Black Lives Matter provoque un examen de conscience mondial



Tout comme la vague #Metoo, Black Lives Matter a déclenché un mouvement international de protestations et de réflexion en faveur de l’égalité raciale. Mais la fascination exercée par les États-Unis ne doit pas faire oublier d’autres inégalités et violences locales.

Alors que de Düsseldorf à Jakarta des manifestants descendaient dans les rues pour manifester leur solidarité au mouvement Black Lives Matter déclenché par le meurtre de George Floyd, Igoni Barrett se trouvait à Amsterdam.

Ce romancier nigérian et jamaïcain, qui s’était retrouvé bloqué par le confinement dans le pays de son épouse, a été surpris par la formidable mobilisation contre les injustices raciales dans toutes les villes des Pays-Bas – bien plus massive que dans son pays, le Nigeria.

Paradoxalement, explique-t-il, par son histoire coloniale et ses importantes minorités noires, l’Europe prend beaucoup plus à cœur la question des inégalités raciales que le Nigeria, pays majoritairement noir. “Même dans une petite ville comme Tilburg (dans le sud des Pays-Bas), les manifestants défilaient par milliers. Beaucoup de jeunes Blancs se rendent compte de l’injustice du système policier ou carcéral et estiment que cela ne les représente pas.”

Prendre conscience de son passé collectif

La mort de George Floyd à Minneapolis, asphyxié par un policier blanc, relayée par des vidéos insoutenables, a conduit toutes sortes de gens d’un bout à l’autre du monde à s’interroger sur leur rapport personnel et national aux inégalités et aux préjugés raciaux.

Tout comme la vague #MeToo avait éveillé dans le monde entier les consciences sur les violences faites aux femmes et les droits des femmes, Black Lives Matter a soulevé un mouvement international de protestations en faveur de l’égalité raciale.

“Les répercussions de la mort de George Floyd et de la façon dont il a été déshumanisé ont dépassé les États-Unis pour se propager à l’ensemble de la planète, obligeant chacun à prendre conscience de son passé collectif”, estime pour sa part Ellen Johnson Sirleaf, ancienne présidente du Liberia et Prix Nobel de la paix.

Les manifestations au Liberia et ailleurs sont à son sens “une expression de solidarité avec notre diaspora aux États-Unis et une reconnaissance des préjudices que nous avons eu à subir du fait de la traite des esclaves, de la colonisation et du pillage de nos ressources.”

Sous influence américaine

Comme le mouvement #MeToo avait été amorcé par les révélations sur le comportement sexuel prédateur du producteur Harvey Weinstein, les appels actuels en faveur de la justice raciale sont partis de l’histoire d’un seul individu. Et comme #MeToo, le retentissement international du débat démontre qu’en dépit de leurs traumatismes et de leurs manquements évidents, les États-Unis restent pour une bonne part du monde une référence morale et politique.

À l’heure où la Cour suprême américaine vient de rendre un arrêt [le 15 juin] déclarant qu’il est illégal de licencier quelqu’un au motif qu’il est homosexuel ou transgenre, la culture américaine continue d’exercer une énorme influence dans le monde.

“Aujourd’hui, tout le monde a le regard braqué sur les États-Unis”, constate l’écrivaine ghanéenne Ayesha Harruna Attah, auteur de plusieurs ouvrages sur l’esclavage :

Je suis convaincue que le mouvement actuel réveillera les consciences, et je ne suis pas mécontente qu’il ait commencé en Amérique. Il était important d’ouvrir ce débat.”

Un miroir tendu

Or, ce que les gens ont vu dans le miroir brandi par Black Lives Matter a été très différent selon qu’ils se situent d’un côté ou de l’autre de l’histoire de l’esclavage, des violences policières et de l’intolérance raciale.

En Australie, où le hashtag #AboriginalLivesMatter (“#LesVies AborigènesComptent”) a fait florès sur les réseaux sociaux, les protestations ont été axées sur le traitement réservé à cette population victime de massacres, d’expropriations et d’incarcérations massives depuis l’arrivée des colons blancs au XVIIIe siècle.

En Pologne, une polémique est née sur l’utilisation du terme “Murzyn” (dérivé du latin “Maurus”, Maure, Africain, équivalent de “nègre”) qui, dans l’esprit de nombreux Polonais, est un mot neutre, mais auquel d’autres reconnaissent un sens péjoratif. Lors d’une manifestation organisée à Varsovie, une jeune fille noire défilait avec une pancarte proclamant

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David Pilling

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