L’Europe hausse le ton face à la Chine



Changement de ton. Au terme d’un sommet par vidéoconférence, lundi, avec le Premier ministre et le président chinois, Ursula von der Leyen et Charles Michel ont osé des mots particulièrement fermes . Qu’il s’agisse de cybersécurité, de relation économique, de droits de l’Homme, du statut de Hong Kong ou du climat, les présidents de la Commission européenne et du Conseil européen n’ont pas caché leurs frustrations. Pour qu’il y ait des progrès, il faut « de la coopération des deux côtés, de la réciprocité, de la confiance », a mis en garde Ursula von der Leyen, particulièrement explicite, après avoir présenté le sommet de lundi comme un simple « point de départ »

Méfiance

L’accord sur la protection des investissements, que les deux parties espéraient boucler en 2020, ne progresse plus. « La volonté politique fait défaut à Pékin », résume une source européenne. Pour Bruxelles, la relation bilatérale manque de réciprocité. Et désormais, il n’est plus question de se précipiter. « Tous les Etats-membres sont d’accord sur le fait que la substance importe plus que la vitesse », résume la même source. Ursula von der Leyen s’est faite menaçante : faute de percée cette année, il serait « difficile de développer notre agenda conjoint 2025 »

Le contexte, désormais, est à la méfiance. Vue de Bruxelles, la crise du coronavirus a accéléré certaines prises de conscience. Non seulement l’Europe a mesuré sa dépendance à l’égard de la Chine, mais elle a aussi pu constater un nouvel activisme chinois sur le front de la propagande et de la désinformation . Pointant des cyberattaques précises, la présidente de la Commission a été claire : « Cela ne peut pas être toléré. »

La reprise en main musclée de Hong Kong par Pékin est venue s’ajouter à ce tableau et raviver les craintes au sujet d’une Chine de plus en plus décomplexée et agressive. Charles Michel a fait part de sa « vive inquiétude», rappelant que l’UE soutenait le principe « un pays, deux systèmes » qui semble aujourd’hui menacé dans l’ancienne colonie britannique. « Pour l’UE, les droits de l’homme et les libertés fondamentales ne sont pas négociables », a renchéri Ursula von der Leyen. 

Stratégie défensive défensif

Alors que l’Union européenne accumule des années de frustration dans sa relation économique bilatérale avec la Chine, elle déploie désormais une stratégie nettement plus défensive à l’égard de Pékin, comme en a témoigné l’agenda de la semaine dernière. Outre le projet de mieux protéger l’UE des entreprises bénéficiant de subventions étrangères , Bruxelles a imposé des droits de douane à des entreprises chinoises qui avaient tenté de contourner les restrictions à l’exportation en Europe via des entités basées en Egypte. Et remporté une victoire définitive, par forfait , dans le long bras de fer qui l’opposait à Pékin au sujet du « statut d’économie de marché ». L’Europe, tout en cherchant une interaction constructive avec Pékin sur de nombreux sujets multilatéraux, semble déterminée à rehausser son niveau de jeu face à un partenaire désormais qualifié de « rival systémique ».



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