Cameroun: « Le coût d’un tel engagement est élevé pour de nombreux partis »


Dr Aboubakar Sidi Njutapwoui, socio-politiste.

Les inscriptions sur les listes électorales piétinent, avec une absence quasi-totale des partis politiques sur le terrain. Quel regard?

La plupart des formations politiques se contentent malheureusement d’actions symboliques à la veille des élections. Or, la perspective d’une meilleure participation électorale des citoyens exige un travail permanent de mobilisation des citoyens. Ce qui pourrait induire une véritable relation de proximité et de confiance avec l’électorat potentiel. Il est évident que le coût d’un tel engagement permanent est élevé pour de nombreuses formations politiques car la campagne d’inscription électorale exige des moyens financiers et énormes pour aller toucher les électeurs partout où ils se trouvent sur l’ensemble du territoire national et même dans la diaspora.

Un autre paramètre tient au fait que les partis politiques sont souvent épuisés financièrement au sortir des élections. Bien plus, il faut être en mesure de formuler un discours politique cohérent et convainquant pour mobiliser les citoyens à aller s’inscrire sur les listes électorales. Il faut ajouter à cela de nombreux obstacles politiques qui découragent les potentiels électeurs. Mais, les formations politiques doivent être en mesure de trouver la bonne stratégie pour susciter l’inscription sur les listes électorales.

Quelles peuvent être les stratégies à adopter par les leaders dans ce contexte marqué notamment par le coronavirus ?

Le contexte de coronavirus est l’occasion pour les leaders des partis politiques de démontrer leur capacité à se mobiliser pour la sécurité (sanitaire) des citoyens. C’est une opportunité de montrer aux populations qu’on est à la hauteur des défis actuels. Aussi, avec ses exigences de distanciation physique, il permet aux leaders des partis politiques de saisir définitivement l’opportunité de communication qu’offrent les médias et réseaux sociaux. Si on observe une tentative de (ré)appropriation politique de ces outils à des fins de communication politique, ils sont encore malheureusement encore trop peu ou mal exploités. Si on observe tout de même une mobilisation de certains leaders, la plupart restent malheureusement très peu active ou quasiment silencieuse.

Les élections régionales annoncées peuvent-elles déclencher une redynamisation au sein de ces formations politiques ?

Il est difficile de prédire une éventuelle redynamisation (ou non) au sein des formations politiques à l’occasion des élections régionales annoncées. Néanmoins, l’on peut tenter une réponse en prenant en compte le comportement des formations politiques observé lors des élections locales et de la nature (indirecte) desdites élections. D’abord, les différents partis politiques ne s’engageront pas aux régionales avec les mêmes chances de succès compte tenu du mode de ces élections et du poids politique de chacun. Les conseillers régionaux étant élus, entre autres, par les conseillers municipaux, le parti au pouvoir est a priori favori dans les dix régions du pays.

En plus, compte tenu des enjeux de pouvoir dans le cadre actuel d’une décentralisation approfondie, les élections régionales annoncées pourraient être marquées par des formes d’arrangement réalisées par les hiérarchies des formations politiques. Du coup, la sélection et l’investiture des candidats au niveau régional résultera de plusieurs variables politico-électoralistes qui vont certainement susciter de nombreux clivages identitaires et des frustrations personnelles. Aussi, la politisation des référents identitaires observée ces derniers temps dans le discours politique n’est pas de nature à encourager une participation électorale dégagée de toute influence communautaire. Toutes ces remarques ne sont pas de nature à envisager les élections régionales annoncées comme une occasion de déclencher une redynamisation au sein des formations politiques.



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