Bruxelles pose les bases d’une «Union de la santé»



Promis, elle ne se fera pas avoir la prochaine fois. Jeudi, la Commission européenne a détaillé ses propositions pour poser les bases d’une « Union de la santé », riposte continentale aux failles des politiques sanitaires nationales mises en lumière par la pandémie de Covid-19.

La crise a d’abord révélé que dans un tel domaine régalien, les réflexes nationalistes étaient forts, en témoigne le refus initial de la France et de l’Allemagne d’exporter du matériel vers l’Italie . Mais la pandémie, en frappant de concert chacun des 27, a ensuite donné un aperçu de l’intérêt d’une approche plus coordonnée quand les Etats ont lancé des transferts frontaliers de patients et soignants, des commandes communes de masques et respirateurs ou encore des essais cliniques européens. 

Ce sont autant d’approches que Bruxelles propose de développer et de pérenniser à travers la création, dans le budget 2021-2027 de l’UE dont les chefs d’Etat des 27 discuteront les 18 et 19 juin, d’un programme «EU4Health » destiné à investir dans « la prévention, la préparation aux crises, l’approvisionnement en médicaments et en équipements. » Il serait doté de 9,5 milliards d’euros, quand l’actuel budget communautaire ne consacre que 400 tout petits millions d’euros à la santé.

Réaction collective

La Commission veut en particulier muscler la réserve stratégique de matériel médical « RescUE » , mise en branle durant le pic de la pandémie, et renforcer le programme « Horizon Europe » de soutien à la recherche, pour élargir ses fonds, actuellement centrés sur les maladies chroniques et génétiques (cancer, diabète…), aux maladies transmissibles. Le Centre européen de prévention et de contrôle des maladies (ECDC), créé en 2004 en réponse à l’épidémie du SRAS, devrait aussi prendre du poids. « Le message envoyé par les citoyens et les professionnels durant la crise est clair: notre capacité de réaction collective et de coordination doit être élargie », a insisté jeudi Stella Kyriakides, la commissaire à la Santé.

Sécuriser l’approvisionnement

La crise a aussi révélé l’enjeu clé de la sécurisation de l’approvisionnement européen. Selon l’Agence européenne du médicament (EMA), 40 % des médicaments finis vendus dans l’UE proviennent de pays tiers; 80 % des principes actifs sont fabriqués en Chine et en Inde. « La santé publique est devenue une arme géostratégique capable de mettre à genoux un continent. La perte de souveraineté européenne a éclaté au grand jour et nous oblige à réagir sans délais», analyse l’eurodéputée française Nathalie Colin-Osterlé (PPE, Les Centristes), auteur d’ un rapport sur l’approvisionnement en médicaments . La Commission propose de charger l’EMA de surveiller les stocks européens et de faire le lien entre les agences nationales et les industriels.

Relocaliser la production

Reste à convaincre les laboratoires de procéder à des relocalisations, un enjeu que Paris et Berlin érigent en priorité et où la Commission aura un rôle à jouer. Les Etats la poussent à autoriser les aides d’Etat visant à encourager le mouvement. Interrogée sur ce point, Stella Kyriakides a renvoyé à la présentation fin 2020 de la future « stratégie pharmaceutique » mais a précisé que « nous veillerons à créer des incitations à une plus grande production en Europe. » 

Paris et Berlin manoeuvrent

Une autre question clé reste en suspens : celle de la constitution d’un équivalent européen du Barda américain, qui finance des projets de recherche en échange de garanties futures d’approvisionnement. «Nous n’avons pas d’outils communs pour sécuriser un approvisionnement et une production », insistent plusieurs sources européennes, soucieuses de « créer un débouché minimum pour les laboratoires via des accords de pré-réservation ». En lien avec la Commission, Paris et Berlin se préparent à lancer une coopération renforcée sur ce thème avec d’autres Etats membres, ainsi que le Royaume-Uni, pour replacer au plus vite l’Europe dans la course au futur vaccin contre le Covid-19. 



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