Afrique de l’Ouest: Voir ou revoir – « Frontières » d’Apolline Traoré


Sorti en 2018, « Frontières » est un long métrage qui conte le périple de quatre femmes commerçantes du Sénégal au Nigéria. Un récit tragi-comique sur l’entrave à la libre circulation des biens et des personnes entre les pays d’Afrique, précisément au sein de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’ouest (CEDEAO).

La difficile circulation des biens et personnes au sein des régions africaines, telle est la réalité portée à l’écran par la réalisatrice Burkinabé Apolline Traoré. Les premières images de « Frontières » se donnent à comprendre comme la recherche d’un nouvel air et la quête de nouveaux horizons mais elles s’étendent bien au-delà de cette perception.

Une Sénégalaise, chargée par son association de faire du commerce, entreprend de se rendre en autobus à Lagos, au Nigéria. Dans un car sur le trajet Bamako, Cotonou via Ouagadougou, elle fait la connaissance de trois autres femmes d’origines ivoirienne, burkinabé et nigériane se rendant également à Lagos : Adjara, Emma et Sali. Censé être un voyage simple, celui-ci va s’avérer rempli de péripéties. Franchir les frontières relèverait dorénavant pour elles d’un parcours du combattant. Servi par des actrices talentueuses, ce road movie embarque le téléspectateur pour un voyage au cœur des réalités du continent.

Sur le chemin, les quatre femmes subissent des pannes de voitures, affrontent des coupeurs de routes et sont témoins de vols entre passagers. Mais leur pire cauchemar reste la traversée des frontières où elles sont exposées à la corruption, aux violences et au trafic de tous genres. Pour s’en sortir, elles sont obligées de se serrer les coudes et de faire preuve de solidarité féminine.

Dans un mélange harmonieux et divergent, Apolline Traoré nous présente plusieurs visages réunis de l’Afrique ainsi que la diversité des cultures. « Frontières », nous permet également de se rendre compte que ces retrouvailles ne sont pas accidentelles, mais plutôt régulières dans la vie de tous les jours.

Quoique le film échappe à un scénario programmatique toujours appréhendé dans les fictions, il n’évite pas néanmoins une certaine répétitivité dans les scènes au fil des frontières franchies. A cet effet, on découvre les motivations des personnages qu’en fin de film par le biais d’un récit en voix-off. Un choix respectable mais mitigé auprès de la critique.

Notons que le film avait reçu deux distinctions lors de la 25e édition du Fespaco : le prix spécial CEDEAO de l’intégration pour le meilleur film ouest-africain et le prix spécial Félix Houphouët Boigny.

Née en 1976 à Ouagadougou, Apolline Traoré a fait ses études à Emerson College de Boston, aux États-Unis, avant de se lancer dans le cinéma au début des années 2000. De retour au Burkina Faso en 2005, elle collabore avec Idrissa Ouédraogo, un grand nom du cinéma burkinabé décédé il y a deux ans. En 2008, elle réalise la série télévisée Le testament. Les longs métrages qui l’ont fait connaître à l’international sont notamment « Moi Zaphira » et Frontières, sortis respectivement en 2013 et 2018.



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