Sénégal: Du Wato Sita à l’écologie – Ousmane Sow Huchard, musicien-chercheur et Vert accompli


Disparu ce mercredi 1er juin 2020, Ousmane Sow Huchard dit Soleya Mama, était un musicien guitariste-chanteur, historien de l’art, chercheur musicologue, devenu militant écologiste et député vert.

Nous avions rencontré chez lui à Hlm Gueule Tapée, à Dakar, au début des années 2000, ce membre fondateur de l’orchestre multiculturel et précurseur de la variété musicale sénégalaise, le «Wato Sita», qui signifie «il est temps» en langue mandingue.

Né en 1942 à Ziguinchor, Ousmane Sow Huchard dit Soleya Mama est «un vrai Sénégalais, du nord et du sud». Son père est un métis de Saint-Louis et sa mère, une Franco-sénégalaise de Ziguinchor.

Après ses études primaires en Casamance, et secondaires au lycée Andrée Peytavin de Saint-Louis, il fréquente l’Ecole normale d’enseignement technique. Parallèlement Ousmane Sow Huchard s’est engagé dans la recherche musicale avec le groupe le «Wato Sita», qui signifie «il est temps» en langue mandingue.

L’expérience avec ce groupe qui jouait sur tous les registres et rivalisant même avec l’Ucas Band de Sédhiou en 1968 lors d’une Semaine nationale de la jeunesse a été vécue avec ses amis comme le koriste Lamine Konté, Abass Goudiaby, Ass Fall, Youssouph Sadio et André Fara Biram Lô, entre autres. Elle s’est étalée de 1970 à 1974.

Une période pendant laquelle, Ousmane Sow Huchard a étrenné sa guitare rythmique et chanté sous le nom d’artiste de Soleya Mama. Un pseudonyme qu’il a hérité de son enfance: sa maman l’appelait affectueusement ainsi.

«Avant l’expérience du Wato Sita, j’avais fondé aussi le Dakar Université Sextet, quand j’étais à l’université de Dakar, entre 1965 et 1968.

Ensuite, j’étais dans le groupe qu’on appelait les «Mary Makers» se souvient encore Ousmane Sow Huchard. Ensuite, avec le «Wato Sita», il a été, avec ses amis, représenter le Sénégal au premier festival de la Francophonie qui s’est déroulé en 1974 au Québec. On l’appelait la «Super Franco Fête».

C’est à leur retour de ce voyage et après une tournée avec le «Wato Sita» au Mexique, qu’il lui a été proposé d’aller en formation pour le programme du Grand projet du Musée des civilisations noires que le Président Senghor voulait construire dans le cadre de la Cité des Arts, sur la corniche de Dakar.

C’est dans ce cadre donc qu’Ousmane Sow Huchard a été envoyé au Canada pour faire d’abord de l’histoire de l’art, ensuite de l’anthropologie, de la muséologie, et enfin de la musicologie. « Quand je suis rentré au Sénégal en 1980, le président Senghor quittait le pouvoir.

Et ce projet de Musée des civilisations noires est rangé dans les tiroirs. Donc, il n’existait plus. Comme moi, une quarantaine de Sénégalais avait été envoyée en formation dans ce cadre qui en Suisse, en France. J’avais tenu à rentrer malgré l’arrêt du projet, mais d’autres ont préféré rester à l’étranger».

Il se rappelle qu’El Hadj Ndiaye, patron du Studio 2000 et lui ont été les deux seuls à rentrer au bercail. Au retour d’Ousmane Sow du Canada, il n’y avait plus donc de projet de Musée des civilisations noires. Et, c’est ainsi qu’au ministère de la Culture, il été affecté au Musée dynamique.

«On m’a demandé de réhabiliter le musée, de le rouvrir. Alors c’est là, où j’ai assumé les fonctions de conservateur en chef. On a réussi à faire de cette institution ce que les artistes en attendaient. Comme vous le savez en 1980, le gouvernement décide d’affecter le bâtiment du musée à la cour Suprême de l’époque.

Donc, le musée est fermé et moi j’ai été nommé commissaire du gouvernement pour les expositions d’art à l’étranger», résume l’homme, très au fait de l’évolution de la culture sénégalaise.

Un dernier combat pour l’écologie…

Il a occupé cette fonction jusqu’en 1990 avant de demander d’être libéré, parce qu’entre-temps Ousmane Sow Huchard avait déjà commencé à travailler comme consultant international. Et c’est ainsi qu’il a été amené à ouvrir un cabinet d’Ingénierie culturelle.

Depuis lors, il a travaillé comme consultant pour l’Agence de la Francophonie, pour l’Unesco. Il a aussi conseillé certains pays africains dans la mise en œuvre de projets culturels, de création de musée au Gabon, au Cap-Vert, au Congo Brazzaville. Il donne également des cours dans des universités, etc.

Appelé pour présider le conseil scientifique de la Biennale de l’art africain contemporain, de 1994 à 1999, Ousmane Sow Huchard dit avoir passé le témoin à d’autres jeunes afin d’assumer ce qu’ils y ont commencé, lui et son équipe, au sein du conseil scientifique du Dak’Art.

Acteur et témoin de la culture, il tient à ce qu’on rende hommage à tous ces artistes sénégalais qui portent haut leur culture aux quatre coins du monde. En citoyen imprégné de culture, il crée aussitôt avec des amis le Rassemblement des écologistes, les Verts.

«De la culture, je tombe ainsi dans la politique. Car je pensais, mes amis et moi, qu’à la fin du 20éme siècle, il restait à notre continent un dernier grand combat qui est celui de la sauvegarde de notre cadre de vie. Le combat pour l’environnement dans toute la planète», explique Ousmane Sow Huchard.



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