjà, ils avaient des auditeurs qui ont audité le fichier, qui ont fait ressortir des anomalies graves. Et la non résolution de ces anomalies, et la non inclusivité des élections, les ont amenés à sursoir à toute participation à ce scrutin. Donc à ne pas envoyer des observateurs. Ça c’était une excellente chose. Par contre, avoir une telle attitude, c’est donner une caution, ou une certaine d’impunité pour ces élections. La position de la CEDEAO est capitale. Le Président de la Commission doit avoir une position claire. La Communauté internationale, l’Union Européenne, les Nations-Unies, l’Union Africaine, ont mis la CEDEAO comme étant l’organisation qui doit indiquer le cap à suivre par rapport à la question guinéenne. Si le Président de la Commission, malgré les morts qu’il y a eu entre le 22 et le 24 mars, qui avoisinent une centaine, oublie cela au risque de dire qu’il ne peut pas se prononcer sur les résultats en Guinée parce qu’il n’avait pas d’observateurs, je pense que c’est quelque chose est déplorable et qui ne permet pas d’espérer que le leadership de la CEDEAO pourrait s’exercer de la manière la plus positive pour empêcher que la Guinée sombre dans une situation chaotique.

Qu’attendez-vous de cette organisation ? 

C’est notre organisation. C’est la première de par la proximité, d’appréhender et de comprendre la situation guinéenne à l’heure actuelle. Aujourd’hui il faut que les gens sachent que la situation guinéenne peut impacter l’ensemble de la sous-région. C’est la raison pour laquelle la CEDEAO ne peut pas, notamment le Président de la Commission, pour ne parler que de lui, ne peut pas faire comme s’il n’avait pas le droit de se prononcer sur la qualité des élections en Guinée. C’est un faux-fuyant. En d’autres termes, tourner la tête lorsqu’il y a des drames qui sont entrain de se passer dans un pays frontalier et frère. 

Quelle attitude l’opposition doit tenir face à cette situation ? 

Au cours de nos différentes réunions, avant la période du COVID-19, nous avions suggéré de prendre les organisations internationales, une à une, en fonction des spécificités sur lesquelles les autorités guinéennes ont failli. Par rapport à l’Union Africaine, il était nécessaire d’envoyer une délégation pour attirer leur attention sur la violation de l’article 23 de la charte de gouvernance, des élections et de la démocratie qui fait qu’il y a comme un coup d’Etat. Cela n’a pas été fait, à ma connaissance. Deuxièmement, par rapport à l’Union Européenne, prendre les questions relatives à l’accord de Cotonou. Les rencontrer et faire ressortir les violations que les autorités guinéennes allaient occasionner en allant dans le sens du projet qu’elles avaient déjà indiqué. Par rapport à la CEDEAO, il ne fallait pas attendre que cela vienne, il fallait aller rencontrer l’ensemble des membres de la commission pour leur expliquer les contours et les dangers qu’il y a en Guinée. Cela n’a pas été fait pour des raisons que personnellement je déplore. 

Le lobbying international est quelque chose d’extrêmement important. Si vous n’êtes pas là pour défendre votre dossier, d’autres se chargeront de défendre leur dossier à leur manière. Celui qui est absent a toujours tort. 

Mais qu’à cela ne tienne, rien est encore tard. Les forces démocratiques, ces forces qui veulent la stabilité de la Guinée, doivent continuer de savoir qu’il y a deux terrains de lutte. Le terrain intérieur et le terrain international. Et nous n’avons pas le droit de négliger l’un ou l’autre. Si non, les autorités guinéennes actuelles investissent beaucoup dans le lobbying international. 

 

Entretien réalisé par SOUARE Mamadou Hassimiou

Pour Africaguinee.com

Tél. : (+224) 655 31 11 11



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