À Paris, ne plus être confiné ne signifie pas être libre



Si le déconfinement a commencé le 11 mai dernier, la liberté a un goût étrange pour les Parisiens. Les craintes liées au virus et les limites sociales peuvent l’expliquer, selon ce journal allemand.

“Assis sur la bordure du trottoir, place de la Bourse à Paris, banquiers et courtiers élégamment habillés se débattent avec leur salade emballée et leur serviette en papier dans le vent printanier”, décrit Die Zeit. Depuis le 11 mai, rappelle le titre allemand, “les gens ont à nouveau le droit d’aller au bureau, de s’éloigner de plus d’un kilomètre de leur domicile et même de retrouver d’autres personnes”.

Mais la “liberté paraît étrange”. Comme le résume Jihane, une Parisienne de 25 ans interrogée par le média, “la convivialité, c’est ça qui manque le plus aux gens”. Or, de nombreux lieux de rencontre, comme les restaurants, les bars, les parcs et les jardins, sont toujours fermés, souligne Die Zeit. Surtout, les craintes concernant le virus persistent dans la capitale.

Partout dans la ville, note l’hebdomadaire, des messages appellent à la prudence. “On fait preuve d’un respect inhabituel : les passants s’évitent, on laisse à l’autre un grand espace dans le métro et à la caisse du supermarché.” Beaucoup de personnes portent des masques dans la rue, sans même en avoir l’obligation.

Et sur la butte Montmartre, les couples d’amoureux, assis sur les marches, boivent, mais la métropole n’a pas son bourdonnement habituel.”

Sortir un peu

Le point positif, c’est la qualité de l’air, explique le journal outre-Rhin. “La plupart des gens n’en ont jamais connu d’aussi bonne.” Le vélo est devenu le moyen de locomotion de beaucoup d’habitants. Bref, “s’il n’y avait pas la peur du virus et l’inquiétude pour l’avenir, on pourrait trouver la vie à Paris plus agréable que d’habitude”.

Dans le quartier des Halles, “pendant que ses fils dribblent à nouveau pour la première fois depuis le déconfinement, Romain évoque ses découvertes des derniers jours” :

L’église Saint-Eustache est vraiment belle sans les hordes habituelles qui l’entourent. Dans le ciel, on peut voir apparaître de beaux nuages. Et même dans le IIe arrondissement de Paris, on peut sentir les fleurs du printemps.”

Mais l’école à la maison et le télétravail restent compliqués, reconnaît le père de famille. C’est la raison pour laquelle ils jouent au basket à l’extérieur. “Il faut quand même sortir un peu”, confie-t-il, “même s’il ne se sent pas très à l’aise”.

La fin du “métro-boulot-dodo” ?

Plus loin, un danseur en roller s’entraîne en plein air. Habituellement, “les touristes s’étonnent devant son numéro”. Mais “qui sait s’ils reviendront un jour en ville” ? Un chanteur en profite pour méditer, Die Zeit rapporte ses propos : après cette crise, “peut-être que les gens se demanderont si tout ce qu’ils attendent de la vie” n’est pas au-delà du perpétuel “métro-boulot-dodo”.

Pour autant, “doit-on s’inquiéter pour Paris ?” questionne encore le journal allemand. Car “même maintenant où on peut théoriquement se rendre visite, il y a encore beaucoup de gens qui hésitent”. En somme, conclut Die Zeit : “Ne plus être enfermé, ce n’est pas non plus être libre.”

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C’est la publication allemande de référence, une autorité outre-Rhin. Ce (très) grand journal d’information et d’analyse politique, pointu et exigeant, se distingue aussi par sa maquette et son iconographie très recherchées. Tolérant et libéral, il

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