Déplacés internes du Bam : Le projet Alliance humanitaire reconstruit des vies


Avec plus de 100 000 personnes déplacées internes, la province du Bam dans la région du Centre-Nord accueille le plus gros contingent de populations qui fuient les attaques terroristes au Burkina Faso. Les défis pour préserver la dignité de ces hommes, femmes et enfants qui ont presque tout laissé derrière eux sont énormes. Save the Children à travers le projet Alliance humanitaire se tient aux cotés de ces populations à travers des réponses multisectorielles. Ce 26 juin 2020, les journalistes ont pu s’imprégner des acquis du projet en six mois de mise en œuvre.

K. S. a retrouvé le sourire. Il y a environ 18 mois, il débarquait à Kongoussi après avoir fui les exactions des terroristes au Sahel. Le temps s’était arrêté pour lui et sa famille de 22 personnes. Où dormir, comment manger, se vêtir, autant de questions pour ce chef de famille impuissant. « Vraiment nous sommes venus dans le dénuement total. Certains ont marché jusqu’ici. D’autres ont quitté les villages avec des charrettes, les groupes armés ont tout retiré sur la route (…) on dormait dans des abris précaires. Quand il pleuvait, l’eau tombait sur nous ce qui causait des démangeaisons », se remémore-t-il.

K. S devant sa maison construite grâce au cash transfert

Puis vint le projet Alliance humanitaire de Save the Children. K.S, a bénéficié d’un transfert de cash pendant six mois. 50 000 F CFA mensuellement.

« Quand ils ont commencé à nous transférer l’argent, nous avons commencé à acheter de quoi construire des maisons. C’est progressivement que nous l’avons fait. Chaque mois quand on recevait de l’argent, on donnait une partie aux commerçants pour acheter des tôles, des ouvertures. C’est ainsi que nous avons réussi à construire des maisons », explique-t-il.

Depuis, K. S. et sa famille vivent dans des maisons plus commodes sur l’un des nombreux sites d’accueil de Kongoussi. « Le projet a préservé notre dignité d’homme. Si on n’avait pas ce soutien, actuellement nous serions entrain de mendier », précise-t-il, avant de noter que le reste de l’argent a servi à acheter des vivres chaque mois.

La hutte où dormait K.S

Comme lui, ce sont 660 personnes déplacées internes (PDI) et ménages hôtes qui ont reçu des transferts de cash dans les communes de Kongoussi, Tikaré et Sabcé. 50 000 F CFA pour les déplacés internes et 35 000 pour les ménages qui ont accepté accueillir ces populations en détresse. « Accueillir des déplacés internes, cela est un poids pour les familles d’accueil, et cela peut causer leur vulnérabilité. On a donc jugé nécessaires d’accompagner les ménages vulnérables de ces familles hôtes. En termes de cohésion sociale cela est nécessaire », explique Morou Bouda, responsable de la mise en œuvre du projet.

Il faut dire que les PDI font preuve de résilience. Certains ont commencé à se reconstruire grâce aux transferts de cash du projet. Sur un autre site, nous rencontrons S. O., un autre bénéficiaire. Très prévoyant, l’homme a investi avec l’argent qu’il recevait. Selon lui, l’aide reçue doit permettre d’être plus indépendant, de vivre mieux même après la fin du projet. Ainsi, S. O. a acheté une charrette, un âne, pour faciliter les travaux champêtres (Il a bénéficié d’un petit lopin de terre grâce aux autochtones, NDLR). En plus de cela, il a initié un petit commerce sur le site.

S.O a investi dans le commerce

« Il faut être intelligent quand on reçoit de l’aide. L’aide doit servir à rendre notre vie meilleure, à vivre dignement de sorte à ce que ceux qui nous aident soient aussi contents parce que cela nous aura sorti du besoin. C’est pour cela que j’ai investi pour être à l’abri du besoin à la longue. Quand on lave ton dos, il faut aussi se donner la peine de laver soi-même le visage », clame le nouveau commerçant devant des marchandises diverses.

Des enfants dans un environnement sécurisé

Rachida et Ahmed sont deux enfants qui habitent sur le site de déplacés internes de Loulouka, un nouveau marché au secteur n°2 de Kongoussi. Chaque jour, ils se retrouvent à l’espace ami des enfants qui jouxte le site. Là, ils s’amusent, dansent, chantent, dessinent sous le regard des animatrices, le tout dans un environnement sécurisé. C’est l’autre volet du projet alliance humanitaire.

« L’espace ami des enfants est un programme d’urgence qui consiste à créer un cadre idéal pour les enfants en vue de favoriser leur apprentissage, leur socialisation à travers des activités ludiques. Nous les aidons à surmonter leur stress à travers des activités créatives, imaginatives, de compétences de vie pratique, de communication », explique la coordonnatrice de l’espace, Ima Diane Altiné.

La responsable de l’espace Ima Diane Altiné

Elle nous apprend que 200 enfants bénéficient de cette initiative, la plupart ne sont pas scolarisés. Ils sont divisés en six groupes et passent les matins et soirs pour des séances d’animation.

Un espace qui vient comme un ouf de soulagement pour les enfants qui sont désormais occupés utilement. « Avant l’arrivée du programme, il était difficile de garder les enfants sur place. Il y a trois enfants qui sont morts noyés dans le lac, alors qu’ils étaient partis s’amuser. Les femmes sortent le matin pour aller chercher quelque chose à faire en ville. Elles reviennent souvent à la tombée de la nuit et ne retrouvent pas les enfants. Plusieurs fois, on a quitté le camp dans la nuit pour rechercher des enfants. Mais actuellement, avec l’espace tous nos enfants sont en sécurité », nous conte un parent d’enfants, Y. G.

L’espace ami des enfants

Des résultats au-delà des prévisions

Le projet Alliance humanitaire doté d’une enveloppe de plus de 313 millions de F CFA est mis en œuvre dans les communes de Kongoussi, Tikaré et Sabcé dans la région du Centre-Nord. Débuté le premier décembre 2019, il vise entre autres à améliorer le bien-être psychosocial des PDI vulnérables et des populations d’accueil. Il a aussi pour objectif de faciliter leur accès à des services sociaux intégrés. Il s’agit également pour le projet qui arrive à terme en fin juin, d’améliorer le revenu des PDI et des populations d’accueil vulnérables grâce aux transferts d’argent.

« Les objectifs du projet ont été atteints et les résultats attendus sont largement dépassés. Il était prévu de couvrir 551 ménages PDI et de la communauté hôte. Finalement ce sont 661 ménages qui ont été atteints », se réjouit le coordonnateur du projet M. Bouda.

Le direction provincial en charge de l’action humanitaire, Ousséni Kaboré souhaite une seconde vie du projet

Ousséni Kaboré, directeur provincial de la femme, de la solidarité nationale, de la famille et de l’action humanitaire du Bam lui se veut simplement reconnaissant. Selon lui, le projet d’urgence a enlevé une grosse épine dans les pieds de ses services débordés avec les milliers de déplacés internes qui ne cessent d’affluer dans la province.

« Nous avons bénéficié d’un appui pour notre fonctionnement. Du carburant, une connexion internet, des moyens roulants, des fauteuils, des chaises, un équipement de la salle de réunion et le renforcement les capacités de la direction », reconnait-t-il tout en émettant le vœu que le projet ait une seconde vie.

Tiga Cheick Sawadogo

Lefaso.net





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