À la Une: le cacao de la discorde



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Le cacao à 1000 francs CFA le kilo en Côte d’Ivoire. À un mois de la date prévue de l’élection présidentielle, Alassane Ouattara annonce un prix d’achat bord-champ de la fève de cacao en forte hausse. À l’occasion du lancement de la campagne cacaoyère 2020-2021, le président Alassane Ouattara, actuellement en pré-campagne électorale en vue d’un troisième mandat vivement contesté par l’opposition, a en effet annoncé hier jeudi à Yamoussoukro, capitale de la Côte d’Ivoire, un prix d’achat aux planteurs de 1000 francs CFA le kilo tout rond, en hausse, d’un seul coup d’un seul, de 21 % par rapport à la campagne précédente !

« Merci, Président ! », lance en Une Le Patriote, ce journal proche d’Alassane Ouattara affirmant que ce seraient « les agriculteurs » qui remercieraient ainsi le « chef de l’État ».

« Ouattara « gâte » les planteurs », rehausse la Une de L’Expression, les planteurs « disent « oui » à Ouattara », enchérit celle du journal Le Matin, ces deux quotidiens étant également proches du président ivoirien.

La presse indépendante ivoirienne, elle, est plus nuancée. La Une du journal Soir Info souligne ainsi, en effet, qu’Alassane Ouattara a annoncé une « bonne nouvelle » aux paysans les assurant qu’il était leur « ami ». Nuance encore, avec celle du journal L’Inter, qui appartient au même groupe de presse que Soir Info, et qui se demande plutôt « pourquoi Ouattara a fixé le prix bord-champ à 1000 CFA/kg ».

Pourquoi ? Pour le quotidien Notre Voie, la réponse à cette simple question ne fait aucun doute : c’est « une décision électoraliste ». Ce journal proche de la tendance du Front populaire ivoirien de Pascal Affi N’Guessan explique en Une  qu’à un mois de la date programmée pour l’élection présidentielle, « Ouattara veut distraire les paysans ».

Du reste, le ministre de l’Agriculture et du Développement rurale, Adjoumani Kobénan Kouassi, transfuge du PDCI, ayant hier ambiancé la réunion de Yamoussoukro durant laquelle le nouveau prix du cacao a été annoncé par le président Ouattara, le quotidien Le Temps a ce matin l’impression qu’Adjoumani a transformé la cérémonie de Yamoussoukro « en un véritable espace politique du Rhdp (…) On a(vait) bien l’impression que nous étions à un meeting du Rhdp », accentue ce quotidien proche de l’ex-président Laurent Gbagbo.

Ouattara chocolat ?

Mais le journal Le Nouveau Réveil va plus loin encore en estimant que 1000F/kg pour le cacao n’est rien d’autre qu’une « arnaque pour les planteurs, une belle occasion pour les acheteurs et exportateurs véreux », c’est « le prix de campagne présidentielle 2020 de Ouattara ! ». Et sans attendre, ce quotidien proche du PDCI-RDA, le parti historique fondé par ce vrai roi des planteurs que fut le président Félix Houphouët-Boigny, annonce la riposte en signalant en Une que « l’opposition prépare un grand coup à Abidjan », son confrère L’Héritage précisant que l’opposition ivoirienne envisagerait un « giga meeting au Félicia le 10 octobre », c’est-à-dire au stade Félix Houphouët-Boigny d’Abidjan.

On le voit, une fois encore, la tension est vive en Côte d’Ivoire, où, à un mois de la présidentielle du 31 octobre, l’opposition a « suspendu » sa participation au sein de la Commission électorale indépendante, ce qui préoccupe aussi la presse au Burkina Faso voisin. Témoin le quotidien ouagalais Le Pays, lequel souligne que « chaque jour qui passe en Côte d’Ivoire apporte désormais son lot d’inquiétudes quant à la tenue de la présidentielle ». Selon Le Pays, « ça se complique pour ADO (…) En balayant du revers de la main les injonctions de la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples et en faisant fi des interpellations de la communauté internationale, c’est un Alassane Ouattara qui risque de se présenter esseulé à l’élection présidentielle ». Fin connaisseur de ce dossier, Le Pays prévient que « les signaux sont au rouge vif sur les bords de la lagune Ebrié ».

Condé/Ouattara, l’obsession du troisième mandat

Son confrère Wakat Sera élargit cette analyse à la Guinée. « Encore combien de morts pour arriver au troisième mandat ? », se demande ce quotidien ouagalais, en traitant le président guinéen Alpha Condé et ivoirien Alassane Ouattara de « prédateurs de la démocratie et des droits de l’homme », Wakat Sera dénonçant « le drame qu’ils sont en train de construire, dans leur entêtement à aller au 3è mandat ».



rfi

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