Cameroun: « C’est un moyen de participation politique alternative »


Pr. Manassé Aboya Endong, Politologue et Directeur exécutif du Groupe de recherches sur le parlementarisme et la démocratie en Afrique.

Qu’est ce qui justifie le boom des réseaux parlementaires observé au sein des deux chambres du Parlement ?

La création des réseaux parlementaires est un moyen de participation politique alternative permettant, entre autres, aux députés et/ou aux sénateurs, de s’impliquer dans l’inscription sur agenda, l’implémentation ou l’évaluation d’un certain nombre de politiques publiques pour lesquelles ils s’intéressent particulièrement. Un réseau parlementaire peut ainsi être soit à caractère national, soit à caractère international. S’agissant de la première catégorie, on a l’exemple du réseau parlementaire « Espérance et Jeunesse » qui accompagne les jeunes dans la création des chaînes de production et de l’insertion sociale. Pour la seconde catégorie, on a l’exemple du réseau parlementaire sur la Banque mondiale et le Fonds Monétaire International (F.M.I.). Ce réseau est spécifiquement constitué de parlementaires appartenant à des formations politiques différentes, voire des nationalités différentes, et qui ont en commun un intérêt soutenu pour les grands enjeux politiques, économiques, sociaux ou culturels contemporains. En résumé, les réseaux parlementaires ont pour principale mission d’accompagner le gouvernement dans la mise en œuvre des politiques publiques qui sont nécessaires à l’épanouissement des populations. Par conséquent, ils sont des espaces d’échanges, de débat et de partage autour des grandes questions qui impactent la vie des populations. D’où leur foisonnement au sein des deux chambres, si tant est qu’ils se positionnent comme des forces de proposition et d’action.

Quelles sont les missions dévolues à un réseau parlementaire ? Contribue-t-il véritablement à la dynamisation du travail parlementaire ?

Les réseaux parlementaires jouent un rôle essentiel dans l’animation de la vie politique nationale et internationale en fonction de leur centre d’intérêt et de leur domaine d’intervention. Ils n’ont pas de missions définies ne varietur. Mais de manière générale, il s’agit pour ceux-ci de participer à l’élaboration des politiques publiques qui impactent directement ou indirectement la vie des citoyens et des collectivités territoriales décentralisées qu’ils représentent. Aussi sont-ils des instances de relai des doléances des populations et de défenses de leur(s) intérêt(s) dans les secteurs d’activités où ils s’investissent. Les réseaux parlementaires sont ainsi une continuation de la fonction de représentation politique par d’autres moyens. Par conséquent, ils peuvent proposer des lois pour renforcer leur investissement dans les pans de la vie politique pour lesquels ils s’intéressent. Ils veillent donc sur les intérêts des représentés et contribuent à évaluer les programmes politiques, culturels, économiques et sociaux quant à leur cohérence et leur compatibilité avec l’intérêt général. Ils ont donc une mission d’appui des pouvoirs publics et fonctionnent comme des instances de réflexion, de concertation, des forces de proposition et d’action qui coproduisent la décision politique.

A priori, ces réseaux interviennent dans divers pans de la vie sociale. Jusqu’où impactent-ils réellement le quotidien des Camerounais ?

La multiplication des réseaux parlementaires dans les deux chambres du parlement camerounais témoigne de l’intérêt des parlementaires pour cet instrument du travail parlementaire. L’impact social des réseaux parlementaires est décisif là où cet instrument d’exercice alternatif du travail parlementaire est mis à contribution pour optimaliser l’action parlementaire. Le réseau de parlementaires d’Economie Sociale et Solidaire (the KEY) est un cas d’école par exemple. Il a contribué à capaciter les populations et les élus locaux en matière d’économie sociale, les socialisant à l’économie informelle comme levier de développement. Dans le même ordre d’idées, le réseau parlementaire Espérance et Jeunesse est réputée pour sa capacité à outiller les « cadets sociaux » dans le domaine de l’insertion sociale à travers l’accompagnement technique, dans la perspective de la création de chaine de production. D’autres réseaux de parlementaires influencent la vie politique aux niveaux local, national et international. Leur impact n’en est pas moins décisif dans leurs domaines respectifs d’intervention.



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