Bénin : « Fêzan », le calendrier ancestral



A l’instar du christianisme et de l’islam, le Vaudou a également son calendrier. Autrement formulé, un béninois avisé ne choisit pas au hasard le jour d’un événement important ou décisif de sa vie (inaugurer son entreprise, voyage, mariage, achat de maison ou de voiture ou même d’un vélo, etc.). Il se réfère à « Fêzan », le calendrier ancestral ; à défaut d’aller consulter le « Fâ », l’oracle (lire article ‘Ifâ, l’art divinatoire du Golfe de Guinée’’).

Répondant aux principes du cycle lunaire, Fêzan, le calendrier ancestral est le résultat de longues années d’observation de la nature et de ses différents phénomènes. Toute apparition de nouvelle lune correspond au début d’une nouvelle semaine, peu importe si celle en cours arrive son terme ou pas. C’est toute une science transmise oralement, génération après génération depuis le temps des anciens.

Comparativement au calendrier grégorien, la semaine du Fêzan, appelée «  » compte 9 « azan » ou jours qui dans l’ordre sont :

  • « Medjo» qui veut dire « L’humain est né » :

         Premier jour du Fê, Medjo est dit « point de départ de la vie » par les anciens. C’est le tout premier « jour favorable » du cycle Fêzan. Quand il tombe sur un jeudi, c’est un grand JOUR !

  • « Mekou» ou « L’humain est mort » :

Deuxième jour du cycle, Mekou est un jour de tristesse donc un « jour défavorable ». C’est le jour par excellence pour un enterrement ou pour des rituels aux défunts.

  • « Vodoun» ou « jour du sacré » :

Jour favorable, c’est le jour de l’Esprit. C’est le jour où « Dâdâ Sêgbo » (Dieu) opère des mutations du monde des esprits vers notre monde et vice versa. Troisième jour du Fê, Vodoun est un grand JOUR quand il tombe sur un dimanche !

  • « Azon» ou « la maladie » :

La mort incarnée dans l’esprit est susceptible de hanter son milieu de vie d’avant l’autre monde, pour y semer la maladie, des malédictions qu’il faille conjurer à tout prix. Quatrième jour, Azon est en toute évidence, un mauvais jour, un jour défavorable.

  • « Vo » ou « le sacrifice » :

Cinquième jour du Fê, il peut être considéré comme un bon jour, un jour favorable. Ce n’est que par le sacrifice ou Vo qu’on peut conjurer le mauvais sort.

  • « Houè » ou « le jugement » :

Les sacrifices faits à « Vo » pourraient engendrer dans le voisinage, des conflits, des différends… Il fait partie de la ligue des jours défavorables du Fê dont il est le sixième jour.

  • « Bô » ou « le sort » :

Pour jeter des sorts bons ou mauvais, Bo, septième jour du Fê est le jour idéal. Les antagonistes des conflits qui ont éclaté à « Houè » s’ensorcellent à Bô. C’est un jour favorable et défavorable selon la nature du sort qu’on s’apprête à jeter. C’est le seul jour mixte du Fê et le jour au cours duquel il est fortement conseillé de bien mûrir ses intentions avant un quelconque acte.

  • « Hin», « la misère » :

Encore appelé « Fô », le huitième jour du Fê est un mauvais jour ou un jour défavorable à toute initiative. Tout projet entamé ce jour engendrera misère et déception.

  • « Fâ » ou « L’oracle » :

C’est le jour idéal pour consulter « Fâ », l’oracle. Neuvième et dernier jour du cycle, c’est un jour favorable.

En somme, le Fê est composé de 4 jours favorables (medjo, Vodoun, Vo et Fâ), de 4 jours défavorables (mekou, azon, houè et hin) et d’un jour mixte (Bô). Chacun des jours du Fê étant porteur de charges énergétiques. Les anciens pour aboutir au Fêzan, ont dû faire le constat de ce que les résultats de chacune des initiatives importantes que nous prenons varient selon le Fê au cours duquel celle-ci a été entamée. Ainsi, comme une lampe torche, le Fêzan éclaire la route du voyageur, souvent parsemée d’embûches de tout genre.

Autrefois apanage exclusif des prêtres vaudou, le Fêzan est de nos jours rendu accessible à tous. Au Bénin, il est établi sur la base du calendrier grégorien et est vendu en début de l’année nouvelle.

Le vaudou n’est pas diabolique. Au contraire, à chaque tome de l’encyclopédie gigantesque qu’il constitue, il dévoile toute sa beauté et tout le bien qu’on peut en tirer. N’est-ce pas seulement dans le cœur des hommes que réside le mal ?



Afrik

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