Présidence de l’Union européenne : les dossiers urgents que va devoir régler Berlin



· Le budget pluriannuel

C’est une grand-messe qui intervient tous les sept ans dans l’UE. Cette fois, elle est compliquée par le Brexit : sur la période 2021-2027, Londres n’apportera plus de contribution financière à la marche quotidienne de l’UE. Un trou de plus de 10 milliards d’euros par an qu’il faut combler tout en mettant en oeuvre de nouvelles politiques ambitieuses dans des domaines variés (innovation, environnement, défense, asile, etc.). Les premières négociations sur le sujet ont été acides , et n’ont pas permis de dégager de terrain d’entente. Les pays dits « frugaux », Pays-Bas en tête, refusaient d’augmenter leur contribution de manière substantielle. Comme le rappelle un habitué de la machine européenne, « cette confrontation dure est logique et constitue toujours la première phase d’une telle négociation ». Mais l’heure tourne : les Européens doivent impérativement s’entendre avant la fin de l’année. Faute de quoi ils enverraient un déplorable signal de désunion, et aucune de leurs grandes ambitions pour l’avenir ne pourrait commencer à être concrétisée. 

· Le plan de relance 

C’est l’autre négociation financière, qui doit être menée en parallèle avec celle du budget 2021-2027. Elle rajoute de la complexité, mais permet aussi des compromis : certains Etats comme l’Italie devraient retrouver, via ce plan, ce qu’ils pourraient perdre avec le budget pluriannuel. Mais le nord de l’Europe n’a pas l’intention d’avaler la pilule qui lui est aujourd’hui présentée. Sous l’impulsion d’un couple franco-allemand ressuscité pour l’occasion, la Commission propose de lever 750 milliards d’euros sur les marchés pour en redistribuer un tiers sous forme de prêts, et deux tiers sous forme de subventions pures. Les Etats qui revendiquent une certaine orthodoxie budgétaire ne voient pas du meilleur oeil un tel mécanisme puisqu’il faudra bien, à long terme, rembourser collectivement ces emprunts. Avec, forcément, une contribution plus élevée pour les économies les plus avancées du bloc… Berlin va devoir proposer au plus vite un compromis , afin que la relance puisse être mise en oeuvre dans les meilleurs délais. Les chefs d’Etat européens ont prévu de se retrouver les 17 et 18 juillet pour tenter de boucler un accord.

· Le Brexit 

Quatre ans après le référendum qui a vu le « leave » l’emporter sur le « remain », l’interminable saga du Brexit devrait trouver son épilogue à la fin de l’année. Avec, à nouveau, les mêmes sueurs froides en perspective : le risque du « no deal » est plus présent que jamais. Si les Vingt-Sept ont fini par trouver un compromis, à l’arraché, sur les conditions de leur séparation, il leur reste à s’entendre sur leur relation future. Formellement, Londres a déjà quitté l’UE, mais dans les faits, le pays reste traité comme un membre à part entière au plan commercial. Or, Downing Street a tranché : pas question de prolonger cette transition . La date effective d’entrée en vigueur de la relation future est donc le 1er janvier prochain. Compte tenu des délais de ratification, il faut que les deux camps trouvent un compromis politique avant la fin octobre. Les négociations seront intenses dès cet été, mais la barre est placée haut. Sur plusieurs points cruciaux, les deux camps sont en plein dialogue de sourds . Même si une volonté politique nouvelle est perceptible depuis quelques semaines, Berlin va devoir mobiliser toute son énergie sur ce dossier afin d’éviter le chaos aux frontières de l’UE en fin d’année.

· Le Pacte Vert

La vague écologique va-t-elle déferler sur le continent ? Le deuxième semestre 2020 doit voir les Européens passer des promesses aux actes dans le déploiement du « Green deal », dont la Commission européenne veut faire la pierre angulaire de son mandat. Après avoir adopté l’objectif d’atteindre la neutralité climatique d’ici à 2050, les Vingt-sept devront examiner le renforcement des objectifs de réduction des gaz à effet de serre d’ici à 2030, sur base d’une proposition que la Commission doit dévoiler d’ici à septembre. La manière dont la présidence allemande du Conseil de l’UE poussera alors ou non en faveur d’un texte ambitieux sera le révélateur des véritables ambitions d’Angela Merkel pour le verdissement de l’économie.

· La négociation avec la Chine 

A l’origine, 2020 devait être l’année de la conclusion d’un accord entre la Chine et l’UE sur la protection des investissements. Berlin, bien décidé à pousser cette négociation, avait même prévu un sommet à Leipzig, à l’automne prochain, pour réunir les Vingt-Sept et les dirigeants pékinois et symboliser ce compromis entre les deux partenaires commerciaux. Mais les temps ont changé, et la relation sino-européenne prend une tournure moins amicale. Le sommet de Leipzig a été annulé. Lors d’un récent sommet, Ursula von der Leyen n’a pas mâché ses mots au sujet de la deuxième économie mondiale. Un ton nouveau dans la bouche d’un président d’institution européenne, qui dénote une frustration croissante, sur le continent, devant le peu de bonne volonté de Pékin, en particulier dans la négociation sur la protection des investissements. La fin de l’année reste, officiellement, l’objectif que visent les deux partenaires, et Berlin va donc devoir mettre les bouchées doubles par arracher des concessions de la part de la Chine. Sauf à étaler au grand jour l’ampleur du fossé qui sépare désormais les deux « rivaux systémiques ».

· Défendre la souveraineté numérique de l’UE

« Les derniers jours et les dernières semaines ont montré à beaucoup d’entre nous l’intérêt que peut avoir la numérisation dans la vie quotidienne mais aussi à quel point l’Europe est encore dépendante dans ce domaine », a déclaré Angela Merkel dans son podcast hebdomadaire samedi. La souveraineté numérique est classée au rang de priorité de la chancelière pour ce semestre. Le projet franco-allemand de cloud européen destiné à sécuriser les données sensibles de l’UE est sur les rails, mais l’Allemagne semble prête à faire un pas de plus alors même que Donald Trump a rompu il y a quelques jours les négociations sur la création d’une taxe des géants de l’internet dans le cadre de l’OCDE . Jusqu’ici réticente à froisser son grand partenaire commercial américain au grand dam de la France, Angela Merkel semble décidée à soutenir une taxation européenne. D’autant que le projet de budget européen a grand besoin de nouvelles ressources. Il prévoit notamment 1 milliard d’euros par an de recettes issues de la taxation des géants du numérique.

· La réforme de la politique migratoire

Le sujet est sur la table depuis 2015 , année marquée par la grande vague de demandeurs d’asile venus de Syrie et du Moyen-Orient mais il n’est pas certain qu’il soit résolu sous présidence allemande comme prévu initialement. La Commission qui devait soumettre au printemps sa proposition d’un nouveau pacte pour les migrations et l’asile, plus « globale » que la précédente – elle devrait intégrer la politique d’immigration légale -, a pris du retard. Le texte sera prêt, selon Bruxelles, en juillet pour un premier examen probable en septembre. Prétexte ou pas, l’exécutif veut mettre son paquet d’options sur la table « après que les Etats membres se seront mis d’accord sur le budget pluriannuel et le plan de relance ». « On veut s’assurer que nous bénéficions de la pleine attention des Etats membres », assure-t-on à la Commission. Il est vrai que ce dossier est un noeud de complexité à lui tout seul. La crise de 2015 avait révélé les immenses failles du système d’asile européen et les Vingt-huit s’étaient montrés incapables de partager le fardeau de cette immigration.



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