Foutah Djalon : A la découverte du « musée Fouta », réceptacle du patrimoine culturel des Peulhs | Africa Guinee


LABE- Fondé par l’ex diplomate Bonata Dieng et sa femme, Hadja Zénab Koumanthio Diallo, romancière, le musée du fouta est un véritable livre d’histoire qui plonge ses visiteurs dans l’univers culturel mystique des Peulhs du Foutah Djalon, région montagneuse, arrosée par de nombreux cours d’eaux.  Inauguré en 2001, le musée se trouve dans la préfecture de Labé, principale agglomération du Foutah, en Moyenne Guinée.. Située précisément au quartier Ndiolou à la rentrée de la ville, le musée renferme au moins 900 espèces culturels, mais c’est seulement environs 200 qui sont exposées, faute d’espace. Le petit bâtiment du musée construit en forme circulaire est lui-même évocateur.

Ce petit joyau enseigne et rappelle l’identité culturelle des communautés du Foutah : les peulhs. Leurs contes, légendes, poésies, mais aussi leur mode de vie. Le musée du Fouta a vu le jour il y a près de deux décennies maintenant grâce à une initiative d’une romancière et d’un universitaire que le destin a voulu réunir. Hadja Koumanthio Diallo et son époux Professeur Bonata Dieng. L’objectif était de répondre à certains besoins.

« Le musée du Foutah a été mis en place suite à certains constats faits par ses fondateurs : Le Foutah qui est une grande région à culture millénaire n’avait pas encore son sujet, ensuite les jeunes de notre région s’éloignent de plus en plus de leur culture. C’est ce qui nous a poussés à penser à sauver la culture et de faire en sorte que les jeunes s’approprient des éléments de cette culture-là.  Il a fallu que certains éléments soient consignés dans une maison de culture appelée Suudu Martaba en pular. Ce qui veut dire le musée. Nous avons voulu que le visiteur du musée soit imprégné tout de suite de certains éléments de la culture de la région comme la place du berger. Parce que les ancêtres des peulhs du Foutah furent des nomades, ensuite il y a eu la sédentarisation. Il était question pour nous d’identifier toutes les pièces qui vont avec la vie du berger pour nous permettre d’arriver à une exposition. L’histoire tourne d’abord autour de la vache. Le pasteur est lié à la vache et tout ce qui a trait à l’élevage, du bétail à la femme qui est l’un des grands piliers de cette culture. La femme, ses parures, ses ustensiles tout ce qu’elle a autour d’elle pour gérer correctement la vache autour de laquelle l’histoire du Foutah se forme. Premièrement, il faut parler du Bhirdugal (récipient qui contient le lait trait de la vache), ensuite le bâton du berger, des colas qui font partie de notre patrimoine.

La vache, la femme et la foi…

À côté, il y a le peulh devenu musulman, nous avons exposé un maitre coranique qui enseigne les enfants avec de très anciens livres coraniques que nous avons eu à récolter dans les grands foyers culturels de la région. Aujourd’hui par exemple la nouvelle génération ne connait pas c’est quoi un hamac. Pourtant c’est ce que le chef de famille utilisant autrefois pour se reposer. On voit aussi la femme dans sa case entourée des calebasses suspendues pour la fermentation du lait (Fedandai et Fedandhè au pluriel). Vous avez vu tout revient autour de : la vache, la femme et la foi comment disait feu Alfa Ibrahima Sow. Le foutah a été un Etat théocratique basé sur la religion. Beaucoup de familles issues des chefs de cantons, des leaders religieux ont bien voulu participer à notre initiative en offrant des pièces au musée. Des pièces qui expliquaient à cette époque-là, le fondement de l’Etat théocratique, à travers des photos des rois, des almamys.  Vous savez que l’Etat théocratique était composé de 9 provinces, tout ça est retracé à travers des expositions dans le musée. Nous avons au moins une pièce de chaque province par rapport au rôle qu’il a joué dans la théocratie », explique Hadja Koumanthio Diallo.

Allier tradition et modernité…

La romancière précise que le retour à la source n’est pas frein au développement. Selon elle, le simple fait de rappeler d’où l’on vient est un motif de satisfaction.  

