Au Japon, l’impossible retour au pays des émigrés



Des milliers de familles ont quitté le Japon pour d’autres horizons, notamment le Brésil, au cours du XXe siècle. Mais, aujourd’hui, Tokyo manque de main-d’œuvre et incite leurs descendants à revenir au pays. Une expérience douloureuse tant l’accueil réservé à ces “étrangers” est rude.

C’est ici que beaucoup d’histoires ont commencé : le Centre pour la migration à l’étranger et l’interaction culturelle, situé sur une colline qui domine le port de Kobe, a longtemps été appelé le “Camp national des émigrants”. De 1928 à la fin de la Seconde Guerre mondiale, quelque 200 000 Japonais qui ont émigré à l’étranger, en particulier au Brésil, y ont séjourné avant de dévaler ce que l’on appelait la “pente des émigrants” pour embarquer.

De l’intérieur du bâtiment nous parviennent des chants en portugais. Tous les samedis, l’ONG Comunidade Brasileira de Kansai apporte un soutien scolaire à des enfants d’origine brésilienne. En 1957, l’une de ses membres, Mako Hasegawa, [alors petite fille de 6 ans] aujourd’hui âgée de 69 ans, s’était installée avec toute sa famille à Guamá, dans l’État de Pará, au cœur du bassin amazonien. En dehors de leur cabane, il n’y avait que la jungle autour d’eux. Ils s’étaient construit un abri avec des palmiers, avaient défriché les terres environnantes et cultivé du poivre. Malgré les risques de paludisme et de maladies infectieuses, il n’y avait pas de médecin. “On manquait de tout dans notre quotidien”, se souvient Mako.

À son retour au Japon, en 1991, elle et son enfant né au Brésil ont eu du mal à s’adapter à leur nouvel environnement. Forte de cette expérience, elle a souhaité venir en aide aux Brésiliens établis dans l’archipel. Aujourd’hui, elle apporte son soutien à des élèves d’origine brésilienne d’une école primaire de Kobe. Les problèmes sont multiples : certains n’arrivent pas à suivre les cours, d’autres sont stigmatisés par leurs camarades de classe et se sentent isolés.

“Il est essentiel d’envisager différents types de soutien dans une perspective à long terme. Nombre de collectivités locales ne proposent pas d’aide dans la langue maternelle des élèves ; il est urgent que l’État pense sérieusement à l’avenir de ces enfants”, souligne-t-elle.

L’histoire de l’émigration au Brésil remonte à 1908, quand 781 Japonais ont embarqué à bord du Kasato-maru. Au lendemain de la guerre russo-japonaise [remportée en 1905 par le Japon et consacrant son occupation de la Corée et d” une partie de la Mandchourie], l’archipel était en proie à la récession et au chômage, alors que le Brésil, où l’esclavage avait été aboli [en 1888], manquait de main-d’œuvre pour ses plantations de café. Le marasme ayant gagné les zones rurales, le gouvernement japonais encourageait l’émigration en participant aux frais de la traversée et a alors créé le Camp national des émigrants.

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Naoko Utsunomiya

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Un siècle de migrations

Les migrations entre le Japon et le Brésil sont depuis le début du XXe siècle rythmées par les crises économiques. Pour faire face à l’expansion démographique japonaise et aux crises financières des années 1920, Tokyo décide de favoriser l’émigration au Brésil. Entre 1925 et 1935, quelque 135 000 Japonais traversent le Pacifique. La plupart deviennent employés agricoles et souffrent d’affreuses conditions de travail, très loin de l’eldorado présenté par le gouvernement japonais, d’où le terme “peuple abandonné” pour les désigner.

Après la défaite japonaise de 1945, 6 millions de ressortissants nippons rentrent de toute l’Asie (Corée, Mandchourie, Taïwan…). Tokyo négocie avec le Brésil et, dès 1952, une nouvelle vague d’émigration japonaise a lieu.

Le flux s’inversera lorsque l’économie japonaise se renforcera : en 1990, Tokyo facilite le retour des Brésiliens d’origine japonaise, qui sont aujourd’hui 205 000 dans l’archipel. Le Japon accorde également depuis 2019 des visas de travail de cinq ans à d’autres nationalités, sous condition de qualifications.

Source

Fondé en 1879, chantre du pacifisme nippon depuis la Seconde Guerre mondiale, le “Journal du Soleil-Levant” est une véritable institution. Trois mille journalistes, répartis dans 300 bureaux nationaux et 30 à l’étranger, veillent à la récolte

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