Burkina Faso: Marché de Dassasgho – Des commerçants préfèrent le coronavirus


Des commerçants du marché de Dassasgho ont manifesté hier 28 avril 2020, sur la voie publique pour exiger des autorités la réouverture de leur marché fermé pour cause du COVID-19, à l’instar d’une trentaine de marchés de Ouagadougou.

Des barrages de fortune sur la voie publique, interdiction formelle aux usagers de la route d’avoir le passage, coups de sifflets, cris stridents de manifestants par moments, discussions bruyantes par groupuscules.

Tel est le spectacle que des commerçants du marché de Dassasgho, situé à la sortie Est de Ouagadougou, ont donné à voir dans la matinée du mardi 28 avril 2020. Impossible d’accéder, en voiture ou à moto, au marché par la principale voie qui va de l’hôpital Yalgagho-Ouédraogo à l’échangeur de l’Est.

Dès la Maison d’arrêt et de correction de Ouagadougou (MACO), nous sommes obligés d’abandonner notre véhicule de reportage pour rejoindre les manifestants sur la voie longeant le marché, à environ 500 mètres plus loin.

A notre arrivée, les représentants des manifestants étaient en pourparlers avec les forces de sécurité présentes sur les lieux, devant une foule sortie pour obtenir la réouverture du marché de Dassasgho, fermé à l’instar des autres marchés de la capitale du fait du COVID-19, depuis plus d’un mois.

« Nous ne sommes pas sortis pour la bagarre ni pour détruire quoi que ce soit. Ce que nous demandons, c’est la réouverture du marché afin de pouvoir vivre dignement », lance le représentant des commerçants de Dassasgho, Guibrina Soré, à l’issue de l’entrevue avec les éléments de sécurité.

La faim, une autre maladie

Les manifestants disent ne plus tenir le coup après plus de trente jours de fermeture de leur lieu de commerce.

« Nous sommes fatigués de rester à la maison. On a trop souffert de la fermeture du marché. Passer une journée, sans manger, occasionne d’autres maladies. La souffrance que nous vivons actuellement dépasse le coronavirus.

Il n’y a pas pire maladie pour un chef de famille que de ne pas pouvoir nourrir sa femme et ses enfants», renchérit-il.

Les manifestants disent être conscients des risques de propagation de la maladie si l’on rouvre les marchés. Mais entre mourir de faim et de la maladie à coronavirus, ils ont choisi la deuxième option.

C’est d’ailleurs le manque de quoi se mettre sous la dent qui les a poussés à sortir dans la rue pour exiger des autorités la remise en service de leur lieu de travail. Tiéba Mamou est restauratrice au bord du marché de Dassasgho.

Elle dit ne plus tenir face à la fermeture du marché. « Il nous est difficile actuellement d’avoir à manger ; nous n’arrivons même pas à payer nos loyers », soutient-elle.

Son seul souhait est que les autorités accèdent à leur requête. Les manifestants promettent d’ailleurs d’observer les gestes barrières si le marché est rouvert.

Mais pourquoi ne respectent-ils pas la mesure de port obligatoire de masque, entrée en vigueur le lundi 27 avril 2020 ?

Activer le même dispositif que Rood-Woko

« Il est vrai que nous ne respectons pas le port obligatoire de masque décidé par le gouvernement mais cela est dû au fait que les gens n’ont pas d’argent parce qu’ils ne travaillent pas depuis plus d’un mois », avance ce vendeur de prêt-à-porter au marché de Dassasgho, Karim Kala.

Pour les manifestants, si les autorités ont pu rouvrir le marché central Rood-Woko, elles peuvent le faire pour les autres marchés en renforçant les dispositifs de protection. A Dassasgho, les commerçants semblent s’être préparés.

« Nous avons déjà pris des dispositions pour le respect des gestes barrières. Le marché compte 8 portes d’entrée et nous avons acquis dix lave-mains. La mairie nous en a donné deux. C’est largement suffisant pour notre marché », argue M. Soré.

En tous les cas, les manifestants sont déterminés à obtenir gain de cause. « Si dès le 29 avril, le marché n’est pas ouvert, nous allons encore sortir », préviennent-ils.

Au moment où nous quittions les lieux aux environs de 10 heures, une délégation des commerçants serait en conclave avec les autorités municipales, afin d’accorder les violons.



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