« Quand on parle du patrimoine culturel, il ne faut pas qu’on pense qu’on doit stagner à un moment donné et ne pas avancer. Ce n’est pas ça, l’important c’est de savoir d’où nous venons et comment vivaient nos ancêtres. Nous voulons aider les jeunes à mieux comprendre leur culture, il faut amener les gens à dire qu’il ne faut pas qu’on perde notre patrimoine. C’est pourquoi le musée est là pour replonger les gens dans le passé culturel du foutah. Un exemple : quand des visiteurs voient le lit en terre battue, ils s’exclament ! C’est déjà du gain. Ça leur permet de comprendre qu’il y a des savoir-faire traditionnels qui sont en train de disparaitre. Tout ces patrimoines sont identifiés par le musée et sont en train d’être sauvés de la disparition. Quand les gens arrivent, ils sont contents de savoir qu’il y a des personnes réunies pour sauver tout ça. Parce qu’ils se réclament de ce patrimoine-là qui composent notre identité », raconte madame Zeinab Koumanthio.  

Comment le musée a-t-il été créé ?

La création du musée date du début de l’an 2000 (en 2001, Précisément).  Ce, après d’énormes travaux de recherches menées pendant de nombreuses années presque partout au foutah.

 « Le musée s’est imposé au fil du temps. On ne peut pas imaginer une culture sans musée. Le Fouta que tout le monde connait de par le monde est connu dans le concert des cultures et des civilisations des peuples. Donc, il faut le dire aussi à la place du musée, le fouta a son histoire, sa civilisation, ses mœurs, ses coutumes, son peuple, son identité. Tout ceci a fait l’objet de beaucoup de travaux de sociologues, de chercheurs, d’anthropologues et d’historiens. Dans ce musée chaque objet ou pièces que vous avez, a une documentation propre à lui. Et pour documenter un objet, il faut aller aux travaux des chercheurs ou de toute science humaine ou sociale. Par exemple, l’écuelle où la femme peulhe depuis des millénaires trait, cet ustensile-là a une histoire, le bois sur lequel l’écuelle est faite, l’artisan qui l’a fait tout cela, a une documentation scientifique qu’il faut bien sûr connaitre. Pour faire ce musée il a fallu aller aux sources scientifiques sur le Fouta qui sont très abondantes mais qui dorment dans les archives, les bibliothèques ou dans les recherches souvent ignorés du grand public.

Nous avons eu le privilège de gérer pendant 10 ans le centre de documentation sur le Fouta qui est une bibliothèque spécialisée du ministère en charge de la recherche scientifique qui est établie à Labé depuis la fin des années 1980. Il s’y retrouve des recherches faites depuis le temps colonial ou avant, de vieux écrits, des documents qui dorment à Lifan à Dakar et dans les pays comme la France, l’Angleterre et tous les pays voisins du Fouta. Tout cela a été ramené ici et c’est là qu’on a puisé le savoir et l’intelligence pour se dire tout cela permet de faire un musée » révèle le directeur scientifique du musée le Professeur Bonata Dieng.  

Exposition pièces…

Hadja Koumanthio Zénab Diallo, la fondatrice du musée du foutah connait les pièces exposées comme la paume de sa main. Elle raconte :

 « Toutes les pièces n’ont pas le même âge et jusque-là nous avons récolté 900 pièces mais seulement 200 sont exposées pour plusieurs raisons : d’abord le musée n’est pas si grand, le local n’est pas spacieux, la salle d’exposition n’est pas immense pour contenir 900 pièces, ensuite on n’expose pas tout ce qu’on a, un musée c’est d’abord la réserve. Il faut avoir en réserve des pièces, quand tu viens dans un musée, c’est à travers la réserve qu’on peut se rendre compte que le musée est sérieux. Nous avons suffisamment des pièces en réserve que nous n’avons pas encore exposée. En fait ce n’est pas seulement les pièces d’exposition aussi, mais il y a des pièces identifiées à des endroits qui ne sont pas prenables. Nous les laissons sur place parce qu’elles constituent parfois l’âme des communautés dans lesquelles elles se trouvent. C’est par exemple le ‘’le Diounloun’’ de Companya, c’est un petit tabouret qu’on pourrait considérer comme la plus vieille pièce de notre musée qui a à peu près de 450 ans mais qui reste encore à Companya. Le diouloun aurait appartenu à la femme de l’ancêtre du village qui serait venu de la Mauritanie. Nous partons souvent avec nos visiteurs voir le Diounloun mais il n’est pas question de le déplacer. La fonction du tabouret, c’est un patrimoine familial chez les peulhs qui se transmet de mère en fille, de grand-mère à petite fille. Si vous remarquez un mariage peulh, on prend la mariée pour la faire asseoir 3 fois sur le tabouret avant qu’elle ne sorte de la case maternelle. On le fait parce que le tabouret a appartenu à d’autres femmes de la famille qui ont des vertus. Après on fait une forme d’incantation afin que les vertus se transmettent à cette nouvelle mariée devenue aussi femme. Elle aussi n’ira pas avec le tabouret mais elle emporte avec elle les vertus.  Là les gens font un peu les survivances animistes mais c’est ça.  Companya était considérée comme une zone de résistance, on parle des Houbbous, l’histoire dit même que Karamoko Alfa mo Labé de retour d’une formation dans le Bhoundou, était passé devant le hameau de Companya (devenu quartier périphérique de Labé NDLR). Et il a été frappé de constater dans l’enceinte d’une cour qu’il y avait des talibés qui lisaient correctement le coran alors que lui Karamoko Alfa s’apprêtait à lancer la guerre sainte pendant qu’il n’y avait pas ou très peu de musulmans dans cette contrée à l’époque.

