Burkina-Faso : Sidiki Zerbo s’interroge sur la place de la chefferie traditionnelle dans la création de notre pays


Ceci est une réflexion de Sidiki Zerbo, spécialiste en Management de l’Achat International et en Ingénierie logistique. Selon l’auteur, trois raisons ont motivé le présent écrit. Premièrement, c’est la polémique suscitée par la vidéo de Abdoul-Karim Baghian dit  » Lota « , où sa Majesté le Larlé Naba était évoqué en des termes peu polis. Ensuite, les écrits des Éminences le Ouidi Naba et du Goungha Naba qui ont fuité sur la place publique. Et enfin, les rumeurs selon lesquelles la politique serait le socle du désordre de succession à Fada N’Gourma.

Comme une avalanche, la plupart des grands empires et royaumes Ouest-africains que nous ressassaient nos instituteurs de l’école primaire connurent leur délitement pour les uns et leur déliquescence pour les autres au cours de l’histoire. Ces vastes empires précoloniaux avaient chacun une organisation politico-militaire, un appareil judiciaire, un système législatif et une configuration sociale n’ayant absolument rien à envier à ceux des Etats modernes d’aujourd’hui.

Ainsi, l’empire du Ghana, l’empire du Mali, l’empire Bambara de Ségou et l’empire Sonrhaï de Gao, entre autres, connurent leur heure de gloire et leur temps de décadence. De prime abord, la révolte de ses vassaux et les assauts des almoravides précipitèrent la décrépitude de l’empire du Ghana vers le XIIIème siècle. Ensuite, les querelles de successions et les guerres intestines d’une part, les sempiternelles attaques des intrépides cavaliers Mossis du Yatenga et celles des téméraires guerriers Touaregs, finirent par sonner le glas de l’empire du Mali.

Aussi, la décadence de l’Empire Sonrhaï de Gao, l’un des plus vastes Etats de l’histoire africaine, survint suite à une expédition militaire ordonnée par le Sultan du Maroc Ahmed El Mansour, et commandée par le célèbre mercenaire le Pacha Djouder, qui mit en déroute les fantassins et cavaliers Sonrhaï lors de la fameuse bataille de Tondibi.

Pourtant, les Royaumes de Tenkodogo, Fada N’Gourma, Ouagadougou, Ouahigouya, Boussouma et leurs vassaux respectifs d’une part ; le Gwuiriko des Ouattara et les tribus acéphales d’autre part, dont l’ensemble forme le territoire de l’actuel Burkina Faso, résistèrent vaillamment et de façon héroïque aux assauts répétés et aux ambitions hégémoniques de leurs puissants voisins.

Ainsi, au Nord, les Naba du Yatenga bloquèrent les campagnes conquérantes des Empereurs du Mali, de Gao et de Ségou. A l’Est, les rois de Fada N’Gourma repoussèrent les solides guerriers Haoussa du Niger. A l’Ouest, Tiefo Amoro dérouta la horde de l’un des plus grands conquérants du continent noir, l’Almamy Samory Touré, lors de la bataille de Noumoudara.

Ainsi, pendant neuf siècles, les royaumes de la Volta restèrent insoumis, imprenables et invincibles. Ce n’est qu’au crépuscule du premier millénaire après Jésus Christ, que seul l’Homme blanc, avec sa puissance de feu, matérialisée par ses fusils, ses chars et ses canons réussit à assujettir les royaumes qui émaillent l’actuel Burkina-Faso. Et ce, non sans une forte opposition et une farouche résistance, puisque les historiens spécialistes de la colonisation mentionnent la « guerre du Bani Volta ou Bona Kèlè » comme la plus grande guerre anticoloniale de toute l’Afrique noire.

Cette belle performance guerrière quasi millénaire, qui mit le territoire de l’actuel Burkina Faso à l’abri d’une quelconque domination ou décadence, nous le devons premièrement à la bravoure léonine et à la détermination inébranlable de nos aïeux. Ensuite, à la cohésion et à l’excellence organisationnelle de nos royaumes d’autrefois. Enfin et surtout, au leadership et au charisme des Naba, Emirs, Fama et Massa.

Une fois les conquêtes coloniales achevées, et l’hégémonie hexagonale confirmée sur la fière Volta de nos aïeux, le leadership, la ténacité et l’héroïsme de nos Naba, Emirs, Fama et Massa déchus ne s’estompèrent point, même au temps fort de la domination et l’humiliation coloniales. Ainsi, lors de la balkanisation de la Haute-Volta en 1932, les Naba furent en première ligne de front pour sa réhabilitation.

