Le gazoduc Nord Stream compromis par les sanctions américaines


Publié le 3 juil. 2020 à 7h30

Déjà fragilisé, le projet de pipeline de Gazprom entre la Russie et l’Allemagne paraît vraiment menacé aujourd’hui. Les Etats-Unis ont relevé d’un cran leur offensive alors même que le gazoduc de 1.200 km baptisé Nord Stream 2, posé au fond de la mer Baltique, est achevé à 94 %. Seule une portion de 150 km dans les eaux danoises reste à installer. Le Sénat américain envisage d’imposer des sanctions plus sévères encore contre les entreprises qui participent au chantier.

Les compagnies opérant les navires qui installent le gazoduc étaient déjà sous le coup de sanctions, ce qui a conduit à l’arrêt du projet en décembre dernier . Si la proposition de loi soutenue par d’influents sénateurs républicains et démocrates est adoptée – ce n’est pas encore certain -, toutes les entreprises impliquées directement ou indirectement seraient potentiellement frappées. Quelque 120 sociétés d’une douzaine de pays seraient impliquées, selon Nord Stream. Les sanctions seraient même rétroactives, à compter de décembre 2019.

Engie parmi les partenaires

Ce serait le cas, notamment, des ports, des entreprises de services maritimes ou des assureurs. « Gazprom cristallise l’opposition américaine au régime de Vladimir Poutine et cette opposition est d’autant plus solide qu’elle est bipartisane, décrypte Marc-Antoine Eyl-Mazzega, directeur du Centre énergie et climat de l’Ifri. Si les sanctions sont votées, cela signera sans doute la fin du projet, au moins pour quelques années. »

L’inquiétude gagne aussi les partenaires financiers de Nord Stream 2, cinq énergéticiens européens qui ont payé la moitié de ce projet à 9,5 milliards d’euros : le français Engie , les allemands Wintershall DEA et Uniper, l’autrichien OMV et l’anglo-néerlandais Shell. Engie ne veut pas s’exprimer tant que la situation n’est pas clarifiée. « Je ne pense pas que ces sociétés seront visées par les sanctions », estime Mitch Jennings, analyste chez Sova Capital basé à Moscou.

« Contraires au droit international »

L’Allemagne, où doit aboutir le gazoduc russe, conteste vigoureusement le projet du Sénat américain. « Le type de sanctions extraterritoriales imposé par les Etats-Unis ne correspond pas à notre conception de la loi, a déclaré Angela Merkel mercredi devant le Bundestag. Nous devons néanmoins admettre que le processus de construction [du gazoduc] devient plus difficile. »

Les sanctions sont « inacceptables et contraires au droit international », a déclaré lui aussi Josep Borrell , le haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères. Les Vingt-Sept examinent « l’adoption d’un mécanisme de sanctions renforcé » en rétorsion à ce type de mesures « extraterritoriales », a-t-il souligné.

Effondrement des prix

Derrière l’affrontement diplomatique émergent des enjeux économiques pour l’approvisionnement en gaz de l’Union européenne. La production néerlandaise décline rapidement, celle de la Norvège est elle aussi appelée à baisser. Bien que la consommation de gaz stagne, le Vieux Continent est de plus en plus dépendant des gazoducs de Gazprom. L’Europe peut néanmoins compter sur le gaz naturel liquéfié (GNL) , grâce à des terminaux d’importation et des capacités de stockage sans équivalent dans le monde.

Les prix du gaz et du GNL se sont effondrés ces derniers mois. La crise du Covid-19 a fait baisser la demande alors que l’offre atteint des sommets avec la mise en service de capacités d’exportation massives aux Etats-Unis. L’Europe en a profité en important des quantités records de GNL à prix cassé. Gazprom s’est retrouvé pénalisé et a dû réduire ses exportations vers l’Europe. « Les Etats-Unis attaquent à un moment où Gazprom est sur la défensive », commente Marc-Antoine Eyl-Mazzega.



A lire aussi

Laisser un commentaire