Les cannes des chefs traditionnels

Des cannes sont là avec leur histoire. Commençons d’abord par le fondateur de la ville de Labé, Karamoko Alfa mo Labé qui a eu des enfants qui à leur tour ont eu les leurs. Maintenant l’une des cannes appartiendrait au premier fils de Karamoko Alfa, Mama Billo. Les autres cannés aussi ont appartenu à des grands chefs de chez nous comme Alpha Yaya Diallo, le dernier roi de Labé », explique madame Koumanthio.

La bibliothèque du musée a une capacité de 5000 livres.  Elle renferme une partie de la production littéraire écrite de ses membres fondateurs. On y trouve par exemple « l’islam au Fouta » du professeur Bonata Dieng qui a fait l’objet de conférence dans plusieurs universités du pays, « la traite négrière  au Fouta », «  Karamoko Alfa, symptôme au destin légendaire ». Ce livre retrace l’histoire de ce grand homme qui fait partie des 9 érudits qui ont fondé l’Etat théocratique du Fouta mais aussi fondateur de la ville de Labé. Au-delà de ces livres, il y a aussi des contes écrits qu’on fait passer lors des veillées culturelles du musée les samedis soirs.

Malgré les efforts fournis par les initiateurs de ce musée, certaines espèces des chefs traditionnels du Fouta ont disparu. Mais comment ? Le Pr Bonata Dieng explique : « Chez nous ici beaucoup de choses sont perdues faute de lieu de conservation. Il est très difficile pour nous de trouver une famille où ce que l’arrière grand-parent détenait est aux mains de quelqu’un. Le Foutah a été violemment colonisé. Donc tout son système historique, politique et patrimoine culturel a été démantelé de manière systématique par le colonisateur qui a même éteint tout. Pour la petite histoire : Si on vous parle de l’histoire de TIMBO et de Mamou, mais aujourd’hui Timbo n’est rien d’autre qu’une sous-préfecture, un gros village. Pourtant Timbo a été la capitale de l’Etat théocratique du Foutah pendant au moins trois siècles. Si vous passez à Timbo, vous allez vous demander où est la capitale du Fouta? Parce que le Colonisateur a fait exprès d’éteindre Timbo et aller construire Mamou comme ville à l’époque. Imaginez si Timbo était restée à l’état capitale de l’Etat islamique du Fouta, l’un des plus puissant de son époque on aurait trouvé suffisamment de cannes, de tambours, d’objets, de livres, de symboles de pouvoir malheureusement ça n’a pas été possible. Nos ancêtres ont été tués, déportés, leurs biens saisis comme Alpha Yaya a été déporté et qui est mort très loin de son Labé natal.

Aujourd’hui quand on parle d’Alpha Yaya on ne voit que sa case qu’il a laissée à Foula Mory, c’est tout. Alors qu’il n’était pas n’importe qui. Il a défié des commandants blancs mais où sont ses objets aujourd’hui ?  Tout a disparu. Donc la question concernant les pièces qui sont au musée, c’est une question témoin de l’histoire même de notre société. Chaque pièce ici doit être aux yeux des visiteurs comme un miracle. On ne peut pas refaire l’histoire, par contre on peut dire que chaque objet ici est d’une valeur inestimable », explique le directeur scientifique du musée de fouta.

Au-delà des vestiges historiques, un endroit appelé ‘’Ka Wuro’’ est aménagé pour illustrer le patrimoine culinaire du foutah. On ne retrouve que des aliments exclusivement foutanien. C’est par exemple le lait, le beurre de lait, le couscous, des dérivés du maïs, de la patate ou du tarot.

Alpha Ousmane Bah(AOB)

Pour Africaguinee.com

Tel :  (+224)664 93 45 45



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