« Les restrictions imposées au tourisme espagnol sont disproportionnées »



La France appelle à éviter de se rendre en Catalogne, d’autres pays recommandent de ne pas aller en Espagne, et le Royaume-Uni a rétabli 14 jours de quarantaine pour ceux qui en reviennent. Ces réserves sont-elles justifiées ?

Elles nous paraissent disproportionnées car les principales destinations touristiques espagnoles sont très épargnées par les contagions, aux Baléares, aux Canaries, en Andalousie ou sur la côte valencienne notamment. Elles sont même moins affectées que certains des pays qui appellent à ne pas passer de vacances en Espagne. Ici on teste beaucoup, pour identifier, isoler et bloquer la chaîne des contagions. La majorité des cas détectés sont asymptomatiques et il n’y a pas de tensions dans le système hospitalier.

Mais la tendance est à la remontée de la pandémie en Espagne…

Le virus est là et, à court terme, il faudra vivre avec. C’est une réalité dans toute l’Europe en ce moment. Il y a des rebonds de contagions, c’est indéniable, et notre rôle comme professionnels du tourisme est de contribuer à réduire le risque. Il ne doit pas y avoir de dilemme entre la santé et les vacances, mais des prises de décisions responsables. Ce que je vois est que nos entreprises ont fait des efforts énormes pour adapter les établissements et la manière d’agir du personnel, avec des protocoles sanitaires pour garantir des lieux et des comportements sûrs tout au long de la chaîne de valeur.

Certains hôteliers de la côte accusent les pays voisins d’avoir une attitude protectionniste et de déconseiller l’Espagne pour favoriser leurs tourismes domestiques…

Je ne sais pas. La méfiance engendre la méfiance. Si on appartient tous au club de l’Union européenne, on devrait être capable de prendre des décisions coordonnées. Il est difficile de penser que le virus obéisse à des frontières administratives et on devrait aller vers plus de collaboration et d’échanges d’informations entre les Etats. Nous, entreprises, nous pouvons travailler à réduire le risque, mais les gouvernements doivent aussi gérer l’incertitude et créer un cadre clair, pour qu’un hôtelier ou un restaurateur puisse décider d’ouvrir ou pas, et qu’un client puisse réserver ses vacances sans la mauvaise surprise d’une quarantaine.

Quelle sécurité peut-on offrir quand les contagions ne cessent de grimper ?

Notre rôle est de mettre en place les meilleurs paramètres de sécurité. L’important est la sécurité du vacancier et notre réputation, comme destination touristique fiable, est en jeu. Ici, la population est plus responsable que dans beaucoup d’autres pays, en ce qui concerne le port du masque notamment. Nous avons travaillé en amont pour adapter les lieux, garantir des pratiques et des gestes sûrs dans les restaurants, les hôtels, les gîtes ruraux, les cafétérias ou chez les loueurs de voitures, partout… Il est possible de continuer à faire du tourisme en temps de virus, mais en adaptant nos gestes et nos habitudes.

Les pays voisins encourageant leurs populations à passer l’été dans leurs pays. C’est moins le cas en Espagne ?

Ici aussi nous avons lancé des campagnes pour encourager le tourisme national évidemment. Mais l’Espagne est une grande destination internationale, avec 83,7 millions de visiteurs l’an dernier. Le secteur génère 12,3 % du PIB du pays et à peu près la moitié de cette richesse est apportée par les touristes étrangers habituellement. Alors se voir brusquement privé des vacanciers internationaux, du fait de la fermeture des frontières ou des recommandations d’autres Etats, déstabilise fortement le secteur. Le tourisme espagnol peut aider à compenser en partie. Mais la saison est difficile.

Les épidémiologistes alertent sur le fait qu’une bonne part des nouvelles contagions sont liées aux discothèques et bars de nuit. Les régions ont tardé à fermer, y a-t-il eu pression du secteur ?

Le secteur de la nuit a travaillé très en amont pour adapter les locaux et les règles de comportements pour maintenir les distances. Il s’est ensuite adapté, sur les questions d’horaires et d’affluence, selon les normes imposées par les régions.

Mais on a vu des images de bars de nuit bondées…

Il est possible de profiter d’une soirée sans conduite à risque, en appliquant des mesures efficaces et raisonnables, pas forcément aller vers l’interdiction. Les établissements sont ouverts mais avec des protocoles stricts de distance. Le touriste doit être conscient des limitations et à lui de voir, ensuite, s’il veut y aller ou pas.

La crise sera l’occasion de chercher un modèle de tourisme différent, moins massifié et avec plus de valeur ajoutée que le « sol y playa » ?

L’Espagne est perçue comme l’une des destinations les plus compétitives du monde, grâce à la qualité de ses infrastructures, une offre culturelle, gastronomique, sportive et de loisirs nature très variée. On peut aller à la plage ou ne pas y poser le pied des vacances. Cette crise sera-t-elle l’occasion de faire évoluer encore le modèle touristique ? Oui sûrement, mais le débat n’est pas nouveau. Nous travaillons à développer un tourisme de meilleure qualité, qui apporte plus de richesse au pays. Il y a longtemps que nous ne sommes plus seulement destination de sol y playa.

Qu’attendez-vous de la saison ?

Les touristes de juillet s’en vont, on ne sait pas qui viendra en août, qui va annuler ou pas. Nous attendons le tourisme espagnol qui est aussi important pour nous. Nous sommes dans une situation de volatilité et d’incertitude et nous sommes démunis. La seule chose que nous pouvons faire est minimiser le risque et nous y travaillons tous les jours.



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