Appel à contribution/ Call for paper : La problématique de la maladie dans la littérature africaine écrite


Dans les sociétés humaines, la santé et la maladie n’ont jamais été l’affaire des seuls praticiens et professionnels de la médecine. Elles ont toujours intéressé, en amont et en aval, dans tous les cas de manière transversale, nombre d’acteurs et de disciplines. Si au nombre de ces dernières, la médécine et les sciences exactes (biologie et chimie notamment) tiennent le haut du pavé en la matière, l’on méconnaît et l’on relègue très souvent au bas de l’échelle l’intérêt et l’apport des disciplines dites humaines et sociales comme la philosophie, la sociologie, l’histoire, la littérature, etc. dans l’élucidation et l’appréhension des phénomènes pathologiques.

Pourtant, depuis l’antiquité, la santé et la maladie trouvent un terrain d’élection auprès de ces disciplines. Les Travaux et les Jours (VIIIe s. av. J.-C.) du poète grec antique Hésiode sont à ce propos la plus complète et la plus ancienne version du mythe de la boîte de Pandore, selon lequel c’est en représailles d’un vice humain, le vol du feu par Prométhée, que le grand dieu Zeus ordonna la création de la première femme avec une boîte d’où elle laissa s’échapper par curiosité tous les maux que connaissent l’humanité, en premier la maladie, la folie, la vieillesse, le vice, etc.

Dans son volume séminal, Médecine et Philosophie dans l’antiquité classique (2005, p. 6), Philip Van Der EIJK, lui, se fait l’écho des questions en lien avec la santé et la maladie et que diverses disciplines continuent encore de nos jours à se poser : Comment les sociétés et les individus répondent-ils (ou réagissent-ils) aux phénomènes pathologiques que sont la maladie, la douleur, la mort ? Comment les construisent-ils et comment les contexualisent-ils ?

Des maladies épidémiques, mentales, sexuelles, etc., que reconnaissent-ils comme véritablement pathologiques et que relèguent-ils au rang d’aberrations ? Qu’impliquent les réponses à ce questionnement en termes d’organisation sociale, d’institutions, de valeurs, de systèmes de santé ?

De quel statut jouissent les acteurs intéressés par la santé et la maladie, à commencer par les praticiens et les professionnels de la médecine ? Comment ces derniers élaborent-ils leurs idées, théories et pratiques ? Comment les communiquent-ils et comment convainquent-ils de leur logique et de leur efficacité ? Comment leur autorité s’établit-elle et se légitime-t-elle ?

La littérature africaine écrite n’est pas en reste, loin s’en faut. De fait, la maladie et la santé sont au cœur de nombre d’œuvres de poètes, dramaturges, romanciers, novellistes et fabulistes du continent. À titre d’exemples, L’Élytre incendiaire (1996) de l’Ivoirien Joseph Anouma met en scène les forces maléfiques symbolisées par un insecte et qui apportent la misère et le kwashiorkor dans un pays paisible et abondant, rendant esclaves ses habitants.

Dans Le retour au village (1978) de Kollin Noaga, la folie est présentée comme le symptôme d’un échec économico-social. L’impuissance sexuelle, elle, à travers l’exemple de El Hadj Abdou Kader Beye dans Xala (1973) de Sembène Ousmane, après avoir été traitée en vain par les médecins modernes le sera par un guérisseur traditionnel qui, au préalable, expia le patient des conséquences de la spoliation des terres des pauvres dont il s’était rendu coupable. Et L’épave d’Absouya (1994) de Jacques Prosper Bazié fait un gros plan sur la dramatisation du sida, objet d’amalgames et de stigmatisation.

