Brexit : les deux camps s’accusent mutuellement d’antijeu



La même inquiétude , mais avec une nouveauté. Vendredi 15 mai, au terme de la troisième semaine de tractations sur la relation future entre Londres et les Vingt-Sept, les problèmes techniques rencontrés par la Commission européenne pour diffuser la conférence de presse de Michel Barnier ont permis à son homologue britannique, David Frost, de s’exprimer en premier. De quoi inverser la vapeur par rapport aux précédentes occasions et tenter de ne plus apparaître comme le camp qui bloque tout progrès.

Obstacle majeur

Pour David Frost , « il ne fait aucun doute qu’un accord de libre-échange complet et standard, de même que d’autres accords clés […] pourraient être trouvés sans difficulté majeure dans le temps qui nous est imparti ». Malheureusement, estime le négociateur britannique, « l’obstacle majeur » pour y parvenir est « l’insistance de l’UE à inclure une série de propositions inédites et déséquilibrées relatives à ce qui nommé Level Playing Field ». Cette partie de l’accord doit définir les conditions d’une concurrence équitable. Pour Londres, les choses sont claires : de tels dispositifs, jugés indispensables à Bruxelles , sont inenvisageables puisqu’ils obligeraient Londres à se plier aux réglementations décidées sur le continent. Pas question de s’engager à un alignement sur les aides d’Etat, les normes sociales ou environnementales. « Dès que l’UE reconnaîtra que nous ne signerons pas un accord sur cette base, nous serons en mesure de faire des progrès », a asséné David Frost dans un communiqué. 

Quelques minutes plus tard, Michel Barnier parvenait finalement à prendre la parole sur le podium de la salle de presse de la Commission européenne, et rendait coup sur coup. Constatant « quelques ouvertures modestes » dans les discussions qui venaient de s’achever, y compris au sujet de la pêche, le négociateur en chef des Européens a reconnu qu’il n’était « pas optimiste » sur la négociation en cours : « aucun progrès n’a été possible sur les autres sujets les plus difficiles ». Les conditions d’une concurrence équitable, la gouvernance du futur accord, le partage des données, la lutte contre le blanchiment, les rôles futurs des parlements et de la société civile : impossible d’échapper à un « compte rendu lucide, sincère et décevant », a tranché le Savoyard, qui s’est dit « déçu ».

Le meilleur des deux mondes

Alors qu’un dialogue de sourds s’est installé, le Français a poussé son argumentaire plus loin qu’à l’accoutumée. Face à Londres qui brandit l’exemple des récents accords de libre-échange signés par l’UE pour affirmer qu’il lui est demandé plus qu’à Ottawa, Séoul ou Tokyo, Michel Barnier s’est fait précis . Si, comme certains le prétendent, Londres est prête à renoncer à la perspective d’un accord garantissant une absence totale de droits de douane et de quotas, autant être clair : il faudra négocier « chacune des lignes tarifaires », ce qui « dure des années ». Sachant que Londres veut à tout prix que la négociation soit terminée fin 2020 . 

Aux yeux de Michel Barnier, Londres essaye, en réalité, d’avoir « le meilleur des deux mondes ». En demandant « beaucoup plus » que ce que permet, par exemple l’accord UE-Canada : maintenir un accès aux prestataires de services, garder une interconnexion en matière d’électricité, faciliter l’accès des auditeurs britanniques au marché européen, garder un système de reconnaissance des qualifications professionnelles, avoir un droit de regard sur les attributions d’équivalences en matière de services financiers… « Nous n’allons pas marchander nos valeurs européennes au bénéfice de l’économie britannique », a-t-il prévenu.

« Changer de stratégie »

Déplorant une « réelle incompréhension sur les conséquences objectives parfois mécaniques » du Brexit, il a appelé le Royaume-Uni à être « plus réaliste » et à « changer de stratégie ». Et a tenu à écarter l’hypothèse d’un accord qui serait « bradé » dans la dernière ligne droite, au détriment de la souveraineté européenne : « L’Union européenne n’agira pas dans la précipitation sur un sujet aussi important ».



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