Annulation de la dette des pays pauvres : Les banques privées appellent à la prudence


Si les pays du G20 ont approuvé un moratoire d’un an sur les dettes des pays les plus pauvres de la planète, les grandes banques privées, réunies au sein de l’Institut de la finance internationale (IIF), expriment des doutes. La dette privée serait plus compliquée à geler que les dettes publiques des grands créanciers internationaux.

Le 15 avril 2020, les ministres des Finances des pays du G20 se sont accordés sur un moratoire d’un an sur la dette des 76 pays les plus pauvres de la planète, dont quarante pays d’Afrique subsaharienne. En effet, ces pays doivent rembourser tous les ans, à compter de 2020, un total de 32 milliards de dollars. Face à l’urgence de la situation liée à la pandémie du Covid-19, Paris, sous l’égide d’Emmanuel Macron, a plaidé pour une annulation « massive » de la dette africaine. La France avait alors demandé un moratoire au niveau des créanciers bilatéraux (Etat à Etat, à hauteur de douze milliards de dollars) et privés (huit milliards de dollars), pour un total de vingt milliards de dollars. Une demande acceptée par le G7 et validée définitivement par le G20.

De son côté, l’Institut de la finance internationale (IIF), un lobby regroupant 450 des plus grandes banques mondiales dans 70 pays, prévient que le moratoire d’un an sur leur dette ne sera pas facile à mettre en œuvre en ce qui concerne les créanciers privés. Dans une lettre datée du 1er mai et adressée aux Fonds monétaire international, à la Banque mondiale et au Club de Paris qui regroupe les créanciers publics, l’IFF craint notamment que ce moratoire d’un an annoncé ne ferme l’accès au marché de la dette de ces pays ou ne pousse les agences de notation à dégrader la note de leur endettement.

Compréhensif mais…

Exprimant une compréhension profonde des défis auxquels doivent faire face les pays pauvres dans un contexte marqué par le Covid-19, le président de l’IFF, Tim Adams, souligne qu’il existe un grand nombre de créanciers privés différents et « nombre d’entre eux ont des obligations envers leurs propres clients et des obligations contractuelles ».

Par ailleurs, la situation de chacun des emprunteurs étant unique, le président de l’IIF prévient : « Toute approche efficace à une participation volontaire créancier/prêteur doit prendre cela en considération ». En l’absence d’une boîte à outils acceptée par un grand nombre pour arriver à une suspension du service de la dette, dit-il, « une approche contrat par contrat, qui prendra beaucoup de temps, devra peut-être être privilégiée ».

Selon les chiffres de l’IIF, les 76 pays concernés par le moratoire devaient rembourser cette année 30 milliards de dollars dont treize milliards de dollars à des créanciers privés. Et si le G20 estime que la suspension du paiement de la dette permettra de dégager 20 milliards de dollars pour combattre l’impact de la pandémie de Covid-19, Tim Adams clame qu’« il est impératif que les pays emprunteurs soient bien informés des conséquences potentielles de leur accès au marché quand ils demandent un moratoire sur leur dette ».

Nicole Ouédraogo

Lefaso.net

Source : Figaro, RFI





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