Madagascar: Olivia Rajerison, avocate, maman de quatre enfants – « Élever un enfant, c’est éduquer un esprit, élever une âme »


En cette fête des mères, Olivia Rajerison, une maman de quatre enfants « uniques » nous partage son quotidien, sa vision et sa définition du bonheur et de l’éducation.

Comment vivez-vous le confinement?

Contre toute attente, j’apprécie cette pause imposée par le confinement. C’est une halte dans le rush infernal de la vie professionnelle et sociale. Le confinement m’a permis de savourer du temps en famille, surtout avec mes enfants (deux garçons de 13 et 8 ans et deux filles de 10 et 4 ans), de me recentrer sur l’essentiel et de redécouvrir des joies simples comme cuisiner, lire, prendre du temps pour soi.

J’avoue que quatre enfants à gérer 24h/24 n’est pas toujours de tout repos. Mais étrangement, le fait qu’ils soient quatre a été un atout, puisqu’étant assez rapprochés, ils s’amusent et s’occupent ensemble et me sollicitent moins. Ils ne ressentent pas trop l’isolement et ne s’ennuient pas de leurs amis d’école.

Comment optimisez-vous votre emploi du temps?

Tout tient à une bonne organisation et de la discipline. Dès le début, il faut mettre en place les règles du confinement, faire le partage de rôles et responsabilités des deux parents et attribuer des tâches à chaque enfant. Nous avons mis en place un système de points, de bonus pour que tout cela soit plus ludique et que chacun mette du cœur et de la motivation à l’ouvrage.

Je n’ai jamais cessé de travailler depuis le confinement, soit en télétravail, soit en allant la matinée à mon cabinet quand j’ai besoin de ne pas être interrompue dans mon travail. J’essaie de hiérarchiser les tâches à faire entre ce qui est urgent, important. J’avoue que je ne réussis pas toujours à vérifier les devoirs et les leçons de chaque enfant. Je me concentre plus à leur «apprendre à apprendre» plutôt que de me caler par rapport au programme scolaire. J’essaie de leur partager les méthodes et techniques d’apprentissage pour acquérir de la logique, améliorer leur intelligence, leur mémoire et leur concentration.

Comment faites-vous pour que les relations mère-enfant se passent au mieux ?

Je privilégie beaucoup la communication. Je crois qu’on peut parler de tout avec ses enfants, expliquer avec des mots simples ou de façon imagée par des exemples à leur portée. Il faut être assez honnête et transparent avec eux. Les enfants comprennent et sentent beaucoup plus de choses que l’on ne s’imagine.

Sinon, bien entendu je leur donne beaucoup d’amour et de tendresse et ils savent qu’ils peuvent compter sur mon soutien indéfectible. Etre mère m’a appris à développer énormément de patience : la patience de leur consacrer à chacun une écoute bienveillante et attentive, la patience de les laisser aller à leur rythme et de donner une attention exclusive à chacun.

Au quotidien, chaque moment ensemble, même court, doit être de qualité. Nous jouons et rigolons beaucoup ensemble et nous ne passons jamais une journée sans notre dose de câlins. À part l’amour, il y a enfin le respect et la confiance mutuels qui, pour moi sont essentiels dans la construction de leur personnalité future.

Quelles leçons de vie avez-vous apprises de ce confinement?

Le confinement m’a surtout appris à lâcher prise, et à ne pas essayer de tout contrôler. Il m’a aussi appris à profiter de l’instant présent et vivre dans l’instantanéité, à apporter de la magie du quotidien, même avec trois fois rien.

La leçon que j’aimerai que mes enfants retiennent du confinement est que le bonheur est un état d’esprit à cultiver et que tout dépend de la manière et de l’angle dont on apprécie les choses.

Qu’est-ce qui est le plus difficile dans le rôle de maman?

C’est d’arriver à transmettre l’essentiel à ses enfants et s’assurer qu’on les a assez armés pour affronter la vie, surtout sans nous. Elever un enfant, c’est développer son physique, mais aussi forger un caractère et un cœur, éduquer un esprit, élever une âme.

Je ne fais pas partie des mères qui surprotègent leurs enfants en leur évitant les chocs, je préfère leur apprendre à faire face aux embûches qui peuvent surgir sur leur chemin.

Élever une fratrie, c’est aussi gérer des personnalités différentes, faire en sorte que chaque enfant trouve sa place, gérer les chamailleries, désamorcer les rivalités, jalousies et rancœurs. Parfois le confinement a même pris des allures de team building.

Le plus dur reste aussi de ne pas culpabiliser en se pensant n’avoir pas fait assez. Et la société, surtout malagasy, est assez pernicieuse pour pointer toutes vos lacunes, surtout si vous sortez du moule des mères modèles typiques.

Qu’est-ce qui fait que ce rôle soit le plus beau que vous ayez eu de votre vie?

Chaque enfant pour moi est une bénédiction et je dis aux gens que j’ai quatre enfants uniques! Souvent les gens sont étonnés quand ils apprennent que j’en ai quatre et que je continue à travailler et gérer plusieurs activités et hobbies.

Et pourtant, quatre enfants c’est quatre fois plus de raisons de travailler, quatre fois plus de motivation de réussir, quatre fois plus de besoin de s’épanouir, d’être bien dans sa tête et dans sa peau.

L’éducation se fait par l’exemple, les enfants vous regardent, vous copient, vous jugent aussi, hélas. Le rôle de maman m’a toujours poussée à me surpasser, à m’engager. Car aimer ses enfants, c’est aussi se préoccuper de leur futur et du monde qu’on va leur laisser.



allafrica

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