À la Une: vingt ans de prison pour Vital Kamerhe



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« Historique. Inédit. Du jamais vu, s’exclame le site d’information congolais Cas-Info. Les superlatifs se sont succédé dès l’annonce du verdict (samedi) : Vital Kamerhe, puissant numéro deux du régime de Félix Tshisekedi, a été condamné à 20 ans de travaux forcés. Le tribunal de grande instance de Kinshasa/Gombe l’a reconnu, avec deux autres co-accusés, coupable de détournement de fonds publics destinés aux travaux du programme d’urgence du Chef de l’État et de corruption. Une première en République Démocratique du Congo, un pays où, depuis les années Mobutu, puiser dans les caisses de l’État était un véritable sport national. Mais après l’euphorie qui a gagné les 80 millions de Congolais tout au long des six audiences, fatales, de la prison de Makala, l’heure est aux interrogations », pointe Cas-Infos.

Ainsi, pour la Conférence épiscopale nationale du Congo, la CENCO, influente organisation des évêques catholiques congolais, « il faut encore observer pour voir si la condamnation de Vital Kamerhe est quelque chose qui a été fait pour régler un problème politique ou si c’est vraiment une nouvelle dynamique. »

Deux poids deux mesures ?

L’Eglise catholique n’est pas la seule à émettre des réserves sur ce verdict, relève encore Cas-Info.

« Le fait que Vital Kamerhe soit le seul à faire les frais de la nouvelle doctrine de l’État de droit prônée par Félix Tshisekedi suscite de nombreuses questions. C’est le cas de Sindika Dokolo qui souligne un traitement de ‘deux poids deux mesures’. Le président du mouvement citoyen Les Congolais Debout, proche de l’opposant Moïse Katumbi, pointe en effet ‘la passivité de l’actuel pouvoir’ face aux animateurs de l’ancien pouvoir. »

En effet, commente Cas-Info, « le président Félix Tshisekedi n’a que très peu de marges de manœuvre pour entreprendre une opération de nettoyage dans les casseroles de son prédécesseur et ses proches. C’est pourtant à ce niveau que la ‘République des juges’, comme la surnomment déjà ses détracteurs, sera vraiment évaluée. Sachant que sous le régime précédent, les dossiers susceptibles d’intéresser la curiosité des magistrats ne manquent pas. »

Et les années Kabila ?

Afrikarabia, site d’information spécialisé sur la RDC, est sur la même ligne : « ce procès laisse comme un goût d’inachevé, affirme Afrikarabia. Les audiences ont été souvent décousues, les procédures expéditives, l’accusation approximative et la défense laborieuse. Le président du réseau panafricain de lutte contre la corruption UNIS, Jean-Jacques Lumumba, estime que ‘d’autres acteurs clés de l’affaire doivent être poursuivis’ et il s’étonne que la banque privée qui a autorisé ‘des décaissements colossaux en liquide au mépris de la législation en vigueur’, ne soit pas davantage inquiétée. L’ONG Human Rights Watch, rappelle de son côté, pointe encore Afrikarabia, que ‘le détournement de fonds publics au Congo n’est pas l’affaire d’une seule figure politique. Les autres personnalités impliquées dans la corruption devraient aussi faire l’objet d’une enquête, quelle que soit leur fonction ou leur couleur politique’. Allusion, commente Afrikarabia, aux 16 années de mégestion de Joseph Kabila, que la justice semble pour l’instant ignorer. »

Félix Tshisekedi sur orbite pour la présidentielle de 2023

Et puis « d’un point de vue politique, relève cette fois Ledjely en Guinée, il y a un bénéfice concret que le président congolais tire de tout cela. Il s’agit de l’éviction de fait de Vital Kamerhe de l’espace de compétition politique de la RD Congo. (…) Cela fait un adversaire de moins pour le président de la République en prévision des élections présidentielles de 2023. En effet, Félix Tshisekedi se trouve libéré des engagements liés à l’accord que son parti avait conclu avec l’UNC de Vital Kamerhe en 2018 à Nairobi. Accord en vertu duquel il était prévu que l’ex-chef de cabinet de la présidence congolaise soit le candidat de la coalition au pouvoir à ces futures élections présidentielles. Le chef de l’État s’en tire donc à bon compte. »

Bref, conclut L’Observateur Paalga au Burkina Faso, « avec l’arrestation et la condamnation de Vital Kamerhe, le président Tshisekedi donne un coup de pied dans la fourmilière des prédateurs des biens publics en RDC, et en même temps, il se débarrasse d’un allié devenu encombrant. C’est ce qui s’appelle faire d’une pierre deux coups. »



rfi

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