Air Burkina : Du rififi dans les ailes de la compagnie !


A l’arrêt depuis le 29 mars 2020, la compagnie Air Burkina ne redécollera certainement pas avant août 2020. Cette situation due au Covid-19 a conduit la direction générale à mettre le personnel au chômage technique partiel, pour minimiser les tensions de trésorerie auxquelles elle fait face. Mais le personnel, réuni au sein du Collectif des travailleurs pour la libération d’Air Burkina, ne l’entend pas de cette oreille. Le collectif exige même la démission du directeur général par intérim.

L’apparition des premiers cas de coronavirus au Burkina, le 9 mars 2020, a suscité une série de décisions des plus hautes autorités du pays pour lutter contre la propagation de la pandémie.

Parmi ces mesures, la fermeture des frontières et la suspension des vols aériens (en dehors de ceux destinés au fret…). Cette situation engendre d’énormes pertes pour Air Burkina, la compagnie nationale créée depuis 1967. Pour faire face aux difficultés financières, la direction générale a donc décidé, par un courrier datant du jeudi 14 mai 2020, de mettre le personnel au chômage technique partiel, à compter du vendredi 15 mai 2020, pour une période de trois mois.

Durant cette période, la compagnie s’engage à verser, à chaque salarié, une indemnisation correspondant à 70% de son salaire brut. Selon toujours cette décision, pendant ces trois mois de chômage technique partiel, le personnel est tenu de rester à la disposition de la compagnie, annulant ainsi la mise en congé de certains salariés.


Le personnel opposé à la décision

Cette décision de la direction générale crée des grincements de dents au sein des travailleurs. En effet, ces derniers, réunis au sein du Collectif des travailleurs pour la libération d’Air Burkina, accusent notamment leur Directeur général par intérim (DGPI), Blaise Sanou, d’avoir échoué sur tous les plans dans la gestion de la compagnie. Ainsi, la situation liée au Covid-19 ne serait qu’un prétexte utilisé par le DGPI pour justifier son échec.

Face à ce constat, le collectif affirmait, lors de son assemblée générale tenue le mardi 8 mai 2019, que le DGPI déclarait déjà une situation catastrophique, en arguant le coût très élevé de la location des avions, les pannes récurrentes des appareils et le coût de l’hébergement des équipages sud-africains, vénézuéliens, etc. Blaise Sanou regrettait aussi le fait que les recettes générées par la vente, ne permettent pas de couvrir les différentes charges.

Toujours à cette rencontre, et selon le collectif, il reconnaissait que les taux de ponctualité et de régularité des vols étaient à leur plus bas niveau. La compagnie enregistrait un taux de remplissage d’à peine 66% et un coupon moyen à 120 000 F CFA, contre 70% et 140 000 F CFA à l’arrivée du DGPI en 2017. « Une trésorerie à la limite de la rupture et une incapacité à payer les travailleurs », déplore le collectif pour qui, la mauvaise gestion de Blaise Sanou est à l’origine des difficultés financières de la compagnie, et non le Covid-19.

Difficultés liées au personnel expatrié

Pour le Collectif des travailleurs pour la libération d’Air Burkina, les écueils rencontrés par la compagnie s’expliquent par le fait que deux tiers de ses travailleurs sont des expatriés, de surcroît « non-Africains ». Leur prise en charge s’élève à 63 millions de F CFA par an, soit 350 fois le salaire moyen de la compagnie.

Pour le personnel, le DGPI avait, dans sa mission de sauvegarde de l’entreprise, largement le choix de faire des économies à ce niveau, en réduisant le nombre d’expatriés pour avoir une réduction drastique des charges, surtout salariales. En sus de ce volet, le collectif reproche des mauvais choix au directeur par intérim sur le plan commercial, dont la fermeture des représentations de la compagnie dans certaines capitales africaines. Au regard de ces reproches à lui adressés, le collectif demande la démission du directeur général par intérim, pour faire la place à quelqu’un de plus « jeune et plus soucieux de l’avenir de la compagnie ».

Aussi, à l’endroit du président du conseil d’administration, les travailleurs réclament un audit complet de la compagnie, tout en exigeant « un directeur général avec une mission claire, définie dans le temps, plutôt qu’un intérimaire qui semble être perdu et qui, du reste, a fait ses preuves durant trois ans (délai surréaliste pour un intérim) ».

Le collectif rappelle que le DGPI a été admis à la retraite aussi bien à l’armée qu’à Air Burkina (qui a soldé ses droits). « Nous avons du mal à comprendre cet entêtement à garder cette position d’intérimaire, malgré ces faibles performances et un personnel aux abois, désireux de voir le changement », concluent les travailleurs d’Air Burkina.

Lefaso.net





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