L’escalade du conflit entre Grèce et Turquie en quatre questions


Une mission d’exploration pour trouver de nouveaux gisements gaziers, et c’est toute la Méditerranée orientale qui s’embrase. L’incursion du navire de recherches sismiques turc Oruç-Reis dans les eaux territoriales grecques provoque, depuis quelques jours, de très vives tensions diplomatiques entre Athènes et Ankara.

« Menaces sur la paix », « nouvelle escalade grave », « rôle déstabilisant » de la Turquie dans la région : la Grèce sonne l’alerte tandis que son voisin appelle à l’apaisement mais ne dévie aucunement la trajectoire de son navire, qui est escorté de bâtiments militaires.

Pourquoi tant d’animosité pour une mission de recherche ? CQFD fait le point alors qu’Emmanuel Macron a annoncé un renforcement de la présence militaire française dans la zone et que les ministres des Affaires étrangères de l’UE s’y pencheront, ce vendredi, à l’occasion d’une réunion extraordinaire.

1. De quel territoire parle-t-on ?

L’Oruç-Reis navigue actuellement au sud-est de la Crète, selon les autorités grecques, soit 60 miles (111 kilomètres) au sud de Kastellorizo (point rouge sur la carte). L’île, la plus orientale du territoire grec, n’est qu’à 3 kilomètres des côtes turques et à 550 kilomètres de la Grèce continentale.

Google Maps

C’est pourtant grâce à ce minuscule bout de terre et en vertu du droit de la mer définit par la convention de Montego Bay, en 1982, que la Grèce s’est octroyée une très vaste zone économique exclusive en Méditerranée orientale.

Or la Turquie, qui n’a pas ratifié la convention de Montego Bay et qui conteste les traités de Lausanne (1923) et de Paris (1947) délimitant les frontières entre les deux pays, a signé en novembre 2019 un accord bilatéral avec la Lybie pour revendiquer une partie de cette zone, au mépris de la souveraineté grecque.

2. Pourquoi est-il convoité ?

Cette région de la Méditérranée, où se mêlent les eaux territoriales grecques, turques, chypriotes, libanaises, égyptiennes, israéliennes ou encore syriennes, fait l’objet depuis quelques années d’une véritable ruée vers les hydrocarbures : des milliers de milliards de mètres cubes de gaz ont été découverts récemment au large du Liban, de Chypre, de l’Egypte et d’Israël.

Ces ressources pourraient forger de nouvelles puissances énergétiques et aiguisent, logiquement, les appétits. Plusieurs querelles territoriales ont ainsi déjà éclaté, bien avant celle opposant la Grèce à la Turquie. Israël et le Liban se disputent l’exploitation du gisement Leviathan, et la… Turquie s’est attiré les foudres de la plupart des pays de la région et de l’Union européenne en multipliant les forages au large de Chypre.

Si aucun gisement n’a pour l’heure été découvert dans les eaux territoriales grecques, le navire sismique turc cherche donc à découvrir d’éventuels nouveaux champs. C’est aussi et surtout une réponse à l’accord de délimitation de zone maritime conclu le 6 août par la Grèce et l’Egypte (signé lui-même en réaction à l’accord entre la Turquie et la Lybie).

3. Quelle est l’histoire récente entre la Grèce et la Turquie ?

Alliés militaires dans l’Otan, voisins, Athènes et Ankara n’entretiennent pas moins une relation tendue, chargée de vieux contentieux et régulièrement ponctuée de frictions. Ainsi du conflit territorial autour des deux îlots grecs d’Imia, point névralgique en mer Egée où la Grèce souhaiterait étendre ses eaux territoriales et où la Turquie ne veut pas se laisser enclaver – les deux pays avaient failli entrer en guerre par deux fois, en 1987 et 1996.

L’emprise croissante de Recep Tayyip Erdogan sur le pouvoir turc puis l’élection de Kyriakos Mitsotakis en tant que Premier ministre grec ne joue pas en faveur de l’apaisement : tous deux ont conquis une partie de leur électorat en jouant la carte du nationalisme.

4. Quelle partition joue la France ?

Deux avions de chasse Rafale, la frégate La Fayette et le porte-hélicoptères Tonnerre : la présence militaire française en Méditerranée orientale s’est subitement renforcée, ce jeudi, à la demande d’Emmanuel Macron qui craint une « situation préoccupante » dans la région et est le premier chef d’Etat à apporter son soutien à la Grèce.

Le Président français mène depuis plusieurs mois une diplomatie ferme à l’encontre des visées expansionnistes turques et n’a pas hésité, début juillet, à suspendre les patrouilles françaises pour l’Otan après un accrochage avec Ankara. C’est dans cette perspective que la France a signé, en début d’année, un « partenariat de sécurité stratégique » avec la Grèce, après que la Turquie a réalisé des manoeuvres militaires aux abords des eaux disputées de Chypre.



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