Santé : L’artemisia, la plante miracle pour vaincre de nombreuses maladies !


Le monde entier a été durement éprouvé par la crise de la COVID 19. Cette catastrophe sanitaire a ébranlé toutes les certitudes. Les Etats d’antan considérés comme ayant un système sanitaire bien bâti ont été vite débordé par l’évolution de cette infection. Chaque Etat devrait s’organiser pour faire face à la situation. C’est ainsi que les africains se sont rappelé des trésors de la médecine traditionnelle ; un secteur qui a toujours souffert du soutien des budgets nationaux. Madagascar a ravi la vedette en lançant le COVID organic qui est un produit à base de Artemisia, une plante jadis utilisé dans la prise en charge du paludisme. Brusquement cette plante jadis méconnue du grand public commence à intéresser tout le monde au Burkina. Cet écrit de Moussa Bambara vise à éclairer l’opinion sur la plante et l’actualité de la recherche sur celle-ci en Afrique et au Burkina.

Artemisia annua est une plante annuelle, très odorante, de taille variable, de 20 cm à 2 m. Elle possède une tige principale dressée, de laquelle partent dès la base des rameaux alternés.

Elle est considérée comme une espèce des régions tempérées de l’hémisphère Nord. Elle est naturellement présente en Chine, en Inde, en Afghanistan, en Corée, au Vietnam, au Japon Originaire de l’Extrême Orient, elle s’est largement répandue au centre de l’Europe, ainsi qu’aux Etats-Unis. Le principal produit qui donne à la plante son importance est l’artemisinine.

Artemisia Annua s’est révélée efficace à titre curatif et préventif contre des formes graves de paludisme. L´artémisinine agit 10 à 100 fois plus rapidement que tous les autres médicaments développés jusqu´à présent et destinés au traitement du paludisme. L’efficacité de Artemisia a été testée en Afrique et tous les tests ont traité plus de 1000 paludéens avec un pourcentage de guérison entre 80 et 100%.

A partir des années 1990, on a assisté de plus en plus à des résistances à la chloroquine dans les pays africains ; ce qui a amené l’OMS en 2001 a recommandé l’utilisation des produits à base d’artémisinine appelé ACT. Le nombre élevés des pays qui ont adopté les ACT a entrainé une augmentation exponentielle de la demande en artémisinine et de ses dérivés.

Depuis la découverte des performances de l’Artémisinine dans le traitement curatif du paludisme et dans un contexte de demande croissante de cette molécule, plusieurs institutions de recherche et/ou de sociétés se sont lancées dans la production et la commercialisation de Artemisia annua en Afrique :

(1) Au Congo, quatre cliniques ont déjà traité les patients volontaires africains atteints du paludisme avec le thé A-3. Au total, 254 patients paludéens reçurent un traitement au thé, 236 patients (soit 93%) furent guéris et leurs sang exempt du parasite à la fin du traitement. Chez 218 malades (soit 86%), les symptômes disparurent totalement au cours du traitement. Dans une étude à Bukavu, dans 50% des cas, on a dû conseiller de combiner le thé avec de comprimés de Fansidar etc. pour éviter les recrudescences.

(2) A Madagascar, l’Agence Française de Développement (AFD) a appuyé le projet Bionexx pour la culture de Artemisia Annua, l’extraction et la purification du principe actif de la plante. Les principaux impacts du projet sont : l’implication de 3100 petits paysans pour cultiver Artemisia pour la société, 1000 tonnes de feuilles séchées de Artemisia produites par an, la multiplication des partenaires comme INDENA (leader mondial de l’extraction des principes actifs à partir de végétaux) pour soutenir la chaîne de production. Artemisia est devenue en quelques années un des principaux produits exploitation permettant aux petits producteurs de disposer d’important revenu.

(3) En Tanzanie est un pays où la présence des souches de Plasmodium falciparum résistantes à la chloroquine a motivé la promotion immédiate de la culture de Artemisia annua. C’est ainsi que des initiatives en Recherche et Développement pour la transformation de l’Artémisinine en d’autres composés plus versatiles tels que le dihydro-artemisinin et l’artemether ont été lancées. Cette initiative a impliqué plusieurs écoles primaires et secondaires. La production moyenne est de 28 tonnes qui sont achetées par le projet. Les revenus tirés de la production ont contribué à améliorer le cadre et le niveau de vie dans les écoles.

Au Burkina Faso une étude expérimentale sur l’espèce dans le cadre d’une formation diplômante a commencé depuis 2005 à l’UFR/SDS en collaboration avec le centre national de semence forestière.

