Avec la crise sanitaire, la crise des responsabilités individuelles



L’obligation de porter un masque dans les lieux publics revient en force en Europe pour lutter contre le regain des contaminations. Un symptôme de la faiblesse de nos sociétés libérales, analyse cet éditorialiste autrichien.

Un mois seulement après la “grande réouverture” des frontières avec les pays voisins et le retrait des mesures les plus strictes contre le Covid-19, l’heure est à la désillusion en Autriche. Le pays entre dans sa troisième phase de lutte contre la pandémie.

Après la peur, le soulagement

La première phase – la peur – remonte au printemps, lorsque la pandémie a commencé à déferler sur l’Europe. Le nombre de contaminations a brutalement augmenté, poussant le gouvernement à rigoureusement fermer le pays et son économie pour réduire le nombre de morts à un minimum.

La deuxième phase – le soulagement – a pris le relais à la mi-juin, le pic de l’épidémie semblait être passé. Les pressions économiques firent lever la plupart des mesures de précaution et cette décision fut saluée par la population, malheureusement un peu trop vite, comme on le constate aujourd’hui. Un nouveau foyer de contamination (cluster) apparaît tous les deux jours, le dernier en date ayant été signalé dans un abattoir de Horn [en Basse-Autriche, avec plusieurs dizaines de cas avérés mi-juillet]. Les crèches sont fermées et des quartiers entiers sont mis en quarantaine.

Une minorité d’irresponsables

Le nombre de contaminations n’augmente pas de façon spectaculaire, mais conformément aux prévisions des virologues, qui avaient annoncé l’apparition d’une deuxième vague : lentement mais sûrement. Les signes se voient partout. Dans les supermarchés de quartier, les gens ne portent plus de masque, comme si le coronavirus avait disparu. À Majorque, on a filmé une “corona-party” avec des centaines de participants se comportant comme des fêtards abreuvés d’alcool à la station de ski d’Ischgl [située au Tyrol, haut lieu de contamination pour toute une partie de l’Europe en février dernier].

L’inquiétude et la colère montent. Une minorité d’irresponsables font douter la majorité. La société est plus que jamais divisée sur la question de savoir comment mieux protéger les gens. Certains réclament déjà une hausse des interdictions, l’établissement de directives claires émanant des autorités nationales et régionales, ainsi que des instances [spécifiques], voire la police pour faire appliquer les consignes dans la population et imposer des sanctions en cas d’infraction.

Entre liberté et coercition

Les autres invoquent la liberté, s’opposent à une démarche trop coercitive du gouvernement, appellent chacun à davantage de prudence et de considération pour ne pas mettre les autres en danger. Autrement dit, ils en appellent au sens des responsabilités de tout un chacun.

De toute évidence, prise séparément, aucune de ces deux orientations ne fonctionne – ni l’appel à un mode coercitif plus strict de la part de l’État ni l’approche libérale selon laquelle des individus libres vont nécessairement se comporter de manière convenable et raisonnable. Et cela ne vaut pas que pour l’Autriche, mais pour toute l’Europe. Ce n’est pas un hasard si la Belgique et la France remettent en vigueur le port du masque obligatoire dans les commerces, comme le réclame ici aussi la dirigeante du Parti social-démocrate autrichien, Pamela Rendi-Wagner (SPÖ).

Raviver l’esprit civique

C’est à juste titre que l’Europe est saluée comme le bastion des libertés, de la citoyenneté et des droits fondamentaux. Mais la crise du coronavirus met aussi en lumière un sens déficient de la responsabilité individuelle, quand les gens sont si nombreux à ignorer les comportements les plus élémentaires pour la protection de tous – le respect de la distanciation physique, le port du masque, le lavage des mains. Il faudra donc en passer par de nouveaux interdits et de nouvelles règles, à l’échelle de l’Union européenne. Il serait cependant bien plus important encore d’éclairer de nouveau les esprits. Car nous avons tous fort à faire dans ce domaine, tant le gouvernement que la société civile.

Thomas Mayer

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Journal libéral dans l’esprit du quotidien français Libération, imprimé sur feuilles roses, Der Standard pratique une politique de suppléments vivants et variés.
Depuis son lancement sur Internet, en février 1995, il a

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