Afrique Centrale: Conseil de sécurité – La contraction de la croissance économique due à la COVID-19 risque de créer des troubles sociaux en Afrique centrale, prévient le Chef du Bureau de l’ONU pour la sous-région


New York — – Aujourd’hui devant le Conseil de sécurité, le Représentant spécial du Secrétaire général et Chef du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (BRENUAC) a tiré la sonnette d’alarme. M. François Louncény Fall a prévenu que la pandémie de COVID-19 qui touche les 11 pays de la sous-région a provoqué une contraction de 2,3% de la croissance économique. Le ralentissement des activités économiques prive les États des ressources dont ils ont besoin pour répondre à l’impact socioéconomique de la pandémie, avec le risque de créer des troubles sociaux, a-t-il averti.

Distanciation sociale oblige, c’est chacun dans sa mission que les 15 membres du Conseil font leur déclaration et dialoguent avec leurs invités, grâce à un système de visioconférence conçu spécialement pour eux.

Le Chef du BRENUAC a insisté sur le fait que les gouvernements d’Afrique centrale sont désormais obligés de choisir entre les dépenses urgentes en matière de santé publique et les autres priorités, risquant de ne pas disposer des ressources nécessaires pour le bon fonctionnement des institutions nationales et le financement de réformes cruciales. M. Fall a annoncé la tenue, au mois de juillet, du Sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement de la sous-région qui devrait se pencher sur la « Stratégie de lutte contre la COVID-19 et ses implications » qu’a adoptée la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC). Le Chef du BRENUAC a demandé un soutien international à un autre document, la Stratégie régionale de stabilisation, de relèvement et de résilience des zones touchées par Boko Haram dans le bassin du lac Tchad.

Il a ajouté que l’éradication de l’Armée de résistance du Seigneur (LRA), l’atténuation de l’impact des changements climatiques sur la paix et la sécurité, et la lutte contre l’insécurité maritime dans le golfe de Guinée demeurent les priorités de la sous-région. Les mesures individuelles et collectives prises par les pays et la sous-région pour contenir la pandémie et relever les autres défis auxquels ils sont confrontés sont encourageantes et méritent d’être soutenues par la communauté internationale, a conclu M. Fall.

La Section des communiqués de presse ne couvre que les déclarations faites en visioconférence dont les textes ont été transmis à temps par la Division des affaires du Conseil de sécurité.

M. FRANÇOIS LOUNCÉNY FALL, Représentant spécial du Secrétaire général et Chef du Bureau régional des Nations Unies pour l’Afrique centrale (BRENUAC), a déclaré que la pandémie de COVID-19 affecte tous les 11 pays membres de la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (CEEAC) avec, à la date du 11 juin, 21 929 cas confirmés et 462 décès. La crise économique, qui est une conséquence majeure de la pandémie, a provoqué une contraction de 2,3% de la croissance. Le ralentissement des activités économiques dû à la COVID-19 prive les États des ressources dont ils ont besoin pour répondre à l’impact socioéconomique de la pandémie, avec le risque de créer des troubles sociaux, a prévenu le haut responsable. Puisque les gouvernements sont obligés de choisir entre les dépenses urgentes en matière de santé publique et les autres priorités, ils risquent de ne pas disposer des ressources nécessaires pour le bon fonctionnement des institutions nationales et le financement de réformes cruciales, a expliqué M. Fall.

Je suis heureux, a-t-il néanmoins confié, de constater que les gouvernements et institutions régionales de l’Afrique centrale ont pu s’adapter au nouveau contexte de crise. Après l’adoption, en décembre 2019, d’une ambitieuse réforme visant à renforcer son efficacité et moderniser ses structures, la CEEAC a examiné, les 3 et 4 juin, les progrès réalisés dans la mise en œuvre de la réforme institutionnelle, ainsi que la situation en République centrafricaine et les efforts régionaux contre la COVID-19. La réunion a adopté les quatre axes de la Stratégie de lutte contre la COVID-19 et ses implications en Afrique centrale: prévenir la propagation du virus; limiter le taux de mortalité et gérer les cas positifs; répondre à l’impact socioéconomique et sécuritaire de la COVID-19; et répondre aux problèmes de sécurité transfrontalière créés par la pandémie. Un sommet extraordinaire des chefs d’État et de gouvernement est prévu en juillet par visioconférence, a dit M. Fall.

