Brexit : Bruxelles et Londres font du surplace



Publié le 2 juil. 2020 à 17h43Mis à jour le 2 juil. 2020 à 17h59

Après plus de trois mois à n’échanger que par visioconférence, le négociateur européen du Brexit, Michel Barnier, et son homologue britannique, David Frost, ont pu se retrouver de visu cette semaine à Bruxelles. Mais cela n’y a rien changé. Jeudi après-midi, écourtant d’un jour ce nouveau round de négociations, le Royaume-Uni et l’Union européenne ont de nouveau constaté l’ampleur de leurs désaccords sur leur future relation post-Brexit, en particulier sur le plan commercial.

« Après quatre jours de discussions, de sérieuses divergences demeurent », a déclaré Michel Barnier par communiqué. « Les négociations ont été larges et utiles, mais elles ont mis en lumière les divergences importantes qui demeurent sur un certain nombre de questions importantes », a affirmé au même moment, par communiqué également, son homologue britannique David Frost. 

Des « garanties robustes » sur la concurrence

Michel Barnier rappelle que l’Europe attend des « garanties robustes » du Royaume-Uni en termes de concurrence équitable, et donc de respect des normes européennes, et une solution « équilibrée, durable et de long terme pour les pêcheurs européens », chez qui monte la forte inquiétude de perdre un accès aux eaux britanniques d’autant plus précieux qu’elles sont très poissonneuses. «La pêche ne doit pas être sacrifiée. Le parlement européen l’a rappelé, cet enjeu majeur ne peut pas servir de variable d’ajustement», insiste l’eurodéputé français Francois-Xavier Bellamy. A l’opposé, le Royaume-Uni entend toujours pouvoir s’affranchir des règles européennes et monnayer très cher l’accès à ses eaux. 

A ce stade, la visioconférence du 15 juin entre le Premier ministre britannique, Boris Johnson, et les leaders des institutions européennes, ne semble pas avoir porté ses fruits, en dépit du volontarisme alors affiché par chacun . « Nous continuons à croire qu’un accord est possible et dans l’intérêt de tous », affirme toutefois Michel Barnier. 

Un dîner Frost-Barnier mardi à Londres

Comme convenu mi-juin, les deux parties vont continuer d’intensifier les discussions. Le temps est compté : le Royaume-Uni ayant renoncé à demander une extension de l’actuelle période de transition , sa sortie définitive de l’UE interviendra à la fin de l’année, avec ou sans accord. Comme pour mettre la pression sur Bruxelles afin de faire avancer les pourparlers à marche forcée, Boris Johnson a fait savoir, le week-end dernier, que David Frost deviendrait son conseiller spécial à la sécurité dès septembre. Michel Barnier se rendra mardi à Londres pour dîner avec David Frost avant le prochain round officiel de négociation, qui démarrera le 20 juillet à Bruxelles. 

La partie de poker menteur est lancée et elle est partie pour durer : tout en se disant prêts à négocier, les deux camps affectent de ne pas craindre le scénario d’un « no deal », qui serait pourtant désastreux dans un contexte économique déjà sinistré par la pandémie. Comme pour l’accord de retrait en 2019, beaucoup pourrait se jouer dans la dernière ligne droite, après l’été. L’Allemagne, qui a pris mercredi la présidence tournante du Conseil de l’UE pour six mois , jouera alors un rôle plus central que jamais. « Je continuerai à préconiser une bonne solution mais nous, dans l’UE, devons nous préparer pour le cas où un accord ne serait pas conclu », a mis en garde, mercredi, la Chancelière allemande Angela Merkel.

Derek Perrotte (à Bruxelles) avec A.C. (à Londres)



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