Cameroun: Frédéric Djeuhon – Un homme aux multiples casquettes, aux ambitions singulières à la commune de Bazou


Sa force morale est indiscutable dans le département du Ndé où il officie comme acteur politique de référence et dans les milieux des affaires à Douala, la capitale économique, où sa posture d’arbitre et d’expert technique impartial fait l’unanimité. D’où son élection comme maire de la commune de Bazou le 25 février dernier.

La dépersonnalisation des antagonismes et confrontations politiques dans le département du Ndé constitue un nouveau front de combat pour Fréderic Djeuhon. Expert technique à la réputation établie dans les milieux des affaires à Douala, l’élite du Ndé pense que l’on peut faire autrement la politique et contribuer au développement de la collectivité et non au partage des prébendes entre différents clans qui s’affrontent pour le contrôle des positions de pouvoir dans le parti ou dans les entités tels les mairies ou au parlement. Ce qui le pousse a confessé : « Je ne suis dans aucun camp ou clan. Je suis juste militant convaincu du Rdpc et je soutiens le Président Biya. »

Une casquette de militant du développement qui séduit dans les milieux des opérateurs économiques. Ce qui fait que ce fils du Ndé, élu maire de la commune de Bazou le 25 février dernier, dirige la toute première chambre d’arbitrage et de médiation près la Chambre de Commerce, d’Industrie, des Mines et de l’Artisanat du Cameroun (Ccima), sans faux pas.

Pour lui, le respect de l’équité et de la justice sociale doivent être les ciments de l’action politique, et surtout de la gouvernance et du développement local. Suivant cette philosophie, Fréderic Djeuhon pense que l’écotourisme et l’intercommunalité au niveau départemental ou régional constituent une voie cardinale à promouvoir pour favoriser l’épanouissement social et économique des populations.

Au plan social, les uns et les autres s’agitent pour exprimer leur fidélité aux différents leaders ou présumés leaders locaux. Ainsi, la soixantaine sonnée, il apparait comme un modèle à suivre pour nombreux jeunes du fait de ses qualités de probité morale et intellectuelle. Expert en Industries Alimentaires & Biochimiques au Cabinet EBONY / Président du Bureau Exécutif de la CPET, il met son imagination fertile et débridée pour la promotion d’une nouvelle manière de voir et d’être dans le Ndé.

Car, comme nous le soulignons déjà, sa combativité contraste fortement avec son sens de la mesure. Dr Ing Diplômé de l’Institut Polytechnique de Lorraine en France, il ne manque point de se démarquer dans l’arène politique du département du Ndé. Et il ne garde pas sa langue dans la poche. Lisez plutôt cet entretien accordé au quotidien Le Messager suite au conseil municipal tenu le 25 juin suite à ses 100 premiers à la tête de la commune de Bazou.

Frédéric Djeuhon « L’écotourisme et l’intercommunalité sont des leviers en matière de développement local »

Monsieur le Maire de la commune de Bazou, vous venez de passer cent jours au plus à la tête de cette municipalité. Quel bilan établissez-vous en quelques lignes ?

Les cent premiers jours passés à la tête de la commune de Bazou ont surtout été consacrés à un audit de la situation de la commune. Cet audit a porté sur les ressources humaines et financières. Il a aussi s’agit d’uneévaluation organisationnelle de la commune de Bazou. La première décision édictée une fois arrivé à la tête de la commune de Bazou était la mise en place de la commission de passation des

marchés. Nous avons insisté sur le respect des mécanismes liés à la transparence dans l’attribution des marchés publics. Nous tenons à une gestion saine et harmonieuse de finances publiques. Tous les projets transférés à la commune de Bazou dans le cadre du budget d’investissement public (Bip) 2020 ont été attribués aux entreprises pour exécution. Nous les exhortons à bien faire leur travail pour le bien de tous.

En matière d’organisation interne, nous avons redessiné l’organigramme de la commune de Bazou. Nous optons pour « l’homme qu’il faut à la place qu’il faut ». Nous sommes engagés à nous arrimer à la nouvelle donne du développement local. Les agents communaux doivent être dévoués, disciplinés et proactifs. La commune de Bazou doit résolument être une entité qui favorise la production des richesses et le développement local. Nous tenons à être, comme le disent les anglo-saxons, « bancable » dans des brefs délais.

Pour ce, le tenons à réduire au maximum son endettement chiffré à environ un milliards de francs Cfa dont de 662millions envers le Fonds d’intervention et d’équipement intercommunal (Feicom). L’une des faiblesses diagnostiquées concerne le parc d’engins roulants. Le niveau de conformité et l’âge des engins trouvés sur place posent problème. Une fois investis de nos responsabilités à la tête de la commune de Bazou, nous avons fait de la lutte contre la pandémie du Covid 19, notre cheval de bataille. Les équipes d’hygiène et d’assainissement de la municipalité ont été remobilisée.

Au niveau de l’exécutif, nous avons pris des dispositions pour le respect optimales des mesures barrières édictées par le gouvernement. Nous avons animé des campagnes de sensibilisation auprès des populations. Également, des actions ont été posées pour le respect des mesures barrières édictées par le gouvernement. Nous n’avons pas baissé des bras.

La communication autour des mesures à prendre pour éviter la propagation du Covid19 se poursuit. Nous venons d’organiser une session de notre conseil municipal pour l’adoption du compte administratif et de gestion de l’exercice écoulé. Nous avons imprimé notre vision, celle du management participatif et du respect du principe de la recevabilité. Un système de circulation des informations des informations du haut vers le bas et de la base au sommet a été mis sur pied.

