Biélorussie : Loukachenko face à une opposition inédite pour la présidentielle



Tout un paradoxe. A la veille de la présidentielle de dimanche, Alexandre Loukachenko, soixante-cinq ans, candidat à sa succession pour un sixième mandat après déjà vingt-six ans à la tête de la Biélorussie , prône la stabilité et s’en prend directement à la Russie. Il accuse le grand frère de déstabiliser son pays, de mentir sur l’envoi de mercenaires devant semer le trouble et de chercher à faire de Minsk un vassal.

En toute discrétion, ce vendredi, doit pourtant être inaugurée à Ostrovets, en pleine campagne, la première centrale nucléaire biélorusse. Un énorme chantier signé Rosatom, géant russe du nucléaire. Illustrant combien « Moscou tient Minsk » par la fourniture d’énergie, qu’elle soit nucléaire ou gazière, et de crédits, souligne Dmitrï Zaiats, analyste économique réputé à Minsk, quelles que soient les gesticulations d’Alexandre Loukachenko.

Piètres résultats économiques

Ses harangues contre Moscou pourraient bien servir à masquer de piètres résultats économiques. Le régime peine à cacher les méfaits de la récession, de 5 % pour 2020. Lors de sa réélection en 2010, le président avait promis un salaire moyen de 1.000 dollars. Il dépasse à peine aujourd’hui la moitié. Il s’est montré particulièrement maladroit dans sa gestion de l’épidémie de coronavirus, en affirmant que le meilleur moyen de se débarrasser du virus était de boire de la vodka. Dans son discours à la nation mardi, Alexandre Loukachenko s’est présenté une nouvelle fois en père de la nation et en défenseur de la souveraineté. L’ex-directeur de kolkhoze devenu autocrate, qualifié de « dernier dictateur d’Europe » par la diplomatie occidentale, a assuré que la Biélorussie demeure grâce à lui « un endroit calme au coeur de l’Eurasie » et d’une planète en plein chaos.

Foules galvanisées

La contestation s’intensifie pourtant au sein de la société civile contre un système paternaliste qui a longtemps joui d’une réelle popularité dans les campagnes, mais a surtout régné à coups de falsifications électorales et d’intimidations politiques. A Minsk et en régions, manifestations et meetings se sont multipliées ces dernières semaines en soutien à Svetlana Tikhanovskaïa , l’épouse d’un des leaders de l’opposition emprisonnés, qui a relayé son combat en se présentant elle-même à la présidentielle. Avec ses airs de Jeanne d’Arc, cheveux bruns et regard déterminé, elle galvanise les foules. « Nous voulons la liberté ! C’est un tournant dans l’histoire de la Biélorussie », lance cette traductrice d’anglais de trente-sept ans associée à deux autres femmes pour galvaniser l’opposition comme jamais depuis l’arrivée au pouvoir d’Alexandre Loukachenko.

Ce dernier, lui, se moque de « ces nanas », professant qu’on « ne dirige pas un pays en sortant de nulle part ». Face à la vague inédite de protestation, il a prévenu qu’il accélérait la contre-offensive. La campagne de Svetlana Tikhanovskaïa a été du coup semée d’embûches. Mercredi, sa chef de campagne a été interpellée et un meeting annulé faute d’espace disponible. « A Minsk, la popularité du président est de moins de 20 %, dans le reste du pays de 40 %. S’il l’emporte dimanche, c’est qu’il y a des fraudes », assure le politologue Denis Melyantsou, rappelant toutefois que, faute d’études sociologiques indépendantes, il est impossible de faire des prévisions sûres. « Loukachenko veut se montrer en sauveur. Mais les Biélorusses sont fatigués : face à lui, il y a un visage nouveau, une force nouvelle… »



A lire aussi

Laisser un commentaire