Brexit : Johnson appelle à mettre du « punch » dans la négociation



Il y a une volonté, mais y a-t-il un chemin ? La « rencontre de haut niveau » entre Boris Johnson et plusieurs dirigeants européens, lundi, a permis aux deux parties de faire assaut de détermination. Alors que la négociation sur la relation future a buté, ces derniers mois, sur l’irréductible incompatibilité entre les attentes des deux camps, l’UE et le Royaume-Uni sont convenus, lundi, de « travailler d’arrache-pied » pour trouver « rapidement un terrain d’entente sur les principes qui sous-tendent tout accord ». Londres ayant exclu toute prolongation , c’est en effet cet automne qu’il faudrait trouver un compromis pour éviter que Londres ne quitte l’UE sur un « no deal ».

Un tigre dans le moteur 

Au terme d’une téléconférence avec les présidents des trois grandes institutions européennes (Commission, Conseil européen et Parlement), Boris Johnson s’est fait plus précis, dans une déclaration au 10, Downing Street. Pour le Premier ministre, les deux camps ne sont « en réalité pas si éloignés que ça » l’un de l’autre et l’espoir n’est donc pas interdit. « Ce que nous avons dit aujourd’hui, c’est que le plus vite sera le mieux, il n’y a pas de raison de ne pas arriver en juillet », a-t-il même affirmé en appelant à remettre du « punch » dans la discussion. A l’unisson, le président du Conseil européen (l’institution qui rassemble les chefs d’Etat et de gouvernement), Charles Michel, s’est dit « prêt à mettre un tigre dans le moteur »

Mais chacun rappelle aussi ses lignes rouges. Pour Charles Michel, « les conditions équitables de concurrence sont essentielles ». L’UE veut en effet s’assurer que le Royaume-Uni, à l’avenir, ne livrera pas une concurrence déloyale à l’UE – et qu’à cette fin il ne divergera pas trop de ses normes en matière environnementale, sociale, ou pour ce qui concerne les aides d’Etat. 

Habileté

Quant à Boris Johnson, il a aussi martelé ses impératifs. « Ce que demande le Royaume-Uni est très clair. Nous ne pouvons pas avoir de participation de la Cour de justice européenne dans ce pays, nous ne pouvons pas avoir un système dans lequel nous continuons à suivre les règles européennes alors que nous sommes en dehors de l’UE et nous devons obtenir un excellent accord pour la pêche »

Autant dire qu’au-delà du « punch », c’est de l’habileté qu’il va falloir aux négociateurs pour convertir cet affichage de volontarisme en véritable convergence. Ils pourront au moins compter sur un agenda musclé : des discussions sur une base hebdomadaire sont prévues en juillet. Mais sur le fond, tranche un Européen, il va surtout falloir « que les Britanniques cessent de choisir les sujets qui les intéressent en laissant de côté tous les autres ».

Temps de cerveau disponible

Une grande partie de poker menteur s’annonce pour les prochains mois : tout en se disant prêts à négocier, les deux camps affectent de ne pas craindre le scénario d’un échec des discussions – alors qu’il serait catastrophique dans un contexte économique déjà sinistré par la pandémie. Illustration de cette feinte indifférence à Bruxelles, où une source diplomatique affirme que « la machine européenne est beaucoup trop occupée par les négociations sur le plan de relance et le budget européen pour pouvoir débloquer beaucoup de temps de cerveau disponible au Brexit »… Le scénario d’une négociation dans la dernière ligne droite, comme pour l’accord de retrait, gagne chaque semaine en crédibilité.



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