Afrique de l’Ouest: Sousse | Les ateliers mécaniques du Sahel – Des solutions pour rétablir la situation


Les Ateliers Mécaniques du Sahel (AMS) sont dans une situation critique. Cette entreprise industrielle est menacée de cessation d’activité. M. Ridha Chiba, conseiller international en exportation et ancien cadre supérieur aux AMS, nous donne plus d’explications à ce sujet et les solutions qui pourraient être envisagées.

Le secteur de l’industrie en Tunisie, qui avait contribué, il y a quelque temps avec plus de 30% du PIB national, connaît actuellement des difficultés énormes. La politique de privatisation qui se base actuellement sur l’Etat stratège ou l’Etat organisateur qui définit les domaines de priorité à développer, organiser des aides adaptées à chaque secteur, facilitateur, arbitre et accompagnateur des entreprises, n’a pas réellement réussi à présent son pari.

En fait, plusieurs entreprises industrielles commencent à disparaître sous le silence absolu des autorités gouvernementales et régionales sans qu’il y ait véritablement des solutions sûres et convaincantes qui vont mettre un terme définitif aux difficultés critiques qui demeurent encore en suspens et dans lesquelles se trouvent plusieurs entreprises industrielles de la région de Sousse. A titre d’exemple, on peut citer la Stip, Tunisie lait, Icar (l’ancienne Stia), Meublatex et les AMS. Afin de nous éclairer davantage sur la situation actuelle des AMS, nous avons contacté M. Ridha Chiba, conseiller international en exportation et ancien cadre supérieur aux AMS. Interview.

Où en est la situation actuelle des AMS ?

A vrai dire, les AMS passent par des moments très critiques. D’après M. Hamza Abderrazak, secrétaire général du syndicat de base des AMS, l’entreprise est fermée et la direction générale pousse les employés à entrer dans un chômage technique, chose que le syndicat refuse catégoriquement.

D’ailleurs, le syndicat a chargé un huissier notaire pour constater sur place la fermeture de l’usine et l’interdiction faite aux employés de reprendre leur travail quotidien. Aussi, le syndicat compte, dans les prochains jours, intenter une action en justice contre la direction de la société en vue de faire revenir les employés au travail et leur permettre de recevoir tous leurs émoluments.

A cet effet, il y a lieu de mentionner que les employés n’ont pas perçu jusqu’à ce jour les salaires des mois de mai et juin, ainsi que les deux primes de rendement de la 4e tranche de l’année 2019 et la première tranche de l’année 2020, la prime d’encouragement de l’année 2019 et la prime de l’Aïd El Fitr.

D’après vous, pourquoi l’entreprise est-elle arrivée à une telle situation critique ?

Evidemment, il y a des facteurs exogènes, entre autres, le commerce parallèle qui entrave l’économie nationale, la dépréciation grave et inattendue du dinar, l’exécution à perte de certains marchés publics, l’augmentation à l’improviste et à plusieurs reprises du taux directeur de la Banque centrale, le refus du soutien financier des banques, l’exigence du respect des engagements de la société envers la Cnss et l’administration fiscale, la difficulté de trouver des compromis pour résoudre les problèmes de paiement avec ces instances à des échéances souples. Egalement, d’autres facteurs endogènes sont à l’origine de cette situation, à savoir l’instabilité des directions générales au sein de cette entreprise, la défaillance de leurs politiques menées tout au long des 12 dernières années caractérisées par l’absence d’une stratégie à long terme, la planification optimale, le contrôle rigoureux, la communication basée sur l’humilité et l’empathie et surtout l’absence de la règle cardinale de gestion qui consiste à savoir exactement où en est l’entreprise à tout moment.

A cela, il faut ajouter les investissements qui ont été assurés à la hâte et l’argent dilapidé dans le bâtiment, le sol, l’achat de plusieurs équipements que les directions générales de cette société auraient pu éviter.

Comment, d’après vous, peut-on éviter la cessation de l’activité aux AMS et apaiser la tension sociale de ses employés ?

L’entreprise, qui a été avant 2008, une entreprise semi-étatique, a été vendue dans le cadre du Carep (Commission d’assainissement et de restructuration des entreprises publiques) à un groupe économique considéré actuellement parmi les 10 premiers groupes économiques en Tunisie avec un chiffre d’affaires qui dépasse les 700 milliards de nos millimes, alors que le chiffre d’affaires des AMS est carrément au-dessous de 5% du chiffre d’affaires du groupe.

A partir de cette vente à un prix dérisoire, l’Etat attendait du groupe le développement de la société, sa mise à niveau, la création de produits nouveaux, l’occupation d’une place de choix sur le marché national et la conquête du marché international. Mais malheureusement, les résultats actuels sont tout à fait à l’antipode de ce qui a été escompté en amont.

De plus, je me demande comment un groupe classé 8e en Tunisie, du point de vue importance économique, se montre incapable de sauver les AMS. C’est absolument inadmissible !

A cet effet, je sollicite les autorités régionales et nationales, principalement le chef du gouvernement, à agir énergiquement avant qu’il ne soit trop tard pour sauver les AMS et prendre les mesures suivantes, à savoir l’intervention auprès de la direction générale de l’entreprise pour faire bénéficier les employés de tous leurs émoluments et leur assurer un retour dans l’immédiat au travail, l’établissement d’un dialogue permanent entre la direction générale et le syndicat, l’intervention auprès de la Douane pour faire sortir les marchandises afin de reprendre la production et la vente des produits et, enfin, l’intervention auprès des banques, du ministère des Finances, du ministère des Affaires sociales, de la Douane et de la Cnss afin de résoudre tous les problèmes de paiement en accordant à l’entreprise des crédits et en proposant des échéances simples de paiement. En outre, il faut revoir tous les marchés, demeurant en suspens et que les AMS ont exécutés à perte, protéger les produits nationaux contre le commerce parallèle, la concurrence déloyale et le dumping, et ce, par le contrôle strict au niveau de tous les aéroports et les ports pour mettre fin au marché informel et aux produits contrefaçonnés tout en exigeant une licence d’importation et l’augmentation des droits et des taxes douanières pour tous les produits étrangers concurrentiels.

Enfin, et en conclusion, les AMS doivent continuer à produire et à vendre à l’échelle nationale et internationale en renforçant continuellement leur image de marque et leur notoriété et en participant à toutes les foires et aux salons de bâtiment pour atteindre les meilleures performances qui auront certainement des répercussions positives sur les plans micro et macroéconomiques.



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