Bataille à la CPI : Qui aura le dernier mot entre le FNDC et Alpha Condé ? | Africa Guinee


CONAKRY-Après une longue et périlleuse épreuve de force au plan national, le Front National pour la Défense de la Constitution (FNDC) et le Pouvoir du Président Alpha Condé s’affrontent désormais à l’international. La bataille judicaire s’annonce décisive puisque l’arbitre n’est autre que la Cour Pénale Internationale.

Les hostilités ont été déclenchées le 29 avril dernier quand des avocats français agissant au compte du FNDC ont introduit un signalement à la Cour Pénale Internationale (CPI) lui demandant de jeter un œil sur les crimes commis contre des opposants en Guinée ces derniers mois. Des crimes et exactions qui selon les requérants revêtent la qualification de crimes contre l’humanité au visa de l’article 15 du statut du traité de Rome.

Si au départ le Gouvernement à travers le garde des sceaux, Mohamed Lamine Fofana s’est inscrit pour un départ dans une logique de « banalisation » de l’action du FNDC, il s’est finalement résout à prendre très séreux les accusations portées contre lui. Il a décidé de contre-attaquer en fournissant des supports vidéos  audio à la Cour Pénale Internationale et à d’autres institutions telle que l’Union Européenne.  Une manière pour lui de signaler les « agissements du FNDC » et de ses leaders.

Chaque camp affûte ses armes et se met en ordre de bataille. Les choses semblent ainsi s’accélérer de manière inattendue à  un rythme intéressant. Puisque selon nos informations, qu’il s’agisse de la communication du Gouvernement ou du signalement des avocats du FNDC, les deux ont été versés au registre des communications du bureau et recevront toute l’attention voulue, conformément aux dispositions du statut de Rome de la Cour pénale internationale.

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A propos de la controffensive des autorités guinéennes, il faut dire que celle-ci réjouit  certains dans les rangs du FNDC où on estime que cette attitude pourrait amener le Bureau du Procureur à davantage porter rapidement un regard sur le dossier dans les meilleurs délais. « Ils ne savent pas qu’ils viennent de se tirer une balle dans le pied. Pour nous c’est une bonne chose que gouvernement décide de contrattaquer. Maintenant qu’il y a deux parties, deux versions la CPI pourrait être amenée à ouvrir une enquête. C’est tout ce qu’on souhaite », glisse un leader du FNDC.

Pour Maîtres William Bourdon et Vincent BRENGARTH, les avocats du  FNDC cette communication du gouvernement témoigne un terrible aveu d’impuissance des juridictions nationales. « Une telle communication ne vient que renforcer la légitimité de la demande d’ouverture d’une enquête par la CPI, alors que l’Etat guinéen a indirectement confirmé sa volonté d’y prendre part par la diffusion d’informations ridicules sur le FNDC », soutiennent les conseillers du FNDC.

Interrogé sur ce bras de fer judicaire inédit à l’international, Kabi Fofana politologue guinéen a analysé cette situation qui n’a pas de précédent en  Guinée, sur deux volets. D’abord la reconnaissance implicite du gouvernement sur le caractère sérieux des accusations du FNDC et du gain politique que celui-ci pourrait obtenir. Selon lui, la réplique qui a suivie le signalement du FNDC montre que cette fois-ci le gouvernement a pris très au sérieux  l’action posée par ses adversaires.   

« Au-delà des procès, la CPI a ce rôle dissuasif. Le fait que le signalement ait été fait à travers une action jugée relevant des crimes contre l’humanité,  la réplique du gouvernement ne s’est pas fait attendre. C’est dire qu’en réalité, le signalement du FNDC a été pris au sérieux. Ce que cela revêt comme vertu, c’est qu’au plan judicaire à l’international, le gouvernement a implicitement accordé un crédit à l’action posée par le FNDC. Si avant le gouvernement n’a pas réagi aux  lettres, ni aux courriers que le FNDC a adressés à la CPI, cette fois-ci le gouvernement a répliqué en intentant une controffensive. Ça veut dire que le travail fait par le FNDC est pris au sérieux même si la matérialisation d’un procès contre le gouvernement aujourd’hui n’est pas réaliste. Ce n’est pas quelque chose qui se fera du jour au lendemain. Donc ça n’a d’importance que pour mettre la pression sur le gouvernement pour lui dire attention n’en commettez pas de plus d’autres crimes lors des prochaines batailles. Notamment au moment des joutes électorales liées à la présidentielle d’octobre. Puisque si par exemple Alpha Condé était présenté comme candidat du RPG, cela pourrait raviver la contestation. Il faut vraiment percevoir cette bataille judicaire à l’international comme un levier permettant au FNDC de mettre davantage la pression sur le gouvernement pour les prochaines batailles », analyse M. Fofona.

Reste à savoir qui du FNDC ou du gouvernement aura son dernier mot dans cette bataille. A suivre…

Diallo Boubacar 1

Pour Africaguinee.com

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