Burkina Faso: S’il suffisait de se marier …


Si seulement il suffisait de se marier pour rencontrer le bonheur, il y a longtemps que certains couples avaient renoncé à divorcer, après deux ans de noces moches lessivées dans le meilleur des pires et parfois classées dans le tiroir des histoires de trottoir.

S’il suffisait de se marier pour grimper sept fois au ciel et retomber dans un foyer de braise, à quoi ça sert de jurer au maire de boire l’amer autant bien que le miel ?

S’il suffisait de se lier devant Dieu et les hommes, sceller les alliances sur fond de bombance, prendre en otage les artères de la capitale, chanter l’amour par-dessus les bassecours, faire la cour aux mâles de secours ou se faire croquer entre les crocs d’une salace de race, alors, vivent les nouveaux mariés de la nouvelle génération.

Aujourd’hui, le mariage n’est qu’un mirage hallucinant aux ombres sombres, un voyage sans escale dans le lointain incertain, un virage sinueux aux contours parfois ennuyeux, un équipage d’otages condamnés à tourner la page pour être en phase avec la paraphrase de l’adage du sage : « si vous tombez sur une bonne femme ou un bon mari, vous serez heureux, si vous tombez sur la mauvaise ou le mauvais, vous deviendrez philosophe ».

Malheureusement, de nos jours, on se marie comme on joue au PMU, on ne mise que sur les chevaux costauds pour parfois galoper contre les poteaux. On préfère les misères du paradis au bonheur de l’enfer.

Aujourd’hui, on se marie à dessein pour le butin et non pour le destin. C’est pourquoi, on jettera des millions dans le tourbillon de la vantardise, marquer des points et se retrouver au coin d’un foyer mal choyé où l’on broie du noir, seulement deux mois après l’euphorie. Quelle folie sans grandeur ! Et dire que l’amour ne se vante point !

Si et seulement si on se marie par amour et pour toujours, pourquoi vivre au compte à rebours lorsque le couple manque de souffle ? Aujourd’hui, ils dorment dos à dos sur un lit de querelle refroidi par la tension et froissé par le poids de tous ces sommeils perdus dans les draps des nuits blanches.

Aujourd’hui, ils plaident pour une séparation de corps, alors qu’ils se sont jurés de se couler dans les veines de l’un et l’autre et de se consommer jusqu’au bout des doigts, jusqu’à la fin des temps.

Hélas, ils n’ont jamais su prendre le temps de comprendre le sens de l’Alliance. Leur aventure porte aujourd’hui les traces de la rupture. Leur union n’était qu’un parjure contre les Ecritures ; triste caricature !

Depuis que le mariage est devenu un fonds de commerce, on se marie moins pour la communauté de vie que pour la communauté de biens, parce que l’être dit « aimé » est avant tout une somme d’avoirs acquis. On préfère la monogamie à la polygamie, parce qu’il n’y a pas deux capitaines dans un bateau.

Depuis que le mariage est devenu une entreprise personnelle, l’amour se conjugue à la première personne du singulier et se construit par des échanges intéressés que par le don désintéressé de soi-même.

Les critères de mesure de l’amour sont transformés, la seule unité de mesure est le CFA ; les causes de nos divorces se trouvent donc dans les raisons de nos mariages.

Avant, on nous forçait à nous marier pour l’honneur, aujourd’hui, on s’efforce de se marier pour le confort, rien que pour le trésor.

Le monde déborde de femmes et d’hommes mais on cherche toujours un mari ou une épouse sans succès. C’est pourquoi, on arpentera les médias, en fouillant sur Internet par planètes interposées pour tenter de décrocher l’homme ou la femme de sa vie.

« Attention, attention, je suis un jeune homme charmant, taille deux mètres, garçon choco, j’adore le cinéma et les boîtes de nuit, situation très très stable.

Je ne manque jamais les shows de la Maison du peuple, je cherche une femme jolie, taille de brindille à la démarche d’anguille, gentille, situation trop stable, pour amitié sincère et durable, pouvant aboutir au mariage… » Lol !

Ainsi, se marie la nouvelle génération du monde branché ; cette génération qui se marie pour le meilleur et qui oublie que c’est parfois dans le pire que le grand amour se révèle.

Cette génération pense que le mariage est un jeu de beaux yeux et de belles « face B » et finit par se rendre compte que l’autre face de la médaille est un parcours du combattant.

Le mariage se pense avant le mariage ; le mariage est un travail à deux comme dans un pilotage d’avion ; chaque vol ne ressemble jamais aux autres ; on prend bien son envol à deux !

Chaque jour est une épreuve à réussir ou à échouer ; il faut savoir s’abandonner pour mieux s’adonner et se donner plus qu’il n’en faut et sans compter. Se marier, c’est plus que porter une bague en argent, en or ou en diamant. Vanité !

Se marier, c’est se décider à faire un choix d’ailleurs toujours imparfait et de travailler ensemble à tendre vers la perfection tant convoitée. Se marier, c’est s’engager au-delà des artifices à privilégier l’essentiel dans un monde immonde de plus en plus superficiel et surtout peu spirituel.

Avant de fouler les marches du septième ciel, sache que le foyer est un autel sacrificiel ! Il faut toujours savoir tendre la joue ; il faut toujours savoir renoncer à la gifle.



allafrica

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