Afrique: N’Goné Fall après le report de la Saison Africa 2020 – «Jusqu’ici, tout va bien»


Le 1er juin aurait dû s’ouvrir la Saison Africa 2020. Il y a quelques jours, le lancement de ce projet phare censé de renouveler les relations entre la France et l’Afrique, a été officiellement repoussé à décembre 2020. Les ambitions, sont-elles restées intactes ? Entretien avec N’Goné Fall, la commissaire générale.

RFI : La Saison Africa 2020 a été reprogrammée de début décembre 2020 à mi-juillet 2021. Un projet panafricain dont les événements auront lieu en France. Il n’a jamais été question de la transformer en édition numérique ?

N’Goné Fall : Non, ce n’était absolument pas possible. Le projet concerne tous les territoires français, y compris ultramarins. Et ce sont des projets qui nécessitent des rencontres physiques. Donc, de basculer toute la programmation en numérique n’était pas possible.

En même temps, personne ne peut prévoir si, par exemple, il y aura une deuxième vague de coronavirus. Dans le nouvel agenda, comptez-vous donner plus de place à des projets numériques ?

En fait, l’édition n’a pas changé. Ce sont juste les dates qui ont changé. Au moment où le confinement en France a commencé, on était à deux mois et demi à l’ouverture de la Saison. La programmation et tous les projets ont été déjà arrêtés. Donc, on ne va pas demander aux gens de faire de nouveaux projets pour une raison qui n’aurait pas été justifiée. Ce qui nous importe en ce moment, c’est de se dire qu’on laisse passer du temps en faisant le pari que la mobilité sera permise à partir de décembre. Les gens ont construit des projets pour que le public français et les acteurs africains puissent se rencontrer. Cette Saison Africa 2020 est une plateforme collaborative de partage.

Quand je dis que le but de cette Saison est de remettre l’humain au centre des préoccupations, c’est de le remettre physiquement, que les gens puissent se rencontrer, échanger, partager. Donc, on ne va pas inventer de nouveaux projets numériques à cause de la situation actuelle. Par contre, dans la programmation, il y a des projets numériques qui ne changeront pas.

La Saison Africa 2020, avec ses 200 projets de 54 pays africains, implique plus que 350 opérateurs en Afrique et en France. Aujourd’hui, on connaît le plan du président Emmanuel Macron pour sauver le secteur culturel en France, mais dans quelle situation se trouvent aujourd’hui les artistes et les institutions culturels dans les pays africains avec lesquels vous travaillez pour Africa 2020 ?

Tous les acteurs du milieu du spectacle et de la culture sont à l’arrêt. Tous les projets de production et de diffusion sont à l’arrêt. Comme tout le monde à travers le monde. Ces artistes sont logés à la même enseigne. À l’échelle d’un continent, chaque État prend des mesures différentes. En France, il y a des fonds d’aide mis en place pour les secteurs de la culture. Ce n’est absolument pas le cas en Afrique. Donc, il y aura forcément beaucoup de casses sur le plan économique.

Il y a déjà des faillites annoncées parmi les opérateurs avec lesquels vous travaillez pour Africa 2020?

Pour l’instant, non, mais on va faire le bilan des dégâts économiques plutôt à partir de la fin de l’année. C’est un peu tôt pour le dire, y compris en France. Il y a énormément de personnes concernées à l’échelle d’un projet qui concerne tout un continent. Concernant les personnes avec lesquelles j’ai échangé depuis quelques mois, on va dire : jusqu’ici, tout va bien.

En France, la crise a rendu visible beaucoup de disparités et de déséquilibres au niveau social. Pour vous, qu’est-ce que cette crise sanitaire a fait apparaître par rapport aux relations artistiques et culturelles entre la France et les pays africains, entre les artistes en France et en Europe d’un côté, et les artistes en Afrique de l’autre ?

Je pense qu’il y a partout les mêmes incertitudes concernant le lendemain. Et les mêmes problèmes financiers, dû au fait qu’il n’y ait plus d’argent qui rentre. Et on est toujours – pour beaucoup entre nous – à l’arrêt. Partout dans le monde, on est tous logés à la même enseigne.

En France, mais aussi dans d’autres pays en Europe, on pense d’abord à aider les artistes et les entreprises culturels de son propre pays. Est-ce que cela se fera au détriment de l’échange culturel avec les autres pays et au détriment des artistes africains qui ne vont plus être invité en Europe ?

Tous les projets internationaux [de la Saison Africa 2020, ndlr] ont été reportés, donc, il n’y aura pas véritablement d’impact. Après, la mobilité reste aujourd’hui interdite. Par rapport à l’Europe, on parle d’une réouverture des frontières Schengen en septembre, au plus tôt. Donc, dans ce cadre-là, il n’est pas possible de faire un projet international. Pour cela, tous les événements internationaux ont été annulés. Les Rencontres photographiques d’Arles n’ont pas décidé de faire un festival uniquement numérique, pareil pour le Festival d’Avignon ou le Festival de Cannes. Donc, dans ce sauvetage dans le milieu de la culture, même si les montants énoncés ont l’air énormes, je ne pense pas que cela va pouvoir permettre de sauver tous les artistes et de rémunérer correctement tous les artistes qui sont affectés.

Et par rapport à la coopération internationale ?

Jusqu’à la fin de l’année, cela va être compliqué, parce que les frontières sont fermées. Et les frontières restent fermées dans la plupart des pays africains. Nous, en Sénégal, les frontières ont été fermées avant les frontières en France. Le Maroc a fait la même chose. Maintenant, en termes de collaboration, on va voir ce que cela va donner plus tard. Il n’a jamais été question que ce soit la France ou l’Europe qui financent le secteur de la culture en Afrique. Cela ne marche pas comme ça.

La Saison Africa 2020, portée par l’Institut Français, vise à faire connaître en France la créativité de l’Afrique d’aujourd’hui, et cela dans plusieurs domaines : les arts, la recherche, l’économie, l’environnement, l’art de vivre, l’agriculture. Elle aura lieu début décembre 2020 jusqu’à mi-juillet 2021. La programmation sera dévoilée à l’automne prochain.



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