LA COHESION SOCIALE : Bali Niébié déplore déplore le manque d’union dans le village de POUNI NORD (PROVINCE DU SANGUIE)


Enseignant à la retraite, Bali Nébié à travers cette réflexion déplore le manque de cohésion sociale qui prévaut dans le village de Pouni, le chef-lieu d’un département de la province du Sanguié. Pour lui, le manque d’union dans le village ne permet pas le vivre ensemble de la population.

Je suis originaire de Pouni, le chef-lieu d’un département de la province du Sanguié. J’aime beaucoup mon village. J’y suis né, et j’y ai grandi. Depuis quelques années, des pratiques contraires à nos traditions sont en vigueur dans notre village. Elles constituent un obstacle majeur au développement de notre département. On dit que le linge sale se lave en famille. Mais si on constate qu’en dépit des efforts fournis il n’y a aucune amélioration, ou pis, que le linge s’encrasse davantage, il devient impérieux de rechercher d’autres moyens ailleurs pour venir à bout de la crasse.

Dans la tradition nouna, un individu acquiert un fétiche soit pour satisfaire ses ambitions personnelles, soit pour protéger sa famille. Il arrive qu’un notable, très généreux et soucieux du bien-être de toute la communauté, s’engage à acquérir un fétiche pour protéger tout le village. Le fétiche appartient alors à la communauté entière.

C’est le cas de notre village par rapport l’acquisition d’un fétiche appelé Koalè. L’acquisition d’un fétiche est toujours exigeante parce que la personne détentrice du précieux sésame vend ses secrets c’est-à-dire, les principes qui déterminent la puissance de son fétiche. Le prix à payer sera donc fonction du niveau d’initiation que souhaite atteindre le postulant. Si ce dernier veut juste le fétiche pour protéger sa famille il sera initié au secret correspondant.

Par contre, s’il désire protéger sa famille et devenir à son tour vendeur, le niveau d’initiation est alors plus élevé. Dans tous les cas, une fois le marché conclu, le détenteur du fétiche a l’obligation de communiquer à l’acquéreur toutes les « recettes » correspondantes à son choix, nécessaires au bon fonctionnement du fétiche. L’acheteur devient alors autonome. Aucune personne sensée ne peut acquérir un fétiche pour détruire sa famille ou son village. Aucune personne sensée ne peut acquérir un fétiche pour rendre sa communauté esclave d’une autre. Pourtant, c’est ce drame que vit notre village depuis quelques années.

Il y a environ un siècle, les autorités de notre village ont acquis auprès des autorités coutumières de Kassou un fétiche appelé Koalè pour protéger notre communauté. A cet effet, Pouni a été parrainé par un autre village appelé Sily dans la province de la Sissili. Par la suite, le parrain, de façon ingénieuse, transforma son filleul en village vassal. Pouni fut mis alors en coupe réglée par Sily : de façon périodique, les dignitaires du Koalè de Sily envoient de fortes délégations pour séjourner à Pouni afin de « renforcer » la puissance du fétiche de leur filleul.

Ces délégations se conduisaient alors comme si elles étaient en territoire conquis. Jusqu’en 2000, à l’occasion des visites de ces « bienfaiteurs », les autorités coutumières de Pouni exigeaient des salariés originaires dudit village, des contributions financières pour soi-disant bénéficier des faveurs du fétiche. Mais en réalité, c’était pour satisfaire les lubies de la horde des envahisseurs. Cette escroquerie prit fin suite aux protestations de certains contribuables. Pendant leur séjour, ces prédateurs en prenaient à leur aise avec les populations et dictaient leur loi.

La dernière expédition sur Pouni organisée par les rapaces de Sily, date du samedi 18 juillet 2020. Une bande d’escrocs de la pire espèce s’abattit sur notre village comme des fourmis magnans à la recherche de nourriture pendant une période de soudure. Cinquante (50) hommes et femmes se sont octroyés des vacances « d’hivernage » à Pouni aux frais des pauvres paysans.

Pour se distraire, ils soumettaient à un examen minutieux la vie de chaque habitant de Pouni par rapport à son degré d’allégeance au fétiche, l’enjeu de cette évaluation étant le droit de continuer de vivre ou non à Pouni. Ainsi, le dimanche 26 juillet 2020, le verdict tomba : six (6) « ajournés » dont trois femmes. L’ajournement de ces personnes s’est traduit par leur bannissement du village séance tenante à la barbe des autorités administratives, communales et politiques qui ne veulent pas « s’immiscer dans des affaires des villageois ».