Si depuis peu, des recherches tentent d’analyser le traitement des questions de la santé et de la maladie dans les productions littéraires africaines, ces travaux restent encore balbutiants ou très peu transversaux. Citons néanmoins les articles « La folie de la RAN ou du pawégo » dans Le retour au village de Kollin Noaga (1996) de Issou Go, « La représentation de la maladie dans les romans d’Ayi Kwei Armah » (2007) de Kouamé Adou, « Le mal invisible : Sida et littérature africaine francophone » (2013) de Jada Miconi, et les ouvrages collectifs Littérature et maladie en Afrique : image et fonction de la maladie dans la production littéraire (2000) dirigé par Jacqueline Bardolph, Health and mental Issues in the litterary Imagination (2011) dirigé par Mamadou Kandji. En réalité, les productions littéraires africaines comme les recherches et travaux critiques qui se donnent pour objet de les analyser contribuent à enrichir les connaissances sur les questions de santé et de maladie dans les sociétés africaines.

Le présent appel à contribution, intitulé « Littérature écrite et problématique de la maladie en Afrique », se fixe justement pour objectif d’approfondir le traitement des questions de santé et de maladie dans les productions littéraires du continent dans une approche pluridisciplinaire et transversale. La question principale est de savoir comment sont abordées, dans la littérature africaine écrite, les questions passées et présentes de maladie ainsi que les systèmes de valeurs qui leur sont rattachés.

Il s’agit plus précisément de diagnostiquer, à l’attention d’un public académique et non académique, la perception et les représentations de la maladie par les écrivains et les personnages mis en scène, de sorte à contribuer à une meilleure prise de conscience de toutes les formes de maladies ou pathologies, à une réorientation des campagnes de sensibilisation et à une plus grande efficacité des soins, des prises en charge ou des systèmes de santé. Dans ce sens, les axes non exhaustifs de recherche sont :

-  les représentations de la santé et des maladies ;

-  les représentations liées à l’environnement et aux arbres-herbes médicinaux ;

-  la typologie des maladies et pathologies reconnues comme telles dans la littérature africaine ;

-  la typologie des causes, origines et facteurs de la maladie ;

-  les normes sociales et les maladies ;

-  les conflits des systèmes de santé (traditionnel vs moderne) ;

-  la communication, le langage ou le discours médical ;

-  l’esthétisation de la maladie et/ou de la guérison ;

-  la sémiologie des cérémonials et rituels de la guérison ;

-  les maladies et la marginalisation sociale ;

-  la typologie, la place et le statut du soignant-guérisseur ;

-  les acteurs de la chaîne médicale ;

-  la maladie et la désorganisation-réorganisation familiale ou sociale.

L’appel à articles s’adresse aux chercheurs et doctorants – en Sciences Humaines et Sociales, particulièrement en Littérature, Arts, Esthéthétique – désireux d’apporter une contribution novatrice dans l’un ou l’autre de ces axes. Les projets d’articles seront d’abord reçus sous forme de résumés d’environ 300 mots. Après évaluation, les projets retenus feront l’objet d’une notification aux auteurs qui enverront leurs articles entièrement rédigés pour instruction. Les articles corrigés seront publiés sous forme d’ouvrage collectif en fin avril 2021.

Le calendrier de l’appel à contribution est le suivant :

1. Diffusion de l’appel et reception des résumés : du 1er au 30 juillet 2020

2. Sélection des résumés par le comité scientifique : 31 juillet 10 août 2020

3. Notifications aux auteurs des textes retenus : du 11 au 15 Août 2020

4. Reception des articles définitifs par les organisateurs : 30 novembre 2020

5. Instruction des articles : du 30 novembre au 31 décembre 2020

6. Correction des articles par les auteurs : du 1er janvier au 20 janvier 2021

7. Reception des articles définitifs : du 21 janvier au 10 fevrier 2021

8. Parution de l’ouvrage : 30 Avril 2021.

Durant tout le processus, les textes et correspondances sont à adresser concomittamment aux trois adresses électroniques suivantes :

1. yacou@gmx.net (Yacouba BANHORO)

2. traorekonate@yahoo.fr (Sidiki TRAORÉ)

3. africamultiple.burkina@gmail.com (Pôle d’excellence africain /Africa Multiple Université Joseph Ki-Zerbo : http://acc-ouaga.org)





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