Le BRENUAC continue de mobiliser les entités des Nations Unies pour soutenir l’organisation sous-régionale pendant cette période cruciale de son évolution, a assuré son chef. Un groupe de travail conjoint BRENUAC-CEEAC a été créé à cet effet. Il a tenu deux réunions virtuelles successives avec les coordonnateurs résidents des Nations Unies dans la sous-région, afin d’assurer une coordination de leurs efforts au niveau des pays avec les initiatives régionales, notamment celles prises par la CEEAC. De plus, a-t-il continué, le BRENUAC est resté en contact étroit avec les missions et bureaux régionaux des Nations Unies, y compris les missions en République centrafricaine et en République démocratique du Congo, le Bureau de l’Envoyé spécial pour la région des Grands Lacs et le Bureau de l’Envoyé spécial pour le Burundi, afin de promouvoir la cohérence dans les actions de l’ONU en faveur de la paix et de la sécurité en Afrique centrale.

M. Fall a reconnu que la persistance des conflits armés dans certaines parties de l’Afrique centrale sape les efforts face aux défis posés par la COVID-19. Un certain nombre de conflits dans la sous-région se poursuivent en dépit de l’appel lancé par le Secrétaire général le 23 mars pour un cessez-le-feu mondial. Il a salué la mobilisation des armées du Cameroun et du Tchad, notamment dans le cadre de la Force multinationale mixte (FMM), pour lutter contre le terrorisme dans le bassin du lac Tchad. L’opération « Colère de Boma », lancée par l’armée tchadienne entre fin mars et début avril, semble avoir considérablement affaibli Boko Haram, a informé le Représentant spécial qui a souligné que l’expérience montre que les pays de la région ne pourront éradiquer le groupe qu’à travers une stratégie bien coordonnée combinant des approches militaires et non militaires, le renforcement de la FMM, et des initiatives visant à s’attaquer aux causes profondes de la crise. Il a demandé un soutien international accru à la mise en œuvre de la Stratégie régionale de stabilisation, de relèvement et de résilience des zones touchées par Boko Haram dans le bassin du lac Tchad.

L’Armée de résistance du Seigneur (LRA), bien qu’affaiblie, continue de tuer, de piller et d’enlever des civils et des enfants, a aussi avoué M. Fall qui a appelé les acteurs régionaux à renforcer leur coopération et à mobiliser les ressources nécessaires pour vaincre la LRA. La question urgente de l’impact des changements climatiques sur la paix et la sécurité en Afrique centrale reste une priorité majeure dans les efforts de prévention des conflits et de maintien de la paix dans cette sous-région. La priorité est aussi de contrer la menace croissante de l’insécurité maritime dans le golfe de Guinée, où un nombre croissant d’actes de piraterie ont été enregistrés ces derniers mois.

Le Chef du BRENUAC a en outre fait savoir que dans plusieurs pays, des poursuites judiciaires ont été engagées contre des personnalités éminentes pour allégations de détournement de fonds publics. Il a réaffirmé le soutien de son Bureau à la lutte contre la corruption en Afrique centrale et a exhorté les États à garantir un procès équitable aux personnes impliquées. Au Cameroun, à la suite de la publication des enquêtes du Gouvernement sur l’attentat de Ngarbuh, l’armée a annoncé hier que trois officiers militaires sont accusés de meurtre et placés en détention provisoire à la prison militaire de Yaoundé. Le 8 juin, le Réseau camerounais des organisations des droits de l’homme a recommandé au Gouvernement de créer une commission d’enquête indépendante sur la mort du journaliste Samuel Ajiekah Abuwe, connu sous le nom de Wazizi. Le lancement, le 3 avril, d’un programme présidentiel pour la reconstruction et le développement des régions du Nord-Ouest et du Sud-Ouest est une autre avancée importante qui devrait être consolidée par la poursuite du dialogue et la cessation des hostilités.

Au Congo, M. Fall a exhorté les autorités à prendre les mesures nécessaires pour renforcer la confiance dans les plateformes de dialogue prévues par la Constitution, y compris le Conseil national du dialogue, et a invité les autres parties prenantes à y participer de bonne foi. Il a enfin salué les efforts de Sao Tomé-et-Principe en faveur d’une réforme judiciaire consensuelle visant à protéger le pays de l’instabilité institutionnelle, à garantir l’indépendance du pouvoir judiciaire et à lutter contre la corruption. L’ONU soutient le Gouvernement dans ce processus, a assuré le Représentant spécial.

L’Afrique centrale continue de faire face à de nombreux défis. La COVID-19 devrait amplifier ces défis dans des proportions que nous ne pouvons pas encore évaluer avec exactitude pour le moment, a dit craindre le Représentant spécial. Toutefois, les mesures individuelles et collectives prises par les pays et la sous-région pour contenir la pandémie et relever les autres défis auxquels ils sont confrontés sont encourageantes et méritent d’être soutenues par la communauté internationale, a-t-il affirmé.

SOURCE Conseil de sécurité des Nations Unies



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