À Istanbul, Sainte-Sophie redeviendra une mosquée



La plus haute autorité administrative de Turquie examinait ce vendredi 10 juillet une demande déposée par une association islamo-conservatrice exigeant que Sainte-Sophie ne soit plus considérée comme un musée. Verdict : le célèbre monument stambouliote peut redevenir une mosquée.

“Enfin !” écrit le député AKP stambouliote Numan Kurtulmus sur son compte Twitter. “Nos efforts n’auront pas été vains.

La vieille dame, reconstruite sous l’empereur byzantin Justinien au VIe siècle puis transformée en mosquée lors de la conquête de Constantinople par Mehmet le Conquérant, était devenue en 1935 “un musée dédié à l’humanité”.Patience, mes jeunes amis. Aujourd’hui ou demain, Sainte-Sophie rouvrira”, écrivait dans un tweet récent Berat Albayrak, ministre de l’Économie et des Finances et gendre du président Erdogan, reprenant des propos tenus plus d’un demi-siècle auparavant par l’une des plus grandes figures de la droite conservatrice turque.

Cette vieille revendication, reprise par l’AKP, était devenue un véritable “serpent de mer”, ressurgissant à chaque difficulté ou virage politique d’Erdogan. Problème : la décision de faire de Sainte-Sophie un musée avait été prise en Conseil des ministres en 1934 par Atatürk lui-même, fondateur de la Turquie moderne.

Un artifice juridique qui ne trompe personne

C’est à ce document que s’est attaquée une association conservatrice en lançant une procédure administrative en 2005. Près de quinze ans de péripéties juridiques plus tard, le Conseil d’État a donc donné raison aux partisans de l’association en cassant la décision de 1934. “La haute juridiction a considéré que la signature figurant sur la décision ministérielle n’était pas celle de Mustafa Kemal Atatürk”, rapporte le journal Hürriyet. Un artifice juridique qui ne trompe personne.

Pour Erdogan, qui s’est vu dépossédé d’Istanbul par l’opposition du CHP lors des élections municipales de l’année dernière, le dossier de Sainte-Sophie tombe à point pour remobiliser sa base électorale et tenter de faire oublier la crise économique qui sévit en Turquie depuis 2018.

La décision ne manquera pas d’indigner l’opposition kémaliste, ainsi que certains voisins de la Turquie, comme la Grèce ou la Russie, pour qui Sainte-Sophie, inscrite au patrimoine mondial de l’humanité, représente un symbole majeur de l’orthodoxie. L’Unesco a quant à elle appelé Ankara ce vendredi 10 juillet à “entamer un dialogue avant toute prise de décision qui pourrait porter atteinte à la valeur universelle du site”.





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