Afrique: un hommage aux victimes célèbres et moins célèbres du Covid-19



Alors que vont bon train, les théories sur ce que sera le continent à la suite du grand moment de fragilité que connaît la planète, le leadership véritable passera par l’aptitude à positionner durablement dans la communauté nationale, chaque femme, chaque homme, comme acteur du bien-être collectif. Mais l’heure est aussi à honorer la mémoire des disparus connus ou moins connus, victimes du conoravirus. 

S’il est un regret, à retenir de la période de confinement qui s’achève, c’est celui qui se rapporte aux disparus plus ou moins connus, plus ou moins célèbres, et auxquels leurs proches, amis ou admirateurs n’auront pu consentir que des adieux lointains, le plus souvent en pensée, ou alors par écrit, dans certains cas. Qu’ils aient été emportés par le Covid-19 ou par une quelconque autre pathologie, leur départ, dans ce contexte de solitude actuel, demeure fondamentalement frustrant. Certes, sur les réseaux sociaux, d’aucuns ont suggéré qu’il faudrait, le moment venu, pouvoir rendre à tel ou tel l’hommage qu’il aurait mérité.

La triste vérité est que nul ne saura jamais restituer, trois ou six mois plus tard, l’émotion immédiate suscitée par l’annonce de la disparition d’un Manu Dibango, par exemple. Dans le flot des disparitions, certaines ont même été passées par pertes et profits, tant était trépidant le rythme auquel se succédaient les disparitions. En même temps, d’autres ont eu droit à des traitements médiatiques que, pour diverses raisons, ils n’auraient peut-être pas eu, en des temps ordinaire. Ainsi va le monde nouveau dans lequel, à la faveur de cette pandémie, nous venons de basculer.

Marc Mapingou, peu clivant

Etant donné qu’il ne nous reste plus généralement que les écrits pour leur rendre hommage, pourquoi résister à ce devoir ultime ! Lui, n’était, certes, pas de ces célébrités fréquemment citées pour leur place particulière dans l’actualité africaine. Mais le Congolais Marc Mapingou, décédé ce 5 mai 2020, était loin d’être un inconnu. Il inspirait, et n’a cessé d’inspirer le respect, depuis que la plupart des Africains l’ont découvert, en 1992, en jeune directeur de campagne du professeur Pascal Lissouba à la présidentielle post-conférence nationale au Congo Brazzaville. Mais le professeur sera chassé du pouvoir, avant le terme de son premier mandat, par l’ancien président Denis Sassou Nguesso, revenu par les armes. Marc Mapingou est alors contraint à l’exil. Vingt ans plus tard, c’est encore en exil qu’il était devenu porte-parole, à l’étranger, de Jean-Marie Michel Mokoko, candidat malheureux à la présidentielle de 2016.

Sur RFI, la journaliste Sadio Kanté a salué l’humanisme de Marc Mapingou, sa générosité toute en discrétion, et sa grande capacité d’écoute : « Un homme de consensus, pas clivant », a-t-elle dit. Ce qui est largement suffisant, pour illustrer une vie utile, appréciée au-delà de la communauté congolaise, par la diaspora africaine. D’aucuns pourraient être tentés de voir dans de tels hommages l’expression de la propension de l’être humain à trouver des qualités à tous ceux qui décèdent. Mais, il se trouve que nous ne rendons pas hommage à tous ceux qui décèdent. Et il suffit, parfois, de se pencher soi-même sur la vie des personnes concernées, pour juger de ce qu’elles valent, de ce qu’elles ont représenté pour leur communauté, sinon pour l’humanité.

A chacun sa place, son rôle

Qui aurait, par exemple, imaginé que Evelyne Bourgi, cette dame discrète, au sourire distingué, qui parlait peu, mais dont le regard scintillait d’intelligence, était au service de remarquables causes humanitaires, aidant, à ce que l’on a compté, plus d’une vingtaine de milliers d’Africains et autres à régulariser leur situation, sinon à sortir de la clandestinité, en France ?

Accessoirement, Evelyne Bourgi était l’inséparable épouse du professeur Albert Bourgi, juriste de renom, Africain du Sénégal, dont l’apport à la réflexion démocratique, en Afrique, n’aura pas été négligeable. Vers lui vont, à cet instant précis, nos pensées les plus émues, en nous remémorant la formule, tellement juste, du chansonnier, pour qui, « celui des deux qui reste se retrouve en enfer  !  »

Un ultime hommage à Mohamed Ben Omar, ministre nigérien emporté, lui aussi, par le Covid-19, à tout juste 55 ans, et qui n’aura pas reçu que des hommages de la presse, durant sa trop brève vie. Pour autant, jamais personne n’a remis en cause son amour pour sa patrie. Le défunt ministre de l’Emploi, du Travail et de la Protection sociale du Niger n’était peut-être pas parfait, mais il était loin d’être dénué de qualités.

De l’utilité d’un leadership visionnaire

Il se trouve qu’aucune de nos idoles n’était, en tous points, irréprochable. Pas plus Nelson Mandela que le Dr Martin Luther King junior, ou le Mahatma Gandhi. Les meilleurs sont juste ceux qui ont eu un peu plus de talents à faire valoir que de défauts.

Et une des principales leçons que l’Afrique devrait tirer de la période de fragilité dont elle va devoir sortir avec prudence, c’est que les plus petites qualités aussi sont utiles à la communauté nationale. Car, dans une nation avec un leadership visionnaire, chacun a son utilité. Il faut juste savoir à quelle place faire évoluer les uns et les autres, pour la cohésion et la solidité de l’équipe. Ainsi, pour réinventer une Afrique solide après Covid-19, il faut, d’abord, savoir trouver une place pour chaque citoyen dans la société.

Comme dans une bonne équipe de football, la solidité d’ensemble est fonction de l’intelligence tactique de l’entraîneur, du leader, qui doit savoir valoriser les talents de chaque joueur, de chaque acteur, de chaque citoyen. Le beau jeu, la solidité défensive, la capacité à marquer des buts, tout cela devrait, plus que jamais, parler à l’intelligence de tout bon leader politique.



rfi

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