Cameroun: « Nous finançons plus et mieux »


Fortunato Ofambo Nchama, président de la Banque de développement des Etats de l’Afrique centrale (BDEAC).

Quel bilan peut-on retenir de l’année 2019 ?

Nous sommes arrivés à la tête de la BDEAC en mars 2017. Pendant la première année, nous avons analysé la situation de la Banque et élaboré le plan d’actions, notamment le Plan Stratégique 2017-2022 et avons lancé le processus de réformes structurelles et organisationnelles. En 2018, il fallait consolider les acquis des premières mesures et intensifier la transformation de la BDEAC. A partir de 2019, on pouvait donc travailler plus aisément sur le plan opérationnel pour affirmer la présence de la Banque dans l’écosystème de financement du développement dans la zone CEMAC. L’année 2019 a donc été très charnière dans la vie de la BDEAC. Sur le plan de la gouvernance, l’Assemblée générale a adopté en 2019 le nouveau corpus de textes encadrant la gestion de la Banque, bouclant ainsi la phase la plus importante des réformes structurelles de la BDEAC.

Parmi les principales évolutions, on peut noter: la séparation des fonctions de président du conseil d’administration et de président de la Banque, ainsi que la modification des conditions de nomination du président et du vice-président, dans le sens d’une concurrence plus ouverte; l’adoption des dispositions particulières relatives aux questions d’éthique et de déontologie applicables au personnel en général et spécifiquement au président et au vice-président. Sur le plan opérationnel, le conseil d’administration a approuvé dix-huit opérations, dont seize sous forme de prêts directs et deux au titre des prises de participations.

C’est donc un montant de 271 milliards de F qui a ainsi été injecté dans l’économie sous régionale, dont près de 260 milliards pour les projets marchands dégageant de bons flux financiers. En 2018, neuf projets avaient été approuvés, pour un montant total de 94 milliards de F. Sur le plan sectoriel, les opérations approuvées se regroupent dans les infrastructures, l’industrie et l’agro-industrie, le développement humain et les services, confirmant ainsi le rôle de la Banque dans la diversification des économies nationales et son soutient déterminant aux investisseurs de la sous-région. C’est la première fois depuis sa création que la Banque atteint ou dépasse un niveau d’engagements de 200 milliards de F au cours d’un même exercice.

La Banque a traversé de profondes zones de turbulences. Peut-on dire que le pire est désormais derrière ?

Aucune institution au monde n’est à 1 ‘abri de turbulences. L’histoire récente nous montre que beaucoup d’Institutions, même parmi les plus prestigieuses peuvent connaitre quelques remous. Dans ce sens, la BDEAC n’est pas exonérée ad vitam de turbulences possibles. Cependant, notre rôle est de faire en sorte que cela soit exceptionnel ou que ces turbulences soient faibles ou très faibles, en intensité et en survenance. Le diagnostic que nous avons posé à notre arrivée a montré que les turbulences régulières auxquelles vous avez fait allusion concernent la gouvernance, la qualité du portefeuille et le déficit de ressources. Pour mettre la BDEAC à l’abri de ces remous, les réformes que nous avons réalisées visent à aligner la Banque aux standards internationaux. Sur le plan opérationnel, nous sommes en train d’augmenter les volumes de financement de la Banque, tout en prenant soin d’assurer une bonne qualité à l’entrée.

C’est à ce titre qu’une nouvelle politique de provisionnement a été mise en place en 2017. C’est également cela qui a conduit à la création du Comité de crédit et à son opérationnalisation dès 2019. Toutes ces mesures nous permettent aujourd’hui de financer plus et mieux. En ce qui concerne les ressources, la création de la Direction de la mobilisation des ressources est une première réponse à cette problématique. Aujourd’hui, nous constatons que le déficit ressources-engagements qui était de 435 milliards de F à notre arrivée, est pratiquement résorbé, ce qui dénote d’une forte activité de mobilisation de ressources financières. L’étape suivante consistera donc à mobiliser mieux, c’est-à-dire drainer dans notre sous-région des ressources financières aux conditions les plus douces possibles. En définitive, on peut aujourd’hui dire que les turbulences sont déjà derrière nous. Cependant, nous devons restés très vigilants en maintenant le cap.

Comment la BDEAC compte-t-elle apporter son appui pour la relance économique de la sous-région ?

Avant de relancer l’activité économique, il faut déjà contenir la crise sanitaire et maintenir l’activité de production. Pour y parvenir, nous avons pris des mesures envers les pays pour gérer les situations d’urgence dans le cadre de la riposte. Nous avons également poursuivi les décaissements en faveur des emprunteurs privés, pour maintenir une certaine cadence dans la mise œuvre des projets. Ces mesures qui permettront d’assurer la riposte sanitaire et sociale, peuvent donc servir de base pour la relance économique. Pour ce qui concerne la BDEAC, la crise économique naissante devrait être une opportunité pour jouer notre rôle auprès des investisseurs. Notre défi sera donc de mobiliser encore plus de ressources pour financer encore plus de projets. Nous devrions donc aller plus loin que les objectifs retenus dans le Plan stratégique 2017-2022. En effet, un objectif annuel de 100 milliards de F d’engagements comme c’est le cas actuellement devient totalement dérisoire si on veut effectivement peser dans la relance économique.

A ce jour, quel a été concrètement l’apport de la BDEAC à la lutte contre le Covid-19 et ses répercussions socioéconomiques en Afrique centrale?

L’apport de la BDEAC a été multiforme et multisectoriel. Il a été multiforme parce qu’il concerne d’une part des interventions directes de la Banque dans le financement des plans nationaux de riposte ou dans l’économie réelle, à travers des investissements structurants. A cet égard, il convient de préciser que le conseil d’administration de la BDEAC vient d’approuver six projets relatifs à ces plans nationaux de riposte, pour un montant total de 90 milliards de F, dont 15 milliards pour chaque pays. Par ailleurs, dès la déclaration de la pandémie par l’OMS, la BDEAC avait dégagé une enveloppe globale de 3 milliards, à raison de 500 millions par pays, aux fins de couvrir les dépenses urgentes, notamment l’acquisition des équipements de protection individuelle et des consommables médicaux.

Il est multiforme d’autre part parce qu’à travers les soutiens aux PME/PMI, la BDEAC contribue au maintien de l’activité économique et à la redistribution des revenus, ce qui permettra de mieux contenir la crise économique post-covid. Depuis l’arrivée de la pandémie dans notre sous-région en mars 2020, la BDEAC a signé quatre accords de prêt pour le financement de l’économie, pour un montant total de 97,5 milliards de F. Alors qu’ailleurs la situation sanitaire et économique a servi de prétexte pour geler la mise en place des financements en faveur des investissements productifs, la BDEAC a choisi une approche totalement inverse en confirmant les engagements pris avant la pandémie, ce qui constitue un message fort en faveur des opérateurs économiques.

Lire aussi : Télécommunications : le Cameroun protège ses données



allafrica

A lire aussi

Laisser un commentaire