Des outils de communication interne ont été réactivés. Les conseillers municipaux se retrouvent au sein d’un forum d’échanges des informations. En matière de communication externe, plusieurs leviers ont activés. Les nouvelles technologies de l’information et de la communication sont mises à contribution en vue de permettre la célérité et la fluidité des échanges d’une information entre les organes de gestion de la commune de Bazou et ses populations.

Les lises à jour des informations sur la page Facebook de la commune de Bazou sont régulières. L’interactivité de cette page montre à souhait la vitalité et l’impact positif de notre option de communication. Cette circulation des informations nous permet d’informer les populations sur ce que nous faisons au quotidien et de recevoir leurs avis sur notre façon de travailler. Nous avons institué une palabre communautaire.

Des populations et acteurs du développement ont mis à notre disposition des éléments de monographie sur chaque groupement ou village de notre arrondissement. Ce mécanisme postule au respect du principe de recevabilité formulé par le Fonds des nations unies pour le développement (Pnud) et permet aux populations d’exprimer sur ce qui marche, ce qu’elles attendent de l’exécutif local.

L’incivisme fiscal semble le ventre mou de plusieurs communes de la région de l’Ouest. Comment allez-vous mettre une politique visant à la collecte des taxes et impôts au niveau local ?

Faire revivre la commune de Bazou et la rendre véritablement autonome au plan financier constitue pour nous un axe de travail important. Premièrement, nous initions des démarches pour recenser toutes les niches fiscales ou les activités taxables. Les populations doivent éduquer sur leurs devoirs fiscaux.

Les taxes sur les permis de bâtir font partie des chemins en voie d’exploration. Aussi, nous tenons surtout à l’éradication de la corruption et du favoritisme en matière de fiscalité locale. Les taxes sur l’occupation temporaire de la voie publique(Otvp) doivent être payés à juste titre et au bon droit. Les populations doivent aussi honorés leurs obligations en matière de taxes sur l’impôt libératoire. Nous allons à veiller à ce que tout se passe normalement.

Les résultats de l’audit que nous avons commandé nous permettront de taxer des activités touristiques ou connexes. Mais avant, nous tenons à faire de notre commune une matrice en termes d’activités génératrices de revenus. Nous travaillons sur un projet de construction d’un complexe sportif et culturel. Il est question pour nous d’exploiter les atouts du relief montagneux de la commune de Bazou pour y aménager des sites et des activités touristiques qui correspondent aux normes.

Par exemple, nous pensons déjà à la construction d’un complexe sportif moderne ici à Bazou, question de permettre aux visiteurs, après des randonnées dans les montagnes, de voir comment jouer au tennis ou se livrer à autres activités sportives sur le site. Nous envisageons, sur une période de 5 à 10 ans, dans le cadre de l’intercommunalité, l’aménagement des parcs et des parcours touristiques. Nous projetons l’organisation des randonnées dans nos montagnes.

En concert avec les autorités traditionnelles et dans le cadre de l’intercommunalité, des actions et des ressources humaines et matérielles doivent mobilisées afin que les visites des musées et des sites des chefferies traditionnelles se tiennent de manière professionnelle. Il est important que les communes se mettent au niveau départemental en syndicats pour l’aménagement des routes et autres projets favorables au développement de l’écotourisme.

La disponibilité des guides touristiques formés sera de mise. Vous comprenez bien qu’avec cette panoplie d’activités, un visiteur qui arrive ici pour des funérailles pourraient passer plus d’une demi-journée, comme c’est habituellement le cas, pour séjourner deux à trois jours dans notre commune. Ce n’est qu’à partir de-là que les hôtels et autres activités touristiques pourraient être sollicités. D’où des rentrées financières profitables à tous.

En début de weekend, on observe une grande mobilité des personnes et des biens dans le cadre des funérailles ici à Bazou et dans les localités environnantes. Comment comptez-vous catalysez ce déploiement pour en faire un gisement de recette en faveur de la municipalité placée sous vous depuis le 25 février 2020 ?

L’activité des funérailles est une activité ponctuelle qui se tient généralement sur une demi-journée avec la parade des danses traditionnelles et patrimoniales. Afin qu’elles soient rentables au plan Eco touristique, il faut professionnellement organiser les choses afin que les visiteurs ou les étrangers de passage à Bazou puisse y séjourner sur deux jours ou plus.

C’est à partir de ce moment que les établissements hôteliers et de loisirs pourraient profiter en termes de nuitées. Mais ce n’est pas encore le cas. Pendant les funérailles, les gens se débrouillent pour dormir ou manger. Les choses vont nettement aller quand nous auront nous-même identifier les sites touristiques intéressants et les aménager.

15 délibérations viennent d’être votées par le conseil municipal de la commune de Bazou. En quoi dessinent-elles des perspectives d’un avenir radieux et prometteur après vos 100 premiers à la tête de cette municipalité ?

Au-delà des délibérations imposées par la loi, nous avons planché sur elles qui permettrons de matérialiser notre vision managériale. Par exemple, la question portant sur la collecte des taxes liées aux permis de bâtir a été formulée en délibération. Observez bien, dans cette municipalité 99% des personnes construisent sans permis de bâtir. Nous voulons que les choses s’améliorent pour permettre à la commune de prélever des recettes, conformément à la loi. Notre pari est celui d’un développement local durable, responsable et équitable.



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