L’eurogroupe à la recherche d’un nouveau capitaine



Publié le 2 juil. 2020 à 10h19

Club privé cherche capitaine pour naviguer dans la tempête. Avec le départ du Portugais Mario Centeno , l’Eurogroupe doit se choisir, ce 9 juillet, un nouveau président. Le très opaque forum des ministres des Finances de la zone euro, devenu incontournable lors de la crise qui a failli mettre à terre la monnaie unique, ne peut pas se permettre de tergiverser : alors qu’une crise de magnitude historique a balayé le continent, la mise en place d’un plan de relance robuste s’impose comme une urgence. Et il va falloir au futur maître de cérémonie beaucoup d’habileté pour piloter des débats qui s’annoncent complexes.

La carte du consensus

 Trois candidats sont en lice : les ministres des Finances luxembourgeois, irlandais et espagnol. Et les jeux sont ouverts. 

Nadia Calvino, la ministre espagnole, a longtemps fait figure de favorite. Très compétente dans les Affaires européennes du fait de son parcours de premier plan à la Commission européenne, elle apporterait une réelle nouveauté dans une institution jusqu’à présent dirigée par des hommes (Jean-Claude Juncker, suivi du Néerlandais Jeroen Dijsselbloem, puis de Mario Centeno). Mais comme le relève une source proche des débats, « son côté sudiste et socialiste n’est pas forcément un atout, et la carte féminine ne joue plus vraiment dans une Europe où des figures comme Ursula von der Leyen ou Christine Lagarde occupent déjà des postes de premier plan ». Dans les débats très sensibles qui s’annoncent autour du plan de relance, seule un personnage s’employant à tenir le centre de l’échiquier politique pourrait créer les conditions d’un consensus. Dans sa lettre de motivation , Nadia Calvino s’emploie donc à rassurer les pays du Nord, insistant notamment sur l’importance qu’elle accorde aux conditions qui devront accompagner toute aide européenne. 

Dix voix sur dix-neuf nécessaires

Les deux autres candidats jouent également, chacun à leur manière, la carte du consensus. « Je bâtirai des ponts entre le Nord et le Sud, l’Est et l’Ouest, ceux qui sont dans la zone euro et ceux qui sont en dehors, et entre les grands et petits Etats-membres », assure le candidat irlandais, Paschal Donohoe, dans sa lettre de motivation . Membre de la famille politique des Conservateurs, il rassure spontanément les tenants de la discipline budgétaire tout en lançant un appel du pied aux pays du Sud : en rappelant que son pays a été l’objet d’un programme de soutien européen, il insiste sur sa conscience de « l’importance de la solidarité »

Quant à Pierre Gramegna, il met en avant sa présence , depuis six ans, au sein de l’eurogroupe, qui le rend « pleinement conscient de la diversité des points de vue sur tous les sujets » et le pousse à toujours chercher un « terrain d’entente ». Issu d’un parti de centre droit, il peut compter aussi sur la géographie : « le Luxembourg, par sa position entre la France et l’Allemagne, incarne toujours une forme de compromis », résume une source au Conseil. 

Pour l’emporter, un candidat doit obtenir au moins dix voix sur dix-neuf. Une majorité absolue qui impliquera, probablement, le désistement d’un des trois ministres au cours d’un processus nécessitant certainement plusieurs scrutins d’affilée.



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