Au Royaume-Uni, Johnson veut s’attaquer aux inégalités raciales



« Nous devons nous attaquer à la substance du problème, pas aux symboles. » Une semaine après le déboulonnage de la statue du marchand d’esclaves Edward Colston par des militants anti-racistes à Bristol, Boris Johnson a appelé les Britanniques à dépassionner le débat qui les déchire sur la pertinence ou l’indécence de leurs statues, pour se concentrer sur la lutte contre les inégalités raciales. « Nous ne pouvons et ne devons pas nous laisser entraîner dans un débat sans fin sur quel personnage historique bien connu est suffisamment pur ou politiquement correct pour rester à la vue du public », a-t-il recadré dans une tribune publiée dans le « Daily Telegraph ». 

Après l’intense émotion suscitée par la mort de l’américain George Floyd , le Premier ministre a annoncé la création d’une commission sur les inégalités raciales, chargée d’en examiner « tous les aspects » dans le domaine de l’emploi, de la santé ou encore des études universitaires. Il a reconnu que davantage devait être fait pour lutter contre de telles inégalités outre-Manche. Même si les choses progressent : selon un sondage Ipsos Mori, 84% de la population ne pense absolument  pas qu’une personne doive être blanche pour être vraiment britannique, contre seulement 55% il y a dix ans. La nouvelle commission sera dirigée par un haut fonctionnaire indépendant et réunira des personnalités d’origines sociales et ethniques diverses. Elle soumettra des recommandations au gouvernement d’ici à la fin de l’année.

«Ne pas photoshoper l’histoire»

Le geste du Premier ministre vise à faire retomber la pression, après la remise en question de nombreuses statues dans tout le pays, dans la foulée de celle de Bristol. A tel point que même la sacro-sainte statue de Churchill, érigée à Londres sur Parliament Square, a été taguée d’une inscription « était raciste » par des militants l’accusant d’avoir tenu des propos insultants sur les Indiens. « Churchill était un héros et je résisterai de toutes mes forces à toute tentative de retirer cette statue », a prévenu Boris Johnson qui plutôt que de déboulonner des statues, a proposé d’en « construire d’autres, et de célébrer les gens qui, selon notre génération, méritent un monument »

Le Premier ministre a appelé « à ne pas photoshoper l’histoire ». « Déboulonner des statues, c’est mentir sur notre histoire » , a-t-il dit dès vendredi. Sur la même ligne, Emmanuel Macron a expliqué dimanche que la France ne déboulonnerait pas de statues et que la République n’effacerait « aucun nom ou aucune trace de son histoire ».

Mémoriaux de guerre

Les manifestations de ces derniers jours en soutien au mouvement anti-raciste Black Lives Matter, comme ce week-end à Leeds ou à Cardiff, ont laissé place à de violents heurts, samedi dans le centre de Londres, entre les forces de l’ordre et des militants d’extrême-droite, affirmant vouloir protéger les statues contre les actes de vandalisme. Au total, 23 policiers ont été blessés et 113 personnes arrêtées.

Pour protéger certains de ses monuments, le pays est tenté de renforcer son arsenal législatif. Un projet de loi porté par 125 députés conservateurs et soutenu par les travaillistes sera ainsi présenté le 23 juin au Parlement pour sanctionner de peines allant jusqu’à 10 ans de prison les actes de vandalisme commis contre les mémoriaux de guerre.



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