Cameroun: Crise dans le Nord-Ouest et le Sud-Ouest – Hommage sur les planches


Honorer la mémoire des victimes, c’est l’objectif de la pièce « Avant l’oubli », jouée le 12 juillet dernier à Yaoundé.

Le cri d’un orphelin perce la nuit, et va crescendo jusqu’au lever du jour. Ses pleurs déchirent les cœurs de ceux qui lui prêtent l’oreille. Il se lamente sur sa mère disparue. Sa douce présence a franchi l’autre bord, et se transforme au fil des heures en une absence amère. La détresse de ce petit et de centaine d’autres comme lui est transcrite dans la pièce « Avant l’oubli », de Landry Nguetsa, jouée le 12 juillet dernier au Laboratoire de Théâtre-Othni à Yaoundé. Le spectacle est un hommage vibrant aux victimes de la crise anglophone, avec un clin d’œil particulier à celles qui donnent la vie et qui souffrent de la voir s’éteindre dans les yeux de leurs enfants. Afin de répondre à cette idéologie, le metteur en scène a choisi un casting essentiellement féminin.

Les cinq comédiennes (Sandra Heunga, Mahoussi Kotche, Vanina Njouekou, Gladys Tchuimo, Audrey Dominique Ongono) ont rempli la difficile mission consistant à porter le deuil d’une nation. Elles ont occupé l’espace avec énergie, empruntant des pas à la danse ici, soufflant des notes aux chants traditionnels là-bas. Sur la scène, quatre d’entre elles s’exécutent en noir. Cette couleur ambiante de la tristesse, des funérailles, de la fin offre à la comédienne en rouge, le prestige de se démarquer. Elle sillonne entre les personnages, s’isole et parfois s’associe aux mouvements, comme pour en rajouter à toute cette atrocité. Car pour l’auteur de la pièce, le sang n’a que trop coulé. Au-delà du recueillement, la pièce révèle un penchant politique et démontre clairement son parti pris, car elle revient sur les notions de démocratie, de colonisation, de dialogue, de privation de liberté ; peu engagées pour certaines, et trop engagées pour d’autres.

La mise en scène s’en tire avec les honneurs, quand on considère le peu de temps réservé pour ressortir l’âme de la pièce (30 minutes) et la difficulté de l’exercice consistant à donner une portée dramaturgique à ce spectacle inspiré d’un recueil de poésie (« Cendres et Mémoires/Ashes and Memories » rédigé sous la plume d’un collectif d’écrivains). « Mon cri d’alarme n’est pas celui du poète, mais celui qui porte plus haut la voix du poète », se défend Landry Mbassi dans sa note d’intention du spectacle. Cette première représentation qui s’est déroulée à Othni dans le strict respect des mesures barrières, en appelle d’autres. Le travail de sensibilisation se poursuit.



allafrica

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