Cette étude qui est une première étape d’une série a eu pour objectif d’évaluer les possibilités de culture de Artemisia annua L. (Asteraceae) au Burkina, un pays à climat de type soudanien en vue de la production d’antipaludéens. Elle a utilisé des semences d’origine différente notamment la France et la Suisse.

Les essais de germination ont montré que les semences germent bien dans les conditions climatiques soudaniennes de préférence sur du substrat sable avec des taux de germination pouvant atteindre 94%.

L’élevage de plants, aussi bien en pot qu’en pépinière montre que les semences d’origine suisse présentent une meilleure adaptabilité avec une biomasse foliaire à la récolte de 1173,317Kg/ha.

L’évaluation de la teneur en artémisinine a donné une valeur de 0,45% sur la masse sèche des feuilles à récolte précoce et moins de 0,24% sur la masse sèche des inflorescences et celle des feuilles à récolte tardive. Cette teneur bien qu’inférieure à 1% (théoriquement attendu) est suffisante pour avoir des solutions aqueuses ayant une efficacité thérapeutique qui est 9ng/mL.

Les valeurs de la biomasse et de la teneur en huiles essentiels peuvent être améliorées dans les études ultérieures si l’on tient compte d’un certain nombre de paramètres. Dans tous les cas les résultats ont constitué une première approche et donc d’autres études devraient permettre de mieux appréhender les paramètres de culture de Artemisia annua dans cette région de l’Afrique.

Après cette première expérience, une autre étude plus large qui a concerné quatre localités aux conditions agro-climatiques différentes a été initiée. Il s’agissait des villes de Bobo Dioulasso, de fada de Kaya et Ouaga. Cette étude n’a pas été achevée pour plusieurs raisons dont la principale est le peu d’intérêt des acteurs.

Malgré les mises en garde de l’OMS sur le risque d’apparition des résistances lié à l’utilisation de la tisane à base d’Artemisia pour soigner le paludisme, dans beaucoup de pays, elle est toujours utilisée par les populations avec le soutien de certaines ONG. Pour ces ONG, bien que l’artémisinine soit le principal produit actif, celle-ci n’est la seule molécule responsable de l’effet thérapeutique ; ce permet de réduire l’hypothèse de risque énoncé par l’OMS.

Depuis quelques années, les firmes avaient pu réaliser la synthèse de l’artemisinine au laboratoire ; ainsi l’extraction à partir du matériel végétal n’était plus nécessaire d’où la chute de l’exportation. Depuis la sortie du président malgache avec son produit « Covid-Organics », la question de l’utilisation de Artemisia pour lutter contre le paludisme et le corona a refait surface.

Les producteurs qui faisaient des méventes à Madagascar ont vu leur stock épuisé, relaçant ainsi la production. Le 30 avril 2120, des chefs d’Etats africains réunis en visioconférence avaient débattu de la généralisation du « Covid-Organics ». Malgré l’absence de preuve scientifique, tous partagent tout de même la conviction que ce n’est pas un hasard si les pays touchés par le paludisme semblent subir moins les effets de la maladie à Covid-19.

Au Burkina, après cette étude que nous conduit, un projet initié par le ministère de la santé sous l’égide du Pr NIKIEMA Jean Baptiste a été élaboré et visait à étendre l’étude dans huit (8) région du pays afin de sélectionner la variété la mieux adapté, de mieux comprendre le cycle de production et les effets de d’autres facteurs sur la biomasse et sur la concentration en artémisinine. Malheureusement ce projet n’a pas été financé ni par l’Etat, ni par les bailleurs malgré son importance pour contribuer à réduire l’impact du pays sur le budget des ménages et de l’Etat.

Il sera indispensable que l’Etat burkinabè finance sa recherche si le pays veut se compter parmi les nations qui prospèrent. Notre ambition était de faire de l’Artemisia une plante cultivé au abord des cours comme le faisant nos grands-parents pour le tabac. Elle aurait permis à de nombreuses familles d’améliorer leurs revenus comme en Tanzanie et à Madagascar. Au-delà du COVID, cette plante aurait des propriétés anti cancéreuses selon les travaux de Thomas Efferth, professeur de l’université Johannes Gutenberg (Confère Paris Match Publié le 23/06/2020 à 14h47).

Au-delà de cette plante, la place de la médecine traditionnelle doit être revue. Il nous faut changer absolument notre regard sur les richesses naturelles dont nous disposons pour améliorer la santé de nos populations. Nos instituts de recherches regorgent d’éminents spécialistes mais qui travaillent malheureusement sur le financement des partenaires qui ont des objectifs précis à atteindre. Pendant combien serions-nous toujours consommateur des productions scientifiques des autres ? Ou prendrions-nous la courageuse décision d’oser ?

Moussa BAMBARA

Mbambara2003@yahoo.fr





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