Budget de l’UE : la santé, la recherche, la défense et le climat déplumés



Publié le 21 juil. 2020 à 16h21Mis à jour le 21 juil. 2020 à 20h19

On l’aurait presque oublié tant les négociations ont été centrées sur le plan de relance : les 27 devaient aussi s’entendre sur le prochain cadre financier pluriannuel (CFP), le budget communautaire 2021-2027 de l’Union. C’est désormais fait, alors qu’ils avaient buté dessus lors du précédent sommet européen « physique », en février, et déjà en raison de la fermeté des Pays-Bas.

Amadouer les frugaux

Sur le papier, l’essentiel est sauf : la proposition de Charles Michel, le président du Conseil, d’un budget de 1.074 milliards d’euros sur sept ans, a été adoptée. C’est cependant, là aussi en vue d’amadouer les « frugaux » du Nord, moins que les 1.100 milliards proposés en mai par la Commission européenne, et même très loin des 1.300 milliards préconisés par le Parlement européen.

La contribution des Etats demeurera légèrement supérieure à 1 % de PIB, quand beaucoup appelaient à un effort plus marqué pour à la fois compenser le départ du Royaume-Uni, contributeur net, et financer les nouvelles priorités européennes. « Il était impossible de demander aux frugaux de s’endetter pour les autres via le plan de relance et de rallonger aussi le budget », rappelle une source européenne proche des débats.

Bonneteau

Le budget a même été doublement victime de la dureté des discussions sur le plan de relance. Ce dernier était aussi censé venir compléter le budget traditionnel en distribuant des subventions sur des projets européens. Or cette partie de l’enveloppe a fondu tout au long du sommet pour préserver celle réservée aux subventions directes aux Etats, pour leurs plans nationaux.

Dit autrement, les besoins nationaux de liquidités à court terme ont pris le pas sur les investissements collectifs à moyen terme. Au point de ramener à la portion congrue certaines des enveloppes un temps prévues pour des secteurs pourtant présentés comme prioritaires et d’avenir depuis des mois.

Fonds de défense

Le Fonds européen de défense, qui doit permettre de cofinancer par l’UE des projets industriels communs, ne sera par exemple doté que de 7 milliards d’euros, contre 13 milliards d’abord annoncé. L’espace, autre dossier dans les mains à Bruxelles du commissaire français Thierry Breton , bénéficiera en revanche d’un budget de 15,7 milliards. Le sommet a beau s’être tenu sur fond de crise sanitaire, il a ravalé ses ambitions en matière «d’Europe de la santé » puisque le programme « EU4Health » a été tout bonnement supprimé, provoquant la colère de nombreux eurodéputés.

La Pologne se débrouillera avec son charbon

Alors que le « green deal » se veut le nouvel alpha et oméga des politiques communautaires, des dispositifs devant le soutenir ont été fortement revus à la baisse. Le « Fonds pour la transition juste », destiné à aider les pays les plus en retard à sortir du charbon (en particulier la Pologne), a été divisé par trois et ramené à 10 milliards d’euros.

Le coup est aussi dur pour la recherche : le programme « HorizonEU » est doté de 81 milliards d’euros, et non des 100 milliards d’abord escomptés. Le signal ne colle pas avec les ambitions affichées par l’Europe dans la course à la 5G et à l’intelligence artificielle.

Le programme Erasmus +, le plus populaire et le plus connu d’Europe, sera, lui, moins renforcé que prévu. Paris ne cache pas ses regrets face à ces coupes mais préfère se féliciter d’avoir conservé des enveloppes conséquentes pour la Politique agricole commune et les politiques de cohésion.

« Les « euphoriques » du jour se feront à coup sûr bien plus discrets lorsqu’il faudra expliquer toutes ces coupes substantielles », a cinglé l’eurodéputé français Arnaud Danjean (PPE, droite), témoin des frustrations qui gagnent le Parlement européen. Ce dernier se réunira en plénière ce jeudi pour adopter une résolution, non contraignante, sur le plan de relance, avant de se prononcer en décembre sur le cadre financier pluriannuel.



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