En effet, pour réclamer la reconstitution de la Haute-Volta, le Naba de Tenkodogo, le Mogho Naba de Ouagadougou et le Naba du Yatenga, qui normalement dans la coutume moaga ne doivent jamais se rencontrer, décidèrent de braver l’interdit ancestral, se retrouvèrent et discutèrent des voies et moyens à mettre en œuvrent pour le rétablissement de la fière Volta de nos aïeux. Et pour donner plus de poids à leur noble requête, le Mogho Naga Kom II en personne se rendra à Abidjan en 1938 pour revendiquer la reconstitution de la Haute-Volta dans ses frontières originelles.

Malheureusement, Naba Kom II mourut en 1942, et son fils, Naba Saagha II reprit le flambeau, et avec le concours d’hommes politiques et de circonstances favorables, la France reconstitua la Haute-Volta en 1947. Ces faits doivent rappeler, surtout à nous les jeunes burkinabè, le rôle stratégique et capital joué par la chefferie traditionnelle dans la création de notre pays et dans la formation de notre identité burkinabè.

Si aujourd’hui le Burkina-Faso existe, c’est en grande partie due à la volonté et surtout à la témérité de ses Rois. Nous avons donc le devoir de nous en souvenir, et d’honorer ces monarques dans nos mémoires et conscience collective. Aujourd’hui, le temps de gloire des Empereurs est révolu, les conquêtes sont surannées, le Burkina-Faso aspire être une grande démocratie, et non une monarchie constitutionnelle. Les Naba, Emirs, Fama et Massas n’y ont aucun statut ni pouvoir officiel. Certains se font discrets, gardent intactes leur honorabilité et leur dignité, tandis que d’autres sont militants chevronnés dans des partis politiques, participent aux échéances électorales et siègent à l’Assemblée Nationale.

Cela est indécent et impertinent, car un Roi ne doit pas être soumis à des élections ni à des équations politiques. La nature même du monarque est de faire le consensus et l’unanimité autour de sa personne, son pouvoir n’est pas négocié ni négociable, et son règne n’est jamais mis entre parenthèse. Nos Naba, Emirs, Fama et Massa devraient éviter de s’immiscer dans la politique politicienne, car choisir un parti politique au détriment d’un autre, c’est faire un choix et opérer une préférence entre ses sujets, et être ainsi un vecteur de division au sein de son propre peuple.

Aussi, le monde politique étant un univers où tous les coups sont permis, où la perversion, l’injure, le dénigrement, la manipulation et le mensonge font partis des règles du jeu, nos Naba, Emirs, Fama et Massa doivent fuir ce milieu, car, la personne du Roi est sacrée, elle ne doit être en aucun cas bafouée ni vouée aux gémonies.

Nous nous permettons en toute humilité, de faire les propositions suivantes : Premièrement, nos monarques doivent user de leur influence et de leur aura auprès de leurs sujets respectifs pour favoriser la culture de la paix, la cohésion sociale et l’intégration des ethnies ; sensibiliser à l’abandon de l’incivisme ; anticiper et faire entrave aux recrutements de jeunes burkinabè par les groupes terroristes ; encourager la préservation de l’environnement, la lutte contre le braconnage, et promouvoir l’écologie ; concourir au développement de la médecine traditionnelle ; encourager l’éducation des filles et l’égalité des sexes ; lutter contre l’excision et le mariage forcé ; et épauler l’Etat dans la réalisation de ses plans de développement, et le cadrer sévèrement dans ses éventuelles dérives et abus, ses manquements et promesses électorales non tenues. Ensuite, pour une application efficace des propositions ci-dessous, l’Etat doit accorder impérativement un statut officiel au Naba, Emirs, Fama et Massa, pour un Burkina meilleur, fort, intégré et réconcilié avec lui-même.

Vive la mémoire de nos Empereurs et Rois d’antan.

Vive nos Naba, Emirs, Fama et Massa d’aujourd’hui.

QUE DIEU BENISSE notre Burkina Faso.

Sidiki Aboubacar Wendin ZERBO

Spécialiste en Management de l’Achat International et en

Ingénierie Logistique.

Doctorant (PHD) en Management

wendin.aboubacar.zerbo@gmail.com





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