Brexit : la lassitude de Barnier devant le blocage



Londres joue-t-elle vraiment le jeu ? Michel Barnier n’a pas caché ses doutes et sa lassitude, vendredi, au terme d’un nouveau cycle de négociations avec le Royaume-Uni. Le blocage dans la discussion au sujet de la relation future entre le pays et l’Union européenne s’est confirmé. Alors que les négociateurs s’étaient fixés pour objectif de pouvoir constater des progrès tangibles à la fin juin, cette perspective apparaît de plus en plus illusoire. Une fois de plus, «il n’y a pas eu cette semaine de progrès significatif», a tranché le Français.

A l’exception d’un sujet – la coopération policière et judiciaire future – où quelques timides ouvertures ont été possibles, le constat du négociateur en chef des Européens est sans appel : «nous ne pourrons pas continuer éternellement comme ça». Aucun des sujets centraux de la négociation n’avance.

Logiques incompatibles

Le débat autour du « level playing field », qui consiste à trouver un moyen de garantir que Londres ne se livrera pas à une concurrence déloyale à l’avenir, fait du sur-place, alors même qu’à Bruxelles, on voulait croire une petite avancée possible. Les deux camps restent dans des logiques incompatibles : tandis que Michel Barnier veut s’assurer que le Royaume-Uni, dès lors qu’il aura un accès sans restriction au marché européen, ne divergera pas de ses pratiques en matière sociale, environnementale ou d’aides d’Etat, son homologue, David Frost , lui objecte qu’il est impératif qu’il soit souverain dans la définition de ses normes. 

Le même dialogue de sourds est à l’oeuvre au sujet de la pêche. La lueur d’espoir qui commençait à poindre est oubliée, Londres refusant de suivre Bruxelles sur le chemin d’une définition des futurs quotas de pêche via un mécanisme « multi-critères ». Ce dossier bute, lui aussi, sur des logiques opposées : Londres, en récupérant la souveraineté sur ses eaux, entend bien monnayer chèrement leur accès, crucial pour les pêcheurs européens . Tout en sachant que les pêcheurs britanniques ont impérativement besoin, eux, du débouché du marché européen… 

Enième blocage

On sent chez le négociateur en chef des Européens un doute croissant quant à la volonté de Londres d’avoir une approche constructive. Pointant le manque de réalisme britannique, le Savoyard semble reprocher à ses interlocuteurs de vouloir le beurre et l’argent du beurre. C’est le cas, par exemple, au sujet de l’accès éventuel au marché européen pour certains prestataires de services britanniques – comment l’exiger tout en voulant mettre un terme à la libre circulation des travailleurs européens à destination du Royaume-Uni ? 

Surtout, Michel Barnier considère que Londres ne tient pas ses engagements. Brandissant la déclaration politique déjà signée avec le Royaume-Uni pour en citer 4 paragraphes portant sur la coopération nucléaire civile, le blanchiment d’argent, la concurrence loyale et le cadre institutionnel de la future relation, il a explicitement accusé le Royaume uni de «faire marche arrière  par rapport aux engagements qu’il a pris».

Alors que le mandat des négociateurs britanniques semble étroit, une seule certitude se dégage de cette énième impasse : seule une impulsion politique forte pourrait débloquer le jeu. L’espoir se porte désormais sur une rencontre de haut niveau, attendue vers la mi-juin, au cours de laquelle Boris Johnson pourrait s’entretenir avec de hauts responsables européens. Elle interviendrait peu avant la prochaine vidéoconférence des chefs d’Etat et de gouvernement des Vingt-Sept, prévue le 19 juin.



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