Ainsi, ces citoyens sont condamnés à une mort sociale et pour les autorités locales, il s’agit d’une « affaire de villageois ». Nul ne doute que bannir un agriculteur de son village au début des travaux champêtres revienne objectivement à asphyxier sa famille afin de la réduire à la mendicité. Parmi les bannis, figure un pauvre vieux inoffensif devenu malvoyant et donc dépendant.

Et qu’est-ce que lui reprochent les dignitaires du fétiche ? « Il gâte la concession ! » Et comment gâte-t-il la concession ? « Il gâte la concession ! ». Tout le monde a alors compris qu’on reproche au vieux de « manger » seul sa pension. C’est ainsi que le puissant Koalè de Pouni « protège » aujourd’hui la communauté. Et ce sont les dignitaires de Sily qui ont la lourde charge de les superviser dans cette noble tâche. Pauvres de nous !

Les autorités administratives se cachent toujours derrière l’argumentaire d’une absence de plainte de la part des victimes pour justifier leur inertie. Pourtant, elles connaissent parfaitement le climat de terreur que font régner les dignitaires du koalè de Pouni sur les populations. Ces dignitaires ont inoculé la peur à la communauté et utilisent cette peur pour régner en véritables potentats. Ils ont pris en otage tous les membres de la communauté.

Ainsi les parents de ces derniers vivant hors du village, sont pris au piège : « Rappelle-toi que nous détenons entre nos mains ton parent au village ! » semblent dire les dignitaires du Koalè à travers leur sourire malicieux. Des méthodes dignes de grands mafieux. Ils pensent avoir encore de beaux jours devant eux, mais Ils se trompent grandement. L’éveil est en marche et la jeunesse mobilisée leur donnera la réplique appropriée.

Durant ces trois dernières années, les malfrats de Sily et leurs sbires de Pouni ont humilié puis banni une vingtaine de pauvres personnes du village pour « sorcellerie ». Quelles étaient les preuves de leurs allégations ? Des déclarations incohérentes et délirantes de personnes traumatisées par eux. Des parodies de procès sont organisées à ces occasions par les dignitaires du koalè qui se réfugient derrière les escrocs de Sily pour régler leur compte avec tous ceux qui ont le malheur d’être dans leur collimateur. Ces pratiques n’ont aucun rapport avec nos coutumes. Elles relèvent plutôt de traditions mafieuses et comme telles, elles doivent être combattues avec la dernière énergie.

Le Koalè de Pouni n’est plus rien d’autre qu’un instrument de vengeance, de règlement de compte et d’escroquerie entre les mains de quelques individus. La stratégie mise en œuvre par ces individus cyniques est simple : ils créent au sein de chaque grande famille des conflits permanents en accusant arbitrairement certains de ses membres d’avoir tué par sorcellerie d’autres.

Ainsi ils parviennent à dresser les uns contre les autres les membres de chaque grande famille. Dans ces conditions, la cohésion sociale est-elle réalisable à Pouni ? Nous sommes loin du compte et même très loin. Pouni sombre chaque jour dans la misère et la désolation. Si nous voulons poser les bases d’un développement durable, il faudra que ces pratiques rétrogrades et mesquines prennent fin immédiatement.

Le comportement des adeptes du koalè de Sily à l’égard de notre village est une insulte à l’intelligence de tous les ressortissants de Pouni. Ne soyons pas dupes ! Les sanctions prononcées contre les six personnes la semaine dernière sont en réalité des avertissements donnés à tous ceux qui osent exprimer leur approbation par rapport aux idées développées au cours des deux conférences que j’ai eu le plaisir et l’honneur d’animer.

A Kassou et à Sily, les adeptes du koalè se comptent aujourd’hui en réalité du bout des doigts. Pour mobiliser des gens pour une expédition sur Pouni, il n’y a qu’à évoquer les conditions d’accueil réservées aux délégations. Ces rescapés du Koalè de Sily et de Kassou, qui sont les derniers à croire à un prétendu pouvoir magique de leur fétiche, nous prennent, nous de Pouni, pour de véritables gogos c’est-à-dire des « nez-percés ».

Ayons un peu de dignité à Pouni quand même ! Nous ne pouvons-nous laisser traiter comme des esclaves par un autre village sous aucun prétexte. Avant l’avènement du Koalè à Pouni, nous avions nos divinités (Tia, Siou , Yaali etc .) qui assuraient notre protection. Nos arrière-grands-parents ont vécu dans la dignité et dans l’honneur. S’ils ont acquis ce fétiche, ce n’était certainement pas pour assujettir leur communauté à une autre et encore moins pour la détruire. Ayons la décence de respecter au moins leur mémoire.

Bali Nébié

Enseignant à la retraite

Portable : 66.15.86.55

Mail : bedoa@gmx.fr





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