A Bruxelles, les Européens envoient un signal de cohérence et de fermeté diplomatique



Publié le 2 oct. 2020 à 8:22Mis à jour le 2 oct. 2020 à 8:54

« Nous sommes crédibles. » Charles Michel n’a pas caché sa satisfaction, dans la nuit de jeudi à ce vendredi, au terme de la première journée du Conseil européen qui se tient à Bruxelles.

Le président du Conseil européen pouvait se réjouir : l’Union européenne, au terme d’un intense débat et après avoir frôlé le risque d’un aveu d’impuissance, est finalement parvenue à surmonter ses difficultés pour envoyer un signal de fermeté et de cohérence sur deux dossiers diplomatiques. Après avoir levé le veto chypriote, les Vingt-Sept se sont accordés sur la mise en oeuvre de nouvelles sanctions à l’égard du régime biélorusse. Et ils ont déployé une stratégie turque qui n’écarte par la possibilité de nouvelles mesures à l’encontre de la Turquie.

Le cas Loukachenko

Le principe de sanctions à l’égard de dirigeants biélorusses était acté depuis des semaines. La liste – une quarantaine de noms – était prête. Mais elle butait sur le refus de Chypre . Le petit pays maniait ici la règle de l’unanimité, en vigueur en matière de politique étrangère, pour monnayer un plus grand soutien des Européens face à Ankara. Alors que la Turquie a cessé ses opérations de recherche d’hydrocarbures dans les eaux grecques, elle les a en effet poursuivies dans les eaux chypriotes. 

L’Union européenne agit contre ceux qui s’opposent aux mouvements démocratiques.

Angela Merkel

C’est finalement cet obstacle qui est levé. Les sanctions contre la Biélorussie seront « effectives dès (ce) vendredi », a assuré Charles Michel. Elles concerneront des personnes responsables de la falsification des dernières élections ou de la répression qui s’est abattue contre les manifestants. C’est un « signal très important », s’est réjoui Angela Merkel. Pour la chancelière allemande, cela prouve que « l’Union européenne agit contre ceux qui s’opposent aux mouvements démocratiques ». Alexandre Loukachenko, qui revendique la victoire lors du dernier scrutin , n’est pas sur la liste. Mais, a assuré Emmanuel Macron, « si ça se durcit, on ne s’interdit pas de mettre Monsieur Loukachenko sous sanctions »

Compromis bruxellois typique

Pour finalement lever le veto chypriote, il a fallu d’intenses tractations – y compris une réunion en comité restreint réunissant les dirigeants chypriote et grec, en présence d’Emmanuel Macron, Angela Merkel et Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne. A plusieurs reprises, le projet de conclusions a été rejeté par Nicosie, insatisfait de ne pas voir brandie la possibilité de nouvelles sanctions à l’égard d’Ankara.

Finalement, les Européens sont tombés d’accord sur un compromis typique des tractations européennes : les conclusions du sommet préviennent que l’UE « utilisera tous les instruments et toutes les options à sa disposition, y compris en accord avec l’article 29 du Traité de l’UE et l’article 215 du Traité sur le fonctionnement de l’UE ». Or, le second de ces articles fait référence à des mécanismes de sanctions. 

Main tendue

La bataille était âpre entre le camp de la fermeté (soutenu par la France) et celui du dialogue avec Ankara (incarné par l’Allemagne). Finalement, le texte des Européens maintient une approche double, maniant carotte et bâton. Si la perspective de sanctions est évoquée, celle d’une intensification des relations est également offerte à Ankara, pour autant qu’Ankara saisisse cette main tendue. Une modernisation de l’union douanière avec la Turquie est évoquée, pour faciliter les échanges commerciaux, ainsi qu’une plus forte coopération sur la question migratoire – ce qui laisse ouverte la perspective d’un soutien financier renforcé.



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