Au Royaume-Uni, le virus aide le Labour à renaître de ses cendres



Quelque chose a changé, ces dernières semaines, sur la scène politique outre-Manche. C’est la première fois depuis longtemps que les conservateurs au pouvoir doivent faire face à une opposition travailliste digne de ce nom. « Cela n’était sans doute pas arrivé depuis l’affrontement sur le budget, en 2012, entre le ministre conservateur des Finances, George Osborne, et le chef du Labour Ed Miliband », estime le politologue Tim Bale, de l’Université Queen Mary.

« A voir la séance de questions au gouvernement, une conclusion s’impose : (…) la Grande-Bretagne a de nouveau une opposition », avait tweeté dès le 22 avril le même George Osborne, désormais rédacteur en chef de l’« Evening Standard ». Le nouveau leader travailliste, Ker Starmer, a utilisé la séance des questions au gouvernement pour « démonter Boris Johnson comme un petit train Duplo », a asséné plus méchamment la semaine dernière l’un des chroniqueurs politiques du « Daily Telegraph », pourtant traditionnellement favorable au Premier ministre.

Tremplin idéal

A tel point que des voix se sont élevées , dans les rangs de la majorité, pour réclamer un retour au plus vite de tous les députés à la Chambre des Communes, afin de permettre aux Tories de revenir en nombre « encourager » leur leader, aujourd’hui « à la peine » dans ce Parlement clairsemé par les mesures de distanciation sociale.

Le leader du Labour, qui a succédé à Jeremy Corbyn début avril , n’est pourtant pas un monstre de charisme. Mais l’épidémie de coronavirus lui offre un tremplin idéal pour imposer son nouveau style, tout en sobriété. Et dérouler ainsi son projet d’« opposition constructive ». « Keir Starmer est servi par les événements, la pandémie se prêtant bien à ses questions méthodiques », souligne Tim Bale. Un exercice dans lequel excelle l’ancien avocat. D’autant que cela « souligne aussi les faiblesses de Boris Johnson, qui lui n’est pas très bon sur les détails ».

Encore beaucoup de travail

« Hier, le gouvernement a arrêté de publier des comparaisons internationales et son slide sur le sujet a disparu. Pourquoi ? », a-t-il lancé à Boris Johnson, alors que le Royaume-Uni est devenu le premier pays d’Europe en nombre de morts, et le deuxième du monde derrière les Etats-Unis. « Le Premier ministre peut-il nous dire comment diable en est-il arrivé là ? », a-t-il ajouté en le regardant droit dans les yeux. « Le nombre de morts continue de monter dans les maisons de retraite : comment se fait-il que le gouvernement n’ait pas encore repris le contrôle de la situation ? », lui a-t-il aussi demandé.

Que Keir Starmer ait fait de bons débuts est une chose. Qu’il fasse paniquer les conservateurs en est une autre. Le travail nécessaire pour relancer le parti est énorme, tant sur le plan de l’idéologie que de l’organisation. Sans compter le défi purement électoral qui se pose à lui pour espérer entrer un jour à Downing Street. « Il lui faut creuser un écart de 8% pour priver les conservateurs de leur majorité, de 14% pour devenir le premier parti dans un Parlement sans majorité, et de 20% pour en décrocher une », rappelle Tim Bale. On n’en est pas encore là.



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