Au Tatarstan, la polygamie n’est plus une curiosité



Chez les musulmans de la Volga, le mariage est une institution en mutation. Encore embryonnaire, le regain de la pratique de la polygamie alimente les débats à Kazan, la capitale de cette république musulmane traditionnellement monogame

Traditionnellement, la polygamie est peu répandue parmi les Tatars et les Bachkirs. Les descriptions des relations conjugales chez les Tatars laissées par les ethnographes d’avant la révolution évoquent en effet des cas de polygamie parmi les musulmans implantés sur les rives de la Volga, mais le phénomène n’était pas répandu dans la population. Durant la période soviétique, cette pratique déjà marginale parmi les Tatars n’a donné lieu à aucun cas connu. Non tant parce que cela était interdit par l’État mais plutôt parce que la polygamie en elle-même était perçue comme une pratique contre-nature, les valeurs éthiques des Tatars s’articulant autour de la monogamie.

La renaissance de l’Islam chez les Tatars dans la période postsoviétique a progressivement changé la perception du mariage des hommes avec deux femmes et plus. D’autant qu’en Islam il est autorisé d’avoir jusqu’à quatre épouses, à condition que l’époux leur assure le même niveau de confort matériel.

Malgré la tolérance de l’Islam pour la polygamie, cette forme de relations conjugales et familiales ne s’est pas développée massivement parmi les Tatars, même croyants, durant les deux premières décennies postsoviétiques. “Ce n’est pas très répandu chez nous. Pourquoi ? Parce que nous avons des conditions de vie compliquées. En Arabie Saoudite, si tu prends deux épouses, tu leur installes deux tentes, leur offres une robe à chacune, de quoi manger, et le tour est joué. Tandis qu’ici, il faut construire une maison chauffée pour chacune et leur acheter un manteau de fourrure”, avance le grand cadi (juge spirituel) du Tatarstan Djalil Fazlyev pour expliquer l’impopularité de la polygamie.

La présidente de l’Union des femmes musulmanes en colère

Dans l’esprit des femmes tatares, le mariage idéal doit être monogame, tandis que l’apparition d’une seconde épouse est interprétée comme la légitimation religieuse d’un adultère. Tout comme les femmes tatares et bachkires laïques, les musulmanes pratiquantes ne veulent pas être première, seconde ou énième épouse, elles désirent être l’unique. Pour preuve, une affaire retentissante survenue en 2009 à Kazan : le site de rencontres islamique nikahrt.ru, censé faciliter l’éclosion

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Raïs Souleïmanov

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Le bien nommé “Journal indépendant” a vu le jour en décembre 1990, un an avant la chute de l’URSS. Il fut donc l’un des tout premiers titres (avec Kommersant) à paraître dans la foulée de la Loi sur la presse soviétique qui

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