À la marge de la marge, les prostitués transgenres malgaches aspirent à une nouvelle vie



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À Madagsascar, la crise sanitaire a aggravé la précarité subie par les personnes en situation de prostitution, et plus particulièrement les transgenres. Une association les aide à envisager un autre chemin en leur proposant une formation à la couture.

Avec notre correspondante à Antananarivo,  Sarah Tétaud

Autour des machines à coudre, ils sont dix apprentis de 16 à 54 ans à avoir accepté la formation en couture. La plus âgée, Madame Arilalaina, écoute attentivement. Celle qui se sent femme mais née dans un corps d’homme se prostitue depuis plus de 30 ans. « J’espère changer de métier. Ne plus être une prostituée. Et trouver du travail pour être autonome. Je suis très contente parce que je ne m’attendais pas à une formation comme ça, gratuite, pour nous, enfin… pour des gens comme moi. Je suis heureuse d’acquérir de nouvelles connaissances, de nouvelles compétences », confie-t-elle. Objectif de la formation : que tous soient capables, d’ici les deux prochaines semaines, de confectionner des masques et serviettes hygiéniques lavables.

Dans la capitale malgache, confinement et couvre-feu ont été dévastateurs pour les travailleurs et travailleuses du sexe. Coupés de leurs clients, les prostitué(e)s ont perdu la totalité de leurs revenus. L’État et quelques associations leur sont venus épisodiquement en aide. Mais il est une catégorie de personnes qui a été encore plus impactée : les transexuels. Fortement marginalisées du fait de leur « différence » d’identité sexuelle, ces personnes transgenres qui se prostituent se sont retrouvées dans des situations de grande précarité, financière et sociale. Et en dehors, pratiquement, de toutes les structures d’aides. Mais une association active dans la lutte pour les droits LGBT a décidé de voir en ce « chômage forcé » une opportunité tremplin plutôt qu’un frein. Elle propose depuis ce début de semaine une formation intensive de trois mois pour changer de métier et se réinsérer rapidement dans la société.

« Fabriqué par une population vulnérable »

À l’origine de ce projet de reconversion professionnelle, un mouvement de lutte contre les discriminations sur l’orientation et l’identité sexuelles, dont nous tairons le nom, pour lui éviter les messages haineux dont il pourrait être la cible.

« C’est vraiment une population qui n’est pas prioritaire dans tout ce qui aides, subventions. Déjà à cause de leur métier, c’est-à-dire travailleurs et travailleuses du sexe. Et en plus parce qu’ils et elles sont transexuels. Humainement parlant, certaines et certains ont vécu des atrocités, à cause de leur identité. Il y a vraiment ce besoin de changer de vie. » Alors, au cours de la formation, tous sont accompagnés psychologiquement.

« Pour rappel à Madagascar, déjà, être homosexuel, c’est très mal vu. Alors être transsexuel, c’est encore un stade au-dessus. Et c’est parce que ça reste dérangeant pour la société qu’on a décidé pour la vente de ces masques-là de ne pas dire qui les fabrique mais juste de mentionner « fabriqué par une population vulnérable ». »

Si l’association se charge dans un premier temps de la vente des produits réalisés, elle s’est engagée également à trouver des débouchés pour les apprentis à l’issue de la formation. Beaucoup d’espoir, et une nouvelle vie à portée de fil et d’aiguille